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John Carpenter, une mise en scène du menaçant

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par Julien Le Goff
Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA) - D.E.S.R.A. 2005
  

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3- un espace qui oblige à la confrontation avec l'autre, donc avec soi-même.

3.1- du huis-clos sartrien à la construction d'une unité dans la différence.

Ainsi Carpenter s'ingénie donc à confronter ses personnages à une situation de crise caractérisée par l'affrontement d'une menace extérieure dans un espace / temps clos et restreint. Mais ce qui est encore plus intéressant, c'est que Carpenter va aller plus loin en démontrant que la menace vient aussi de l'intérieur. Et cette menace va naître des différences physiques, intellectuelles, morales qui règnent entre les personnages. En effet, si la menace extérieure est caractérisée par son homogénéité et son fonctionnement "symbiotique", les résistants, eux, doivent construire la cohérence nécessaire à leur survie. Car dans un premier temps, Carpenter va construire un huis-clos tout ce qu'il y a de plus "sartrien", où chacun va découvrir que si l'enfer est à l'extérieur, il est aussi présent en chacun de nous, dans notre difficulté toute humaine à coexister. Ainsi, notons que le système de mise en scène de Carpenter, lorsqu'il désire traduire les rapports humains qui se construisent parmi les résistants, repose presque systématiquement sur une confrontation entre plans larges et surtouts plans moyens d'un côté, lesquels permettent de représenter dans l'espace les rapports de force, de défiance et de hiérarchie entres les différents groupes ou personnages, et systèmes de champ / contre-champ d'un autre côté, ce système étant le plus à même de traduire le fossé qui sépare, idéologiquement et stratégiquement, les personnages. Ainsi, lorsque les personnages débattent, par exemple, de la conduite à tenir ou de la stratégie à adopter, Carpenter met en scène "l'affrontement" à travers, donc, un système de champ / contre-champ sans quasiment jamais placer d'amorce: de cette manière il sépare même physiquement les personnages qui ne coexistent plus dans le plan, accentuant la "distance" (au sens le plus large du terme) qui les sépare (on peut constater cet effet dans la première partie d'Assaut, un exemple parmi d'autres) . Dans le même ordre d'idée, on pourra s'attarder sur la manière dont Carpenter met en image la tension et le rapport de force psychologique qui se construisent dans le huis-clos The Thing; écoutons pour cela le monteur du film, Todd Ramsay (14), parler de la manière dont Carpenter a découpé la scène cruciale des poches de sang trouées révélant le fait que l'un des scientifiques est "la chose": "Mettre en scène 10 personnages debout, dans un lieu relativement clos, avec quatre enjeux simultanés (les renvois de soupçons entre Garry et le Dr Copper, l'arbitrage de Mac Ready, le début de rixe entre Childs et Palmer, la fuite de windows) est en soi un défi narratif incroyable. N'importe quel réalisateur aurait choisi la solution de facilité, en plaçant sa caméra au centre d'un cercle délimité par les protagonistes. John a, au contraire, découpé son espace en mettant en valeur les interactions entre tel ou tel personnage, avec une incroyable précision. Je n'ai pas le souvenir de m'être dit: "Ah si je pouvais avoir tel ou tel angle!". Sa couverture était parfaite. Cette séquence compte parmi mes préférés dans toute ma carrière." Ainsi, Carpenter accorde une attention toute particulière à mettre en scène de manière très précise les rapports a priori difficiles qui se mettent en place entre les personnages, éludant et éllipsant dans un mouvement inverse d'autres types de relations psychologiques (par exemple la love story de Jamie Lee Curtis dans Fog est à peine suggérée: elle est prise en stop, on la retrouve dans la séquence suivante alors qu'elle vient de coucher avec Tom Atkins, puis le sujet ne sera plus évoqué. De même, dans Invasion Los-Angeles, la relation d'amitié que Nada semble entretenir avec Franck est à peine esquissée.) au profit des points de friction. Qu'est-ce que cela signifie?

Ce que Carpenter nous fait partager, c'est le décentrement originel que tout être humain expérimente dans sa vie et notamment lorsque, enfants, nous nouons nos premiers véritables rapports sociaux. En effet, durant les premiers mois de notre vie, nous sommes au centre de toutes les attentions, notamment maternelles, et nous ne faisons pas de différence entre nous et les autres: ou plutôt nous confondons les autres avec nous même en une grande fusion ego-centrique (au sens premier, notre "moi" se posant comme le centre de tout). Puis nous découvrons qu'il existe d'autres "moi" et que chaque "moi" est le centre de son propre monde au sein duquel il "m'objectivise", n'hésitant pas à me juger et parfois même à me condamner. Décentrement fondateur donc, puisque avec la découverte de l'alter-ego (c'est-à-dire au sens propre "l'autre moi") c'est mon statut d'être unique et supérieur qui s'évanouit. C'est le même mouvement que l'on observe chez Carpenter: en privilégiant les points de frictions et les confrontations entre ses personnages, il les oblige à prendre conscience de l'existence et de la valeur de l'autre. Et avec cette prise de conscience, c'est la découverte d'une vision du monde différente, et même d'une autre réalité possible. C'est ce que Carpenter (15) qualifie de "réalité créée par celui qui l'observe" , c'est une vision relativiste du monde, changeant suivant celui qui le regarde. C'est cette même théorie d'une réalité relative que développe un des personnages de l'Antre de la Folie lorsqu'il dit que "la vérité c'est ce que nous disons être vrai". Une des clefs de la personnalité et de l'oeuvre de Carpenter, c'est donc cette question de la relativité: "La relativité du temps, de l'espace et de ce que l'on perçoit, sont des choses qui paraissent tout à fait normales. Plus tard, on les comprend à nouveau, mais d'un point de vue plus intellectuel et moins émotionnel."(16). C'est ainsi que nous pouvons voir dans le professeur Birak (Victor Wong dans Prince des Ténèbres) un double métaphysique de Carpenter lui-même, car comme le dit Hélène Frappat (17), "en quoi consistent les thèses "relativistes" défendues par le scientifique Birak dans Le Prince des Ténèbres? Dans la découverte que ce que nous croyons être la réalité ne repose sur aucun socle "absolu" ou "objectif"." Chez Carpenter, les morts se relèvent, les extra-terrestres nous contrôlent ou nous "inséminent", et que ces situations contredisent ou non la vision du monde qu'ont les personnage (et ce qu'ils pensent possible ou non), il va leur falloir faire avec et s'organiser pour résister. Vision relativiste de la vie intéressante (et qui justifie peut-être le caractère insaisissable et "kaléïdoscopique" de John Carpenter lui-même) mais dangereuse. Pour le réalisateur (18), "c'est un truc très compliqué et ça fait peur; beaucoup l'ignorent parce que ça pourrait remettre en question tous leurs acquis sur le monde qui les entoure."

Mais une fois dépassé ce premier rapport difficile avec l'"autre", les résistants vont véritablement se construire une unité à même de répondre à l'homogénéité de la menace extérieure, unité qui se construit par delà les différences et même grâce à celles-ci. En effet, la friction et même plus loin l'affrontement est une donnée essentielle de l'apprentissage de la différence, apprentissage qui est lui même une étape nécessaire de la construction d'une identité commune, celle de la résistance. Cet affrontement peut-être d'ordre stratégique (dans le Village des Damnés, comment s'opposer aux enfants télépathes?), idéologique (dans Assaut, faut-il risquer le prix de sa propre vie pour défendre un parfait inconnu?), physique (le combat urbain entre John Nada-Roddy Piper et son ami Franck-Keith David, combat nécessaire pour que Franck accepte d'abandonner ses certitudes afin de voir au-delà des apparences, ce combat d'une longueur insensée -presque 10 minutes!- faisant directement référence à L'Homme Tranquille de John Ford où John Wayne et Victor McLaglen n'en finissaient pas de se battre.) et enfin thématique comme dans Prince des Ténèbres, où le professeur Birak et le père Loomis semble d'abord exposer des points de vue totalement différents: l'un se posant comme explorateur de la matière, l'autre se posant comme croyant en l'existence de Dieu. Pourtant, la confrontation de leurs points de vue va être la source d'un rapprochement inattendu, comme le souligne Hélène Frappat (19), car à leur insu ils partagent une même attitude ambivalente: "Ces deux hommes sont ambivalents car ils oscillent entre la croyance et le scepticisme. D'un côté ils sont croyants: le prêtre croit en Dieu, le physicien croit en la science; d'un autre côté ils ne cessent de douter: le prêtre doute parce qu'il reconnaît la "force spirituelle" du mal et du diable, le scientifique parce qu'il se heurte sans cesse à l'impuissance de la science.". La confrontation et l'affrontement des points de vue est donc une condition de la découverte et de l'apprentissage de l'autre permettant un éventuel rapprochement. Que se passe-t-il ensuite?

Ensuite vient tout simplement le moment de combattre et donc de prouver sa valeur dans l'action. En confrontant les points de vue et en se rapprochant, on efface les préjugés et les a priori, en bref on "remet les compteur à zéro". Charge ensuite à chacun de soumettre sa valeur, cette fois-ci à travers l'affrontement avec la menace extérieure, à l'évaluation des autres personnages comme à celle du spectateur, dans Assaut le présumé criminel Napoléon Wilson accédant ainsi au statut de héros tout autant que Bishop le policier. Selon Bertrand Rougier (20), "pour Carpenter et Hawks, l'action l'emporte sur les préjugés et l'éducation, la valeur d'un homme s'appréciant à l'aune de son comportement face à l'adversité. Ainsi, les individus affichant un défaut de compétence (crise de nerf, égoïsme) sont nécessairement destinés à succomber." Comme succombe l'employée du commissariat dans Assaut, éliminée parce qu'elle refuse de prendre le risque de payer de sa vie la défense d'un inconnu. Finalement, chez Carpenter, on est rien d'autre que ce que l'on fait, manière en quelque sorte de mettre fin aux inégalités (sociales, raciales, économiques) qui structurent et stratifient la société américaine.

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