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John Carpenter, une mise en scène du menaçant

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par Julien Le Goff
Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA) - D.E.S.R.A. 2005
  

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2.2- masse indistincte contre agglomérat d'identités.

C'est une caractéristique majeure de la menace carpentérienne: son in-distinction. Dans Fog, les fantômes, toujours plongés dans le brouillard, ne distinguent physiquement absolument pas les uns des autres. Dans Le Village des Damnés, Carpenter joue sur une parfaite uniformisation (de physique, de pensée) et une parfaite synchronisation, notamment dans les déplacements, créant une homogénéité que viendra d'autant plus perturber le seul élément différent du groupe, le petit David. Dans Prince des Ténèbres, tous les sans-abris sous l'emprise de l'Anti-Dieu font montre de la même in-expressivité de visage, cette absence d'une quelconque émotion leur retirant irrémédiablement toute notion d'identité. Seul le marginal incarné par Alice Cooper semble être légèrement mis en avant, soit par sa position spatiale par rapport au reste du groupe (quelques pas en avant par rapport aux autres) soit par le fait que c'est lui qui tue l'un des étudiants venant de s'aventurer à l'extérieur de l'église. On pourra noter également que Carpenter travaille cette idée de menace maléfique comme indistincte avec la métaphore des insectes. L'Anti-Dieu est un être qui s'incarne: or il s'incarne soit en un groupe de marginaux (comme on l'a dit) indistincts dont il prend possession, soit en une nuée d'insectes: fourmis sur le sol, blattes sur une télé, sur le visage d'une clocharde, vers sur la vitre d'une église et enfin cafards carnivores qui dévorent complètement un personnage. Et qu'elle meilleure image d'une masse indistincte, confuse et sans identité peut-on avoir que celle d'un tas d'insectes? Ce phénomène d' indistinction est particulièrement intéressant dans Assaut: à partir du moment où le gang s'attaque au commissariat, il sera exclusivement filmé en plans larges, au mieux en plan moyen, le cinéaste refusant de s'approcher plus près afin d'éviter toute existence aux membres du gang en dehors de l'identité de groupe. L'action se déroulant de nuit, la pénombre renforce encore cet effet de masse, de meute avec un côté presque animal (voir les plans où ils se déplacent autour du commissariat, toujours avec des valeurs larges ou lointaines.) On notera d'ailleurs que Carpenter refuse de nous montrer ne serait-ce qu'un seul des assaillants isolé: individuellement ils ne représentent rien, seule la notion de gang leur donne une raison d'exister (belle représentation par Carpenter de ce qu'est en réalité la notion de gang aux Etats-Unis: un groupe fort qui assure une protection à ses membres en échange du sacrifice de leur propre personnalité au profit de celle du groupe, cela passant par des tatouages et autres signes rituels destinés à dire à la face du monde que l'on fait partie de ce gang.). Dans le même ordre d'idée, Bertrand Rougier (12) note très justement que dans Assaut, "les assaillants succombent au moment précis où la pellicule capture leur image en gros plan (fin du siège)". Dans Assaut, quelle valeur peut-on accorder à cette masse d'assaillants sans visages sur laquelle travaille la mise en scène de Carpenter? C'est que le réalisateur souhaite volontairement donner un aspect surréaliste, surnaturel à ses assaillants, la comparaison qu'effectue Bertrand Rougier (13) avec les zombies de Romero ("la lenteur des déplacements des assaillants d'Assaut, masse unitaire et homogène soumise à une régénération permanente, rappelle la procession des zombis de La Nuit des Morts-Vivants." n'étant pas dénuée d'intérêt: les assaillants de Carpenter sont une facette du Mal, une image pure de la violence au sein de la société américaine, la situation de décomposition sociale que sous-tend Assaut constituant un troublant rappel de la décomposition physique au centre de l'oeuvre de Romero. Il est donc logique que Carpenter refuse parfaitement d'individualiser la menace qui pèse sur le commissariat, sa métaphore (à la fois politique, sociale et métaphysique) n'en prenant que plus de sens. Jean-François Richet, en réalisant le remake d'Assaut (Assaut sur le central 13), a complètement occulté cet aspect, passant finalement à côté du sens profond du film de Carpenter: en ne gardant que la trame du film original (un commissariat menacé) mais surtout en donnant scénaristiquement une identité aux agresseurs, il n'a livré qu'un "actioner" sans âme de plus, au contraire me semble-t-il de Florent Emilio-Siri qui avec son remake officieux intitulé Nid de Guêpes colle au plus près à l'esprit et à l'univers carpentérien.

En face de cette masse indistincte, Carpenter pose des personnalités fortes, de vraies identités affirmées mais différentes, ce qui crée des points de frictions intéressants d'un point de vue dramaturgique, qui fragilisent leur résistance face à une menace, elle, homogène. Certains couples de personnages notamment mettent bien en valeur cette notion, Carpenter n'hésitant pas à travailler sur des couples diamétralement opposés: dans Assaut, c'est le couple Bishop (l'agent de police noir qui a grandit dans ce quartier) / Napoléon Wilson (le criminel blanc venu de l'extérieur, Carpenter s'amusant à renverser les stéréotypes); dans Prince des Ténèbres c'est le couple Birak (le physicien qui fait confiance à la science) / Loomis (le prêtre qui s'appuie sur sa foi); dans Invasion Los-Angeles c'est enfin le couple Frank (l'ouvrier noir qui veut croire en l'Amérique) / John Nada (le travailleur itinérant blanc qui a découvert le "vrai visage" de l'Amérique). Ainsi, face à la menace, les individualités résistantes semblent a priori plutôt difficilement "s'agglomérer" que de trouver une véritable cohérence. Mais c'est peut-être le combat à mener qui se révélera le véritable ciment de ces personnages.

Enfin notons qu'un film de Carpenter semble renverser ce rapport entre "masse indistincte et agglomérat d'identités fortes": ce film c'est The Thing. Cette fois-ci, c'est la créature qui est individualisée (puisque unique) et le groupe de scientifiques américains uniformisé. C'est ainsi un casting entièrement masculin, où au départ peu de figures se détachent: Carpenter aura ainsi rapidement l'idée d'affubler Mac-Ready d'un chapeau de cow-boy (encore une référence à l'univers du western) afin de permettre au spectateur de plus facilement identifier son "référent". Pourtant ce rapport va se renverser au fil du métrage, les résistants s'individualisant progressivement tandis que la créature révèle sa véritable nature, c'est-à-dire celle d'un être parfaitement transparent. En effet, lorsque la créature absorbe un être, elle s'identifie physiquement parfaitement à elle, et sur tous les points: déplacements, apparence, voix, capacités physiques... Elle peut adopter toutes les identités, mais dans un mouvement inverse elle n'exprime personnellement strictement aucune identité. L'absorption et la destruction des autres formes de vie semble être son seul projet. Quel peut-être le sens d'une telle existence? Au contraire, en individualisant ses personnages (par exemple en les isolant progressivement dans l'espace les uns par rapport aux autres, contredisant la situation de départ où ils sont tous regroupés), et ce y compris au travers des erreurs qu'ils commettent (Mac-Ready qui abat un humain non-contaminé), Carpenter nous livre en réaction le véritable prix de l'existence humaine: celui de pouvoir construire son identité, y compris dans l'adversité et la souffrance, et affirmer son individualité en effectuant des choix que l'on assume. Mac-Ready a bien saisi ce prix, lui qui envisage de se sacrifier pour éviter que "la chose" ne contamine l'humanité. Voilà donc une double référence (pas forcément volontaire, mais néanmoins bien présente) à Sartre pour Carpenter: référence au huis-clos sartrien (son fameux "l'enfer c'est les autres", comme en témoigne le plan final nous laissant sur une ambiguïté terrible: y'a t-il un contaminé parmi les deux survivants?), et référence à la morale sartrienne pour qui l'Homme est "condamné à être libre", c'est-à-dire qu'il a la liberté d'agir comme bon lui semble, mais cette liberté s'accompagne d'un devoir existentiel terrible, celui d'assumer strictement tous nos actes ainsi que leurs conséquences, et notamment en cas d'erreur. "On est ce que l'on fait": voilà une morale qui, comme nous le verrons sied bien à l'univers carpentérien

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