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Typologie des systèmes d'élevage laitier au Maroc en vue d'une analyse de leurs performances

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par Mohamed Taher Sraà»ri
Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Belgique - Doctorat en Sciences agronomiques et Ingénierie biologique 2004
  

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II - 6 Conclusions : perspectives des filières laitières au Maghreb

La présente synthèse bibliographique a permis de voir que les filières laitières des trois pays du Maghreb sont à une sorte de croisée des chemins en ce début de troisième millénaire. Ce travail a montré que la réflexion sur le développement des systèmes d'élevage dans cette région du monde ne peut que s'inscrire sur une longue durée, à l'image de ce que BOURBOUZE [2002] intitule « les temps longs du développement ». En effet, les trois filières du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie sont assujetties au défi de l'approvisionnement en lait de populations en plein essor, et ont à composer avec un environnement économique différent selon les options de politique générale poursuivie par les trois pays. Ceci a bien sûr des répercussions fort marquées sur l'amont de ces filières, notamment sur les performances des étables. Ainsi, au Maroc, avec le début du programme d'ajustement structurel, la remise en cause de l'intervention multiforme de l'Etat dans le processus irrémédiable de « vérité des prix », a quelque peu modifié les termes de l'échange pour les éleveurs. Il s'ensuit que la croissance de la production laitière bovine s'est essoufflée et les acteurs de la filière lait essaient de différentes manières de composer avec la conjoncture actuelle : les industriels amplifient les importations de poudre de lait après une année délicate, les éleveurs tentent d'écouler leurs produits à travers d'autres canaux, comme les points de vente de proximité où ils évitent de donner aux intermédiaires ce qu'ils considèrent comme le fruit de leur travail. L'avenir est donc pour le moins incertain, avec en arrière plan l'éternel poids de l'aléa climatique auquel s'est juxtaposé ce que d'aucuns n'hésitent plus à qualifier d'aléa économique [CHICHE, 1995]. Ceci rend donc encore plus actuelle une évaluation précise des modes de production laitière en milieu paysan, avec une analyse et une hiérarchisation des facteurs tant techniques qu'anthropiques qui affectent les résultats des élevages de bovins laitiers au Maroc, et que nous nous proposons de mener dans le cadre de ce travail. Cette tentative interviendrait à un moment crucial où les pouvoirs publics ont fait part de leurs intentions d'intensifier davantage la production en ciblant leurs interventions aux seules régions favorables, et il n'est pas exclu que les résultats de notre travail ayant à la base une approche de type systémique, puissent contribuer à faire « remonter vers les décideurs les doléances des éleveurs, et rapprocher ainsi les sphères de décision de la réalité du terrain » [LHOSTE et al., 1993].

En Algérie, sans pour autant être caricaturale, la situation est nettement plus contrastée, avec à la base le choix politique des pouvoirs publics de recourir en priorité aux importations de lait pour satisfaire la demande en produits lactés. Certes, dans une conjoncture dominée par les variations des prix des hydrocarbures, l'Etat algérien a aussi initié des projets de développement de la production laitière locale, pour essayer de diminuer ce lourd fardeau économique, notamment en tentant d'égaliser le prix du lait frais avec celui du lait reconstitué. Mais les derniers déboires financiers de ce pays, dont les exportations continuent à être dominées par les seuls hydrocarbures, font que le démarrage d'une production laitière locale significative dans la couverture des besoins reste hypothétique.

En Tunisie, une évolution comparable à la situation marocaine a été observée, avec toutefois une différence notable, en ce sens que ce pays est devenu autosuffisant pour les niveaux de consommation affichés actuellement per capita. Là aussi, les interventions de l'Etat ont été capitales, fondamentalement en rapport avec la mise à la disposition des éleveurs de concentrés peu onéreux et la définition d'une politique laitière privilégiant les zones du Nord où la pluviosité moyenne permet encore une production fourragère pouvant servir de support à des ateliers laitiers. Toutefois, la négociation de l'ouverture du marché tunisien aux produits agricoles étrangers, notamment européens, et la recherche de lait de qualité, sont autant de facteurs de doute quant à la réussite des éleveurs laitiers tunisiens à maintenir le même niveau de croissance de la production.

En définitive, les filières laitières, avec en amont les éleveurs de vaches, constituent un pan d'activité agricole fort stratégique au Maghreb, à cause de la valeur nutritionnelle que revêt le lait et ses dérivés pour des populations dont les niveaux de consommation moyens sont encore loin des normes nutritionnelles internationales. Par ailleurs, l'élevage de bovins laitiers assume dans les trois pays des rôles de création d'emplois et de revenus très importants pour la stabilité sociale. C'est dire que, si les bouleversements macro-économiques qui concernent ces pays ne peuvent qu'induire des variations des termes de l'échange, il est clair que celles-ci auront des répercussions directes sur l'organisation de la production. Ainsi, si au début des années 80, le secteur laitier représentait une aubaine pour les investisseurs au Maroc, à cause des niveaux de protection assurés par la politique des prix, ce qui a même engendré une certaine gabegie [EL KHYARI, 1985], tout tend à prouver qu'aujourd'hui ce n'est plus le cas. Dans cette évolution, en partie due aux mesures de l'ajustement structurel, mais aussi à d'autres causes plus liées au milieu de production (faiblesse et aléa des précipitations, niveau sommaire de formation des éleveurs, absence de chaîne du froid...), les éleveurs laitiers au Maroc, qui ne sont pas moins de 770 000, se doivent de réagir pour survivre. C'est leur manière de s'adapter face à ce changement de conjoncture, et ses conséquences sur l'organisation de l'élevage que nous nous proposons d'étudier au Maroc, dans trois systèmes agro écologiques représentatifs de la diversité des situations d'élevage : le système irrigué, à vocation laitière, le système pluvial favorable, dont les performances sont liées à la variabilité climatique, et le système suburbain qui se développe suite à une augmentation de la demande en lait par les couches urbaines au pouvoir d'achat plus élevé.

III - Etablissement de typologies d'elevages de bovins au Maroc

III.1. Etablissement de typologies d'étables au Maroc : hypothèses et modalités de travail.

III.2. Typologie d'étables laitières dans la zone suburbaine de Rabat - Salé.

III.3. Production de lait et/ou de viande : étude de la diversité des stratégies des éleveurs de bovins dans le périmètre irrigué du Gharb.

III.4. Analyse comparative des systèmes d'élevage laitier dans la zone suburbaine de Rabat - Salé et dans le périmètre irrigué du Gharb.

III.5. Synthèse générale des résultats des typologies d'étables au Maroc

One of the most highly developed skills in contemporary Western civilization is dissection: the split-up of problems into their smallest possible components. We are good at it. So good, we often forget to put the pieces back together again.

The skill is perhaps most finely honed in science. There, we not only routinely break problems down into bite-sized chunks and mini-chunks, we then very often isolate each one from its environment by means of a useful trick. We say ceteris paribus - all other things being equal. In this way we can ignore the complex interactions between our problem and the rest of the universe.

Alvin Toffler (1985)

Foreword (page XI) of Ilya Prigogine and Isabelle Stengers

"Order out of Chaos : Man's new dialogue with Nature".

Flamingo, London

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