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Typologie des systèmes d'élevage laitier au Maroc en vue d'une analyse de leurs performances

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par Mohamed Taher Sraà»ri
Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Belgique - Doctorat en Sciences agronomiques et Ingénierie biologique 2004
  

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III-3-3-d Lait et/ou viande ? Les perspectives d'avenir

Cette analyse de la diversité des élevages bovins confirme l'extrême hétérogénéité des choix et des pratiques des éleveurs et devrait inciter les pouvoirs publics, les organisations professionnelles d'élevage et les transformateurs de produits animaux à la prise en compte de cette variabilité pour l'instauration de programmes d'encadrement des éleveurs adaptés à leurs multiples attentes.

La typologie établie confirme la multiplicité des rôles du cheptel bovin et la diversité des systèmes d'élevage en vigueur dans le périmètre du Gharb. Il se dégage aussi que l'élevage bovin est avant tout entre les mains de petites exploitations tant par la taille que par le degré de capitalisation [AURIOL, 1989]. Par ailleurs, la spécialisation en élevage laitier, tant prônée par les concepteurs du « Plan laitier », est loin de s'être imposée et les niveaux moyens de production demeurent très en deçà des potentialités génétiques des vaches et des atouts de la région (irrigation, disponibilité des nombreux sous-produits agricoles...).

Tableau 20. Caractéristiques des cas - types d'élevages bovins du périmètre irrigué du Gharb.

TYPES

Eleveurs laitiers spécialisés

Eleveurs en systèmes

polyculture-élevage

Troupeaux extensifs sur parcours

Grandes étables (GL)

Petit effectif (PL)

Laitier permanent (PLP)

Lait de saison (PLS)

Riz/bersim Lait saison

(RBLS)

Elevage allaitant (GA)

Sans terre (ST)

SAU (ha)

20

3

45

3,5

5

10

0,5

Vaches

74

10

20

3

4

50

4

Type de bovins

Pie noire

Pie noire

Pie Noire

Croisé

Croisé

Brune d'Atlas

Brune d'Atlas

F/SAU* %

100

100

22

14

25

100

0

Concentrés

Continus

Continus

Continus

5 mois

6 mois

1 mois

Rares

Concentrés / charges (%)

75

72

62

73

39

22

13

Lait / produits (%)

75

72

54

37

34

7

3

Bénéfice par vache (DH)

4 228

3 630

3 844

2 075

2 055

896

1 644

* F/SAU : fourrages par rapport à la SAU

En fait, comme le fait remarquer BOUSLIKHANE [1998, dans la plaine du Gharb, une grande majorité d'étables n'a pas de véritable ambition de spécialisation laitière, notamment en l'absence du savoir-faire technique. Seuls les deux premiers types répondent aux attentes des décideurs en obtenant des résultats tant techniques qu'économiques assez proches de ce qui a été relevé dans d'autres régions du pays [LAKHDISSI et al., 1985 ; SRAÏRI et KESSAB, 1998 ; SRAÏRI et EL KHATTABI, 2001]. En revanche, pour les autres types, la production de viande s'impose comme une activité concomitante, parfois même dominante, le lait devant même parfois être considéré comme un sous-produit. Les responsables des usines laitières sont donc en droit de se poser la question de la durabilité et des perspectives de la production laitière.

Le premier phénomène à considérer avec attention est lié au fait que, en dehors des élevages laitiers spécialisés (GL et PL), le troupeau bovin des autres systèmes est typiquement polyfonctionnel, c'est-à-dire (i) très complémentaire des activités proprement agricoles (utilisation des fourrages et sous produits, producteur de fumier notamment pour les parcelles en maraîchage intensif) (ii) assurant les besoins laitiers familiaux (lait, petit lait fermenté ou l'ben, beurre), (iii) valorisant la main d'oeuvre familiale sous employée, (iv) assurant les à-coups de la trésorerie (vente de lait, des veaux), et (v) appuyant les investissements lourds par la vente des vaches, taurillons ou génisses au moment opportun.

L'autre problème d'importance concerne la mise en marché du lait et le recul général de la collecte industrielle de lait dans le périmètre du Gharb, exacerbé par l'amplification du phénomène de colportage. Les centres de collecte coopératifs, qui ont joué un rôle clef dans l'émergence de la filière lait, marquent en effet le pas. N'étant que peu éligibles aux crédits bancaires, ces coopératives ne disposent que de capitaux limités pour développer d'autres activités au profit de leurs adhérents et peu réussissent à s'affranchir de l'administration. Un autre dysfonctionnement concerne la régularité des apports et le degré de fidélité des éleveurs vis-à-vis de ces coopératives, à l'image de ce qui a été relevé dans la région limitrophe de Tiflet [SRAÏRI et MEDKOURI, 1999]. Les usines laitières insuffisamment équipées en matériel de stockage et de transformation (poudre de lait notamment) gèrent difficilement les excédents laitiers du printemps et ont pour habitude de refouler sans préavis les apports en provenance des centres de collecte qui bloquent à leur tour les livraisons des producteurs...contraints de passer par les colporteurs. De nombreux éleveurs, face à ces incertitudes, manifestent leurs réticences à produire davantage de lait s'ils sont si mal récompensés de leurs efforts : pas de prime à la qualité, pénalités d'origine douteuse et prix n'ayant pas évolué depuis plus de 10 ans [SRAÏRI et ILHAM, 2000]. Certains en viennent à créer leur propre mini-laiterie pour garantir un débouché fiable et rémunérateur. Depuis une dizaine d'années, on voit ainsi monter en puissance des circuits parallèles dits « informels » dans certaines régions, mais en vérité fort bien équipés (camionnettes, bacs réfrigérateurs, boutiques pour la vente en direct de produits transformés...) et organisés pour la collecte directement auprès des producteurs. Incapables de faire face à cette concurrence, certains centres de collecte ont fermé et la principale usine laitière du Gharb (coopérative Colait-Extralait) s'en est trouvée fortement fragilisée, outre ses problèmes de gestion interne. La ville de Kénitra est à présent approvisionnée à hauteur de 25 % par des colporteurs organisés, efficaces et, pour une partie d'entre eux, respectueux de l'hygiène.

Lait et viande peuvent donc être en situation de concurrence et ce n'est pas le moindre paradoxe de voir ces éleveurs, dotés en troupeaux de races laitières spécialisées, accorder de plus en plus d'intérêt à la production de viande. On a vu que dans la plupart des troupeaux (hors GL), les veaux sont tous conservés. Toutefois, seuls les mâles sont engraissés, selon un même modèle (5 mois en stabulation, paille et concentrés) pour dégager une marge brute d'environ 500 DH/taurillon. D'un type à l'autre on note des stratégies un peu différentes : les jeunes promoteurs (PL) n'engraissent au mieux qu'un à deux mâles par an, les systèmes agriculture-élevage (types PLP) gardent toutes leurs génisses et vendent quelques mâles maigres pour assurer l'engraissement des autres sans trop prélever dans le disponible fourrager, tout en préservant le potentiel laitier de leur unité...ce que les élevages PLS et RBLS (riz - bersim) ne font plus, en privilégiant la viande. En système allaitant, le choix se porte évidemment sans concurrence possible vers la production de viande.

La mise sur pied d'un programme d'appui technique aux éleveurs doit donc nécessairement tenir compte de ces différences entre types. Compte tenu de la priorité affichée par les services techniques pour une production laitière destinée à l'industrie, il est clair que les types GL et PL sont les plus susceptibles de s'accaparer l'aide technique. Celle-ci devrait se concrétiser par l'affectation d'agents sur le terrain en phase avec les éleveurs, car pour l'heure ces derniers sont rares à signaler des visites de techniciens du développement. Cet encadrement rapproché doit s'intéresser en premier lieu à la conduite alimentaire des vaches laitières, puisqu'à l'instar de ce qui est rapporté dans d'autres régions du pays, les périodes de soudure et la méconnaissance des méthodes de rationnement et de conservation des fourrages continuent de générer des manques à gagner importants [GUESSOUS, 1991]. A cet égard, le Gharb étant un important pôle de production agroalimentaire (sucreries, conserveries...), une valorisation plus importante des sous-produits industriels devrait être favorisée.

En revanche, il faut que ces mêmes services techniques chargés de la vulgarisation agricole reconnaissent à la production de viande une totale légitimité. Les périmètres irrigués de cette zone ont permis l'émergence d'un système d'élevage bovin de type mixte et non pas « laitier intensif » qui, dans un certain nombre de systèmes, profite de la complémentarité entre agriculture et élevage. Les élevages concernés, les plus nombreux comme on l'a vu, réclament donc une aide et des conseils spécifiques pour gérer au mieux cet équilibre lait/viande qui est véritablement la marque de ces systèmes qui pour survivre doivent être d'une grande adaptabilité. Rien ne s'oppose en vérité à ce que les élevages laitiers intensifs spécialisés et les élevages mixtes associés à l'agriculture se partagent harmonieusement l'espace agraire...et les aides.

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