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John Carpenter, une mise en scène du menaçant

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par Julien Le Goff
Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA) - D.E.S.R.A. 2005
  

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Appel aux couturier(e)s volontaires

3.2- Trouver sa voie et choisir d'être humain.

Ainsi, comme nous venons de le voir, se confronter à l'autre et à son point de vue est une étape essentielle pour la construction du groupe, mais également pour la construction de sa propre personnalité, puisque tout au long du métrage carpentérien les personnages vont effectuer un véritable parcours psychologique et métaphysique, sortant nécessairement transformés de l'espace filmique : ce que Linda Seger, script-doctor et scénariste qualifie de manière général, et pas seulement à propos de Carpenter, d' arc transformationnel. (21). Or, le Carpenter cinéaste, tout aussi libertaire que le Carpenter citoyen, laisse la possibilité à chacun de ses personnages de trouver se propre voie, d'un côté ou l'autre de la barrière. Carpenter montre bien que les deux voies, celle du Bien comme celle du Mal, existent ; ainsi, dans Invasion Los-Angeles au personnage de Nada, l'exclu qui se révolte contre le système répond celui du clochard entr'aperçu au début du film et que Nada et Franck retrouvent à la fin du métrage : celui-ci, en choisissant de collaborer a rejoint, tout du moins le croit-il, « le camp des gagnants ». Pourquoi résister, puisque, de toutes manières, « they're running the whole show ! » comme le fait remarquer l'un des collaborateurs ?

Afin de prouver sa valeur ; en résistant, soit, mais surtout en respectant un certain nombre de règles : pour Bertrand Rougier (22), « au terme du film [Assaut], les survivants ne devront leur salut qu'au respect d'un code d'honneur strict, basé sur le courage, la loyauté et la confiance », au-delà des préjugés. En résistant dans le respect de ce code d'honneur, le personnage carpentérien prouve sa valeur, et dans un même mouvement celle de l'Humanité, au contraire du Mal qui lutte avec ses armes indignes, à savoir corruption (Le Prince des Ténèbres), dissimulation (The Thing) et mensonge (Invasion Los-Angeles). Cela implique donc un choix draconien pour le personnage, choix qui engage tout son être dans un camp ou dans l'autre : céder à la tentation et à la facilité, comme les marginaux du Prince des Ténèbres ? Ou accepter de sacrifier sa vie s'il faut parce que l'on connaît le prix de l'Humanité, comme Catherine dans Le Prince des Ténèbres ou John Nada dans Invasion Los-Angeles ? Quel que soit la voie choisie par le personnage carpentérien, le chemin sera long, difficile et possiblement parsemé de choix erronés (Mac-Ready qui tue un homme sain et non contaminé dans The Thing, acte pour le moins choquant dans la perspective Hollywoodienne du Héros.) L'erreur sera de toutes façons pardonnée au personnage tant qu'elle est motivée, assumée responsabilisée ; ainsi note Rafik Djoumi (23), « Mac-Ready n'est définitivement pas le téméraire Snake Plissken », qui lui tue sans sourciller. « Les personnages de The Thing ont peur. Aucune des mises à mort n'est aisée, et un sentiment de consternation bien palpable envahit le groupe après chacune d'entre elle. Il n'est pas inutile de souligner, à ce titre, que seuls les responsables du groupe (Garry tue le Norvégien, Mac-Ready abat Clark qui tentait de l'agresser). » Tout ceci fait partie d'un parcours initiatique du personnage carpentérien qui, face au mal, doit effectuer le choix volontaire et conscient d'être humain.

Comme le relève Hélène Frappat (24), « l'idée même de survie est profondément ambivalente : les personnages carpentériens peuvent pour survivre faire alliance avec le diable (tels les collaborateurs d'Invasion Los Angeles ou de Vampires passés dans le camp des gagnants), ou bien comprendre, au contraire, que la seule véritable survie consiste dans une lutte à mort contre les forces du démon. » Ces forces du démon, ce sont celles qui menacent physiquement le héros carpentérien, mais également la part de mal qui sommeille en chacun de nous et qui ne demande qu'à se réveiller, Carpenter développant un mouvement de focalisation progressif de l'extérieur (la menace physique) vers l'intérieur (le combat moral interne) ; pour Carpenter (25), « la chose la plus terrible avec le diable, quand il s'introduit dans notre coeur, c'est que nous devenons des créatures, des animaux, littéralement des démons, dans ce que nous faisons les uns aux autres. Choisir d'être humain, c'est chercher la compassion, l'amour, la passion, tous les jours, comme un travail de longue Haleine ». « L'idée, dit-il encore, est que la sauvagerie et la brutalité font partie de chacun d'entre nous ». Finalement, ce que traduit Carpenter au travers de ce combat physique contre la menace maléfique, c'est, de manière métaphorique et pour ainsi dire psychanalytique, le combat quotidien que chacun d'entre nous mène avec la part sombre qu'il porte au plus profond de lui-même...

C'est toute la valeur de l'emploi par Carpenter de certains plans subjectifs : ainsi dans l'ouverture du Village des Damnés, l'arrivée des extra-terrestre est représentée à l'écran par un de ces fameux plans subjectifs. Dans l'un des derniers plans du Prince des Ténèbres, le spectateur se retrouve subjectivement de l'autre côté du miroir à contempler le personnage de Brian Marsh, adoptant la place et le point de vue du fils de Satan (donc du mal). Dans Halloween, Hélène Frappat (26) note que le réalisateur « alterne les plans tournés du point de vue du tueur et de ses victimes » et que « la créature sans visage se dissimule derrière un masque car elle peut prendre tous les visages : le tien, le mien - le nôtre. » Forcé par le réalisateur d'adopter, même pour quelques images, la place et le point de vue du Mal, le spectateur est viscéralement, intimement frappé au plus profond par le discours de Carpenter sur l'ambivalence fondamentale de l'être humain, fruit de la réunion complémentaire d'Abel et de Caïn, du Bien et du Mal. Carpenter conclue (27) : « mon père me disait : « je me demande si Dieu n'est pas tout - le bien et le mal ». C'est ainsi que nous sommes. Le mal est partout. »

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