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Typologie des systèmes d'élevage laitier au Maroc en vue d'une analyse de leurs performances

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par Mohamed Taher Sraà»ri
Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Belgique - Doctorat en Sciences agronomiques et Ingénierie biologique 2004
  

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III-3-3-b Analyse de la diversité des exploitations d'élevage bovin : la typologie

Après un premier traitement ACP, 4 individus qui représentent de très gros élevages laitiers, sont apparus comme très fortement excentrés sur le plan des axes 1 et 2, et déviaient la signification de l'ACP vers des axes de taille (corrélé uniquement aux variables de structure, telles que Vaches présentes et Superficie Agricole Utile). Un deuxième traitement, portant sur 107 individus, s'est donc révélé nécessaire en excluant ces 4 premiers pour affiner l'analyse. Quatre autres types ont alors été identifiés à partir de l'analyse des 3 premiers axes qui expliquent 73 % de la variance (Tableau 18).

Tableau 18. Contribution des variables aux axes de l'ACP : région du Gharb

Axe
Définition de l'axe
Proportion
Variation cumulée
 
Variables
Corrélation à l'axe
(%)
(%)
 
 
 
 
 
 
LL
- 0,83
 
 
 
PL
- 0,79
39,3
 
1
MC
- 0,77
 
 
 
SFP
- 0,65
 
 
 
FV
- 0,57
 
 
 
 
 
 
 
 
SAU
- 0,71
 
 
2
UGBb/UGBt
0,61
21,1
60,4
 
UTH F
- 0,56
 
 
 
 
 
 
 
 
NVL
- 0,72
 
 
3
UTHS
- 0,56
12,3
72,6

FV : Mois avec distribution de fourrages verts aux vaches, LL : Mois avec livraison de lait, MC : Mois avec distribution de concentrés aux vaches, PL : Production laitière de l'étable, SAU : Superficie Agricole Utile, SFP: Surface fourragère principale, UGBb/UGBt : ratio UGB bovines/UGB totales, UTHS : Unités de Travail Humain Salariées, UTH F : Unités de Travail Humain Familiales, VL : Nombre de Vaches Laitières.

Le plan principal (défini par les axes 1 et 2) permet notamment une bonne discrimination graphique (figure 13) : en abscisse le degré d'intensification (variables explicatives : l'importance du fourrage, de la complémentation en concentrés, de la production laitière livrée), en ordonnée la diversification/spécialisation (variables explicatives : SAU, ratio UGBb/UGBt qui évoque la présence d'un troupeau ovin en général). Nous identifions ainsi finalement cinq types : les grands élevages spécialisés en lait (i) ou petits troupeaux avec intensification laitière (ii), les systèmes polyculture-élevage livrant du lait toute l'année (iii) ou de manière saisonnière (iv) et les élevages extensifs viande ne produisant du lait que pendant quelques semaines (v). La figure 14 résume les grands traits distinctifs des cinq types d'élevage bovin identifiés.

Nous avons ensuite souhaité valider cette typologie en la soumettant à un groupe de neuf experts1(*) qui ont suggéré après discussion de distinguer des sous types importants qui n'étaient pas perçus dans l'analyse. Ce genre de méthodologie pour l'affinage des résultats de typologies d'exploitations agricoles est recommandé lorsque les expertises locales permettent de cerner davantage les réalités des pratiques en vigueur, surtout en cas d'enquêtes rapides, telles que nous les avons effectuées. Parfois, l'élaboration de typologies de fermes peut même se dispenser d'enquêtes longues et reposer uniquement sur les avis des techniciens locaux : c'est la typologie « à dires d'experts » [PERROT, 1990]. Dans ce travail en particulier, en tenant compte de l'avis des experts de l'élevage du périmètre irrigué du Gharb, dans le type (iv) est apparu la nécessité de différencier le système riz - bersim où le fourrage est produit en dérobé. Dans le type (v), le cas des élevages extensifs de petite taille, propres aux éleveurs sans terre ayant des revenus extra agricoles, a aussi été retenu.

Axe 2

Axe 1

LL : Mois avec livraison de lait, PL : Production laitière de l'étable, MC : Mois avec distribution de concentrés aux vaches, SFP : Surface fourragère principale, FV : Mois avec distribution de fourrages verts aux vaches, SAU : Superficie Agricole Utile, BOV T : Nombre d'UGB bovines totales, UTH F : Unités de Travail Humain Familiales

Figure 13. Cercle des corrélations des variables de l'ACP : étables dans la zone irriguée du Gharb.

Figure 14. Représentation schématique de la typologie des élevages bovins dans le Gharb.

Sept types distincts sont ainsi retenus, correspondant à des éleveurs dont le profil sociologique est assez facile à caractériser (tableau 19).

Tableau 19. Les différents types d'éleveurs de bovins dans l'arrondissement de Sidi Allal Tazi (périmètre du Gharb).

TYPES

Eleveurs laitiers spécialisés

Eleveurs en systèmes de polyculture / élevage

Eleveurs extensifs sur parcours

Grand cheptel

Petit cheptel

Lait permanent

Lait de saison

Riz-bersim Lait saison

Elevage allaitant

Hors sol

 
 
 
 
 
 
 
 

Identité

Grand laitier

(GL)

Petit laitier

(PL)

Cultures et lait

(PLP)

Cultures et lait

( PLS)

Riz/bersim Lait

(RBLS)

Grands allaitants

(GA)

Sans terre

(ST)

Effectif enquêté

4

31

22

43

11

Le type GL correspond aux gros élevages laitiers de la zone côtière dont les paramètres de structure (SAU, effectifs en vaches laitières) sont largement supérieurs à la moyenne. Tous leurs bovins sont d'origine importée de race Holstein. La SFP occupe une place prédominante sur ces exploitations (82 % de la SAU). Les fourrages sont distribués toute l'année soit en vert soit sous forme d'ensilage, et les vaches sont supplémentées en concentrés durant toute la lactation. Le zéro-pâturage est de rigueur dans ces exploitations, à l'instar de la majorité des systèmes intensifiés d'élevage bovin au Maroc. La productivité moyenne est de 4 300 kg de lait par vache laitière présente/an. Enfin, la main d'oeuvre est exclusivement d'origine salariée. Trois de ces exploitations appartiennent à des industriels détenteurs de capitaux qui ont fait le choix d'investir dans l'agriculture, bénéficiant ainsi de l'exonération d'impôts. Mais leur souci majeur est la rentabilité économique qu'ils tentent d'atteindre en visant l'intensification maximale du rendement laitier par vache. La quatrième exploitation est une ferme expérimentale étatique d'où la présence importante de main d'oeuvre (38 salariés).

Le type PL, petit laitier spécialisé, comprend 31 individus, et se caractérise par une SAU moyenne de 6 ha par exploitation dont plus de 80 % sont réservés aux cultures fourragères, un troupeau de 9 vaches laitières en moyenne, une distribution tout le long de l'année de fourrages verts aux vaches, et par la mise à disposition des vaches de concentrés durant toute leur lactation. Le rendement laitier moyen est de 2 900 kg par vache présente/an. La livraison de lait n'est pas saisonnière, étalée sur toute l'année. La main d'oeuvre est d'origine familiale et/ou salariale. Plus de ? de ces éleveurs, dont certains sont des bénéficiaires de l'opération « jeunes promoteurs », embauchent des salariés permanents. Ce type peut ainsi être considéré comme celui des éleveurs aux moyens de production plus modérés mais qui accordent à l'élevage laitier une place privilégiée dans leur système de production.

Le type PLP, polyculture-élevage et production laitière permanente, est composé de 22 individus qui se caractérisent par une SAU moyenne de 39 ha, nettement supérieure à la moyenne générale et par un troupeau moyen de 8,5 vaches laitières. Cette classe présente tous les aspects de la diversification des activités aussi bien au niveau de l'élevage que des cultures. Ainsi, un troupeau ovin est présent chez tous les éleveurs et il peut parfois être plus important que le troupeau bovin lui même (en terme d'Unités Gros Bétail). Au niveau des productions végétales, moins de 30 % de l'assolement est réservé aux cultures fourragères, le reste étant occupé par des productions telles que le maraîchage de plein champ, les céréales, les oléagineux, et la betterave sucrière. Au niveau de la conduite alimentaire des vaches, les fourrages sont distribués en vert de décembre à juillet, déterminant de ce fait une période difficile dite de « soudure » d'août à novembre, où seules de la paille et les chaumes de céréales sont disponibles pour le cheptel bovin. Néanmoins, les concentrés sont distribués toute l'année chez la majorité des éleveurs. Les niveaux de production de lait sont de 1 800 kg par vache laitière présente/an.

Le type PLS, polyculture-élevage et production laitière saisonnière, est le plus important et il se compose de 43 éleveurs. Ces exploitations se distinguent par l'exiguïté des superficies (4,6 ha en moyenne) et par des troupeaux bovins de 4,5 VL en moyenne. Les productions agricoles sont plus ou moins diversifiées et la part réservée aux cultures fourragères est inférieure à 40 % de l'assolement. Les autres productions végétales sont le blé et le maraîchage. L'alimentation du troupeau est déficiente pendant près de la moitié de l'année. Il en résulte une livraison de lait très saisonnière, qui s'arrête de juin à novembre, moment où sont exploitées massivement les chaumes de blé. Celles-ci, beaucoup d'éleveurs aimeraient les ériger en transition vers les futurs fourrages verts de la fin de l'automne. Cette période est malheureusement trop longue, et il s'ensuit d'inévitables carences, d'abord protéiques, puis énergétiques et minérales [OUTMANI et al., 1991]. C'est le temps des « vaches maigres », où il faut puiser sur d'hypothétiques et rares stocks de paille ou de foin, ce qui compromet, dans bien des cas, aussi bien les lactations en cours que les fonctions biologiques du troupeau (la reproduction en premier lieu). Cette classe est donc typiquement celle des éleveurs de bovins pour lesquels la production laitière est reléguée au second plan, les vaches étant d'abord à vocation allaitante.

Le type RBLS, très proche du précédent, et que nous n'avions pas identifié dans un premier temps, correspond aux exploitations des coopératives de la réforme agraire dont l'assolement est fondé sur la succession riz - bersim. Le bersim (trèfle d'Alexandrie), qui est difficile à conserver du fait de sa haute teneur en eau, assure un affouragement en vert de novembre à mai. Les vaches sont nourries le reste de l'année d'un peu de mauvais foin de bersim, de paille et de concentrés achetés. La production laitière est de ce fait très saisonnée (de novembre à mai).

Les types GA (grands troupeaux à tendance allaitante) et ST (éleveurs sans terre et petits troupeaux), exploitent des troupeaux de race locale menés sur parcours, et sont représentés dans notre enquête par 11 individus qui se caractérisent par une SAU inférieure à 1 ha. Mais les effectifs en vaches sont très variables, allant de 3 à 50. Aucune culture fourragère n'est pratiquée, et les éleveurs mènent leur troupeau sur des pâturages tantôt à proximité de leurs lieux de résidence, tantôt sur les pâturages collectifs de la forêt domaniale. La distribution de concentrés se fait de manière très sporadique, à l'occasion de l'engraissement d'un bovin destiné à la commercialisation, ou pour une utilisation marginale du lait produit dans les semaines qui suivent un vêlage. Ce lait réservé à l'autoconsommation familiale est destiné exceptionnellement à la vente, mais certains éleveurs, se référant à la coutume, refusent de vendre le lait.

Remarquons pour conclure provisoirement que ces différents types d'éleveurs ne sont pas répartis au hasard dans l'espace : les « grands laitiers » sont installés dans la bande côtière, les « jeunes promoteurs » de type PL, plus exigeants sur les conditions de vie, sont proches de la ville de Kénitra, les systèmes « riz - bersim » sont dans les périmètres proches de Sidi Allal Tazi, les systèmes allaitants sont plus à la périphérie et proches de la forêt. Par ailleurs, un gradient de la part du lait dans les recettes totales d'élevage a été mis en évidence et il confirme l'extrême hétérogénéité des stratégies des éleveurs d'un type à l'autre (figure 15).

Figure 15. Gradients de production de lait et de viande dans les différents systèmes d'élevage bovin au Gharb.

* 1 Le chef d'arrondissement, le chef de l'appui technique, deux vétérinaires, trois inséminateurs, un technicien et un contrôleur laitier

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