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John Carpenter, une mise en scène du menaçant

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par Julien Le Goff
Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA) - D.E.S.R.A. 2005
  

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3- l'humain à dimension fantastique, le fantastique à dimension politique.

3.1- un nouveau décentrement: la logique de

domination successive.

Le combat, la résistance, la survie est l'enjeu principal du cinéma carpentérien. Mais survie contre qui, contre quoi? Gang de Los-Angeles dans Assaut, extra-terrestres dans The Thing ou bien Invasion Los-Angeles, l'Anti-Dieu dans Prince des Ténèbres, vampires dans... Vampires, fantômes revanchards dans Fog ou bien Ghosts of Mars, écrivain démiurge et démoniaque dans l'Antre de la Folie. Qu'est-ce qui unie toutes ses menaces? Tout simplement la volonté d'imposer sa domination en soumettant le personnage carpentérien, ouvrant ainsi la voie à l'instauration d'un nouvel ordre renversant, parfois à l'exact opposé de celui établi.

Dans Vampires, Valek cherche à récupérer un artefact qui lui permettrait, à lui et aux siens, de "marcher le jour", faisant de lui un prédateur complet. En effet, en l'état, Valek est maître la nuit et traqué le jour comme un animal ainsi que le démontre la scène d'ouverture où Jack Crow et ses comparses arrachent les vampires à leur repère et les exposent sauvagement à la lumière du jour. Au début du film, de manière surprenante, c'est donc plus Jack Crow (l'homme) qui représente une menace pour Valek (le vampire) que l'inverse. Mais avec cet artefact, Valek ferait de la terre un gigantesque terrain de chasse, l'homme se trouvant réduit au rang de gibier et perdant de ce fait son statut d'être supérieur de la création. Après le premier décentrement que constitue la rencontre avec "l'alter-ego", il s'agit là d'un nouveau décentrement tout aussi fondamental, car désormais l'être humain est mis à bas de son piédestal, est déchu de son statut de figure centrale et dominante de la création, mis en concurrence (et bien sûr à son désavantage) avec d'autres formes d'existence. Dans Ghosts of Mars par exemple, les humains se trouvent confrontés aux esprits de Mars, et le final, pour être ouvert, laisse bien entendre que le rapport de force risque d'être déséquilibré, tout comme dans The Thing: si la chose est battue pour cette fois (et au vu du final choisi par Carpenter on peut en douter), ce n'est que partie remise, car comment lutter contre une force qui se répand et que l'on ne peut identifier?

De la même manière, dans Prince des Ténèbres, l'avènement de l'Anti-Dieu signifierait l'avènement d'un nouvel ordre parfaitement opposé, en témoigne les sans-abris qui entourent l'église: mis au service de l'Anti-Dieu ils seraient les premiers à profiter de ce bouleversement total. Pourquoi des sans-abris? Peut-être justement parce que ce sont des marginaux, Carpenter instaurant là un décentrement d'un nouveau type, et politiquement très subversif: paraphrasant une phrase biblique très célèbre, avec la victoire de l'Anti-Dieu les derniers seront les premiers et inversement. Dans ce décentrement, c'est la majorité, celle de l'intégration et de la réussite sociale, qui se trouve menacée par la minorité, celle des exclus et des laissés pour compte, dans un bouleversement total des valeurs et des repères... On peut facilement imaginer la résonance qu'un tel propos peut avoir dans une société américaine championne toutes catégories de la fracture sociale!

Si dans un film comme Prince des Ténèbres le renversement total des valeurs n'est que suggéré (même fortement: en tout cas, le décentrement évoqué, s'il se fait, se fera en dehors de l'espace filmique, dans l'extrapolation que se fera le spectateur de "l'après-film" tout comme dans Ghosts of Mars), dans d'autres films il est véritablement mis en image: ainsi le final de l'Antre de la Folie qui voit l'humanité décimée au profit d'une force obscure, et qui voit surtout, dans un renversement par rapport au début du film, le personnage de Trent d'abord considéré comme fou, avoir raison dans les paroles prophétiques qu'il avait lancé. Désormais, ce sont les fous, ou considérés comme tel, qui détiennent la vérité. Parfois même ce renversement des valeurs est posé comme norme dès le début du film et non seulement traverse tout le film mais le structure même: dans New-York 1997, la ville de New-York, fleuron et fierté de l'Amérique, est devenue un pénitencier peuplé des pires criminels, et dans Los-Angeles 2013, la ville de Los-Angeles, devenue une terre d'exclusion pour tous les inadaptés de la société américaine, est paradoxalement le dernier espace de liberté. Dans Invasion Los-Angeles, le décentrement qui menace traditionnellement le héros carpentérien est cette fois-ci réalisé avant même le début du film: s'il a confiance en le monde dans lequel il vit, John Nada ne sait pas encore que les extra-terrestres ont (temporairement) gagné et qu'ils ont pris le pouvoir. Beau (et subtil) miroir tendu par le cinéaste à la société américaine d'ailleurs: les nantis humains méprisant les exclus sans se douter qu'ils sont eux-mêmes les exclus d'une race supérieure et dominante... Dès lors la mission du héros carpentérien n'est plus d'éviter le décentrement, mais de renverser le renversement déjà opéré en rétablissant ainsi l'ordre originel... Sans pour autant, et c'est cela aussi l'ironie carpentérienne, que cela change quelque chose aux inégalités sociales aussi caractéristiques de la société humaine que de celle mise en place par les extra-terrestre... Une fois les envahisseurs chassés, fondamentalement que cela changera-t-il? peut-être tout. Sûrement rien. Enfin, en s'attardant sur Ghosts of Mars, on remarquera que c'est cette fois le décentrement qui menace le héros carpentérien (les esprits de Mars dominant les humain) qui vient pourtant rétablir un ordre originel: en effet cette terre de Mars appartient aux esprits puisqu'ils étaient là avant les hommes, il ne font finalement que reprendre leurs droits. Comme si les esprits des indiens d'Amérique se réveillaient et venaient "botter les fesses" du cow-boy en somme...

Ainsi Carpenter ose menacer le statut même de l'Homme en posant la possibilité, sinon la certitude, que l'être humain est voué à être remplacé par "quelque chose d'autre" que ce soit fantômes, extra-terrestres ou quoi que ce soit d'autre... Comme l'Homme a succédé aux dinosaures, quelque chose d'autre, de supérieur lui succédera. Et ce pour la simple et bonne raison que l'Homme porte en soi les germes de sa propre destruction...

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9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



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