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John Carpenter, une mise en scène du menaçant

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par Julien Le Goff
Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA) - D.E.S.R.A. 2005
  

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3.2- des codes westerniens à la menace interne : l'Amérique revisitée.

Carpenter n'a jamais réalisé de western, bien qu'il ne sache pas très bien lui-même pourquoi (82) : « j'ai failli en faire un mais je ne sais pas pourquoi je ne suis jamais passé à l'acte. Je ne saurais formuler une réponse correcte. Peut-être que je n'ai pas eu le courage. Il ne faut pas oublier que les jeunes n'en ont plus rien à faire des westerns. Ils ont fait leur temps. » Pourtant le genre traverse toute son oeuvre, de la ville déserte d'Assaut aux fantômes desperados de Fog, du chapeau de cow-boy de Mac-Ready aux duels dans les couloirs de la station de télé dans Invasion Los-Angeles, de l'arrivée de Trent à Hobb's End (rien que le nom de cette ville est en soi un manifeste !) tel un cow-boy vengeur dans l'Antre de la Folie aux esprits primitifs de Mars venus récupérer leur terre conquise par les terriens... a propos de Vampires, Bertrand Rougier (83) signale que « Carpenter signe tout autant un western nocturne inspiré par Rio Bravo (la musique), la Nuit des Mots-Vivants (l'ambiance et la progression du récit) et la Horde Sauvage (les thématiques générales et la gestion de l'espace) qu'un remake de Prince des Ténèbres. » Mais les films dans lesquels cette influence du western se fait le plus sentir, c'est peut-être le couple New-York 1997 / Los-Angeles 2013 ; Carpenter lui-même les définit ainsi (84) : « Los-Angeles 2013 est comme New-York 1997, un western noir, un film avec des Indiens et des cow-boys ».

Pourquoi cet attrait pour le western ? par goût bien sûr, puisque c'est le cinéma populaire qui a bercé son enfance et a provoqué ses premiers émois de spectateur... Mais aussi parce qu' évoquer le western, c'est évoquer l'histoire des Etats-Unis, et pas n'importe quelle histoire... C'est évoquer la culpabilité originelle d'un pays qui s'est construit dans la violence et dans le sang, et cette culpabilité, Carpenter n'a cessé de travailler à la représenter à sa façon: dans Fog avec les fantômes venus faire payer son crime à une communauté qui se complaît dans le mensonge, dans Ghosts of Mars avec les colons qui apprennent à leurs dépend qu'on ne s'approprie pas une terre aussi aisément (les esprits se définissant clairement comme un reflet vengeurs des Indiens d'Amérique chassés de leur terre), et finalement au travers de toute son oeuvre. En effet la notion de culpabilité et de généalogie maudite structure complètement l'oeuvre carpentérienne. C'est pourquoi Cédric Delelée n'hésite pas à établir une comparaison pleine d'à propos entre Carpenter et Clint Eastwood, les deux s'inscrivant dans une même logique de conteurs de l'histoire de l'Amérique (84) : « Carpenter se rapproche d'un autre grand cinéaste fasciné par l'Amérique et sa mythologie . Il est en effet impossible de ne pas songer dans Fog à l'Homme des Hautes Plaines de Clint Eastwood, le seul réalisateur avec Carpenter à s'inscrire dans une veine classique héritée de John Ford, Howard Hawks, Anthony Mann et John Sturges. La passion que partagent Carpenter et Eastwood est là pour le prouver , tout comme leur désir de transmettre des légendes typiquement américaines (c'est-à-dire inscrites dans l'inconscient collectif d'une nation encore jeune) et qui ne peuvent avoir été forgées que dans ces espaces héroïques que sont le Far-West et l'Océan. Dans Fog, les spectres qui surgissent de la mer évoquent plus d'une fois une bande de desperados. Et ce n'est pas un hasard si Carpenter en profite pour mettre l'accent sur le fait que l'Amérique a été bâtie sur les cadavres d'innocents à qui on a volé leurs terres, tout comme l'avait fait Eastwood dans Josey Wales Hors-la-loi. ».

Enfin, notons que si Carpenter nous balade d'un bout à l'autre de l'Amérique (New-York, Los-Angeles, suburb, province, ville côtière, grand nord...), c'est bel et bien , sous couvert de divertissement, pour dresser un catalogue des menaces qui pèsent sur elle... Quelles sont-elles ? Menace d'uniformisation avec les envahisseurs du Village des Damnés ou les extraterrestres d'Invasion Los-Angeles qui standardisent les comportements humains (obéissez ! Mariez-vous !), cette uniformisation étant aussi celle qui menace spécifiquement le monde du cinéma (Carpenter dit ainsi (85) « qu'à l'époque sa rage n'était pas dirigée contre un studio en particulier ou un producteur. Ce qui le rendait fou, c'était plutôt l'état dans lequel se trouvait le cinéma américain. Il était révolté par ce qu'on proposait aux spectateurs, mais aussi par l'apathie du public en général. Un public qui n'accepte plus l'originalité et se rassure en consommant bêtement des formules toutes faites. »). Dans la même optique, menace de la perte d'identité individuelle dans The Thing, et menace de la perte d'identité collective, c'est-à-dire notre culture, dans Invasion Los-Angeles (ce qu'Hélène Frappat qualifie de menace de la laideur, un nivellement par le bas de notre société qui s'enferme dans la médiocrité : « le danger le plus grand que les exploiteurs font courir à notre monde est moins sa destruction que son enlaidissement. » ), menace de la fracture sociale et de la violence de la grande machine capitaliste (machine à produire de l'exclusion) dans Invasion Los-Angeles, menace de la violence aveugle comme seule règle (Assaut, New-York 97 : c'est virtuellement la loi du plus fort qui règne), menace du puritanisme et de la perte de libertés individuelles (Los-Angeles 2013, Los-Angeles se révélant paradoxalement le dernier espace de liberté.), menace de la censure contre la différence (Trent dans l'Antre de la folie est censuré parce que sa vision de la réalité n'est pas conforme... Il est donc fou.) et enfin menace de la technologie aliénante qui nous réduit à l'état de moutons dépendants... (c'est le sens du dernier bras d'honneur de l'incontrôlable Plissken qui décide d'éteindre le monde).

Or ces menaces que Carpenter décide de faire peser de manière fictionnelle sur les Etats-Unis (extra-terrestres, monstres...) sous couvert de divertissement ne sont finalement que le reflet des obsessions et des hantises qui rongent l'Amérique de l'intérieur. Finalement voilà tout le mouvement métaphorique du cinéma de John Carpenter : prendre les menaces bien réelles qui minent notre société de l'intérieur et les déguiser en de moins dérangeantes menaces extérieures fictives. Pourtant, bien malgré nous nous ne sommes pas dupes. Voilà bien toute la leçon du cinéma carpentérien ; s'il nous fait aussi peur, c'est parce qu'il ne fait que nous tendre le reflet disgracieux de nos névroses les plus intimes...

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