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Typologie des systèmes d'élevage laitier au Maroc en vue d'une analyse de leurs performances

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par Mohamed Taher Sraà»ri
Faculté universitaire des Sciences agronomiques de Gembloux, Belgique - Doctorat en Sciences agronomiques et Ingénierie biologique 2004
  

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I.2.3 Déterminisme et évolutions des recherches sur les systèmes agricoles

Les RSA couvrent un vaste éventail d'activités du monde rural. Elles induisent donc qu'elles sont implicitement au centre des préoccupations des agronomes depuis les débuts de l'agriculture. PONTING [1991] rapporte ainsi que 3000 ans av. J.C., les Sumériens avaient déjà pris l'habitude de noter tous les changements liés aux pratiques d'exploitation de leurs systèmes agricoles. Sous l'Empire romain, des auteurs comme Cato ou Columella s'étaient aussi livrés à des travaux sur les systèmes de production de céréales et d'huile d'olive en vigueur dans les différentes régions [WHITE, 1970]. En Andalousie, l'occupation arabe a aussi permis d'élaborer toute une documentation en rapport avec les systèmes agricoles irrigués [GLICK, 1970]. Plus récemment, lors du XIXème siècle en Europe, les travaux de Tchayanov en Russie, de Von Liebig et Von Wulffen en Allemagne, ou de Bakewell et de Young en Grande Bretagne se sont tous basés sur une approche de type RSA pour analyser les possibilités d'améliorer la productivité de l'agriculture [HAYAMI et RUTTAN, 1985]. Ces travaux se justifiaient d'autant plus que des cycles de famine sévissaient alors et qu'il fallait nécessairement hausser la condition des agriculteurs. Par la suite, l'expansion coloniale vers les zones tropicales et tempérées chaudes a eu pour corollaire d'ouvrir de nouveaux champs d'application aux RSA, dans un esprit fondamentalement dominé par les grandes écoles de pensée du XIXème siècle [DE WIT, 1992].

La majorité des travaux des XVIIIème et XIXème siècles qui ont utilisé une approche de type RSA ont mis l'accent sur une « vision globale de l'unité de production agricole », qui sous-entend une étude holiste de l'exploitation fermière. Ce genre de démarche s'applique lorsque « le tout est bien plus qu'une simple addition des parts » [SCHIERE, 1995]. A ce stade, ce concept s'oppose au réductionnisme des recherches actuelles [LANDAIS, 1996a]. BEETS [1990] mentionne que les pionniers des RSA, au XIXème siècle, étaient pour la plupart issus du monde agricole, et que dans leur travaux, ils conciliaient agronomie et économie. SHANER et al. [1982] ajoutent à ce propos que pour la réussite des RSA l'intégration des considérations économiques est primordiale. Ceci conforte donc l'approche multidisciplinaire qu'adoptent les RSA.

Un autre point central des RSA est la participation des agriculteurs à ses visées et objectifs. Comme déjà vu, les premiers défenseurs de ce type de méthodes étaient pour la plupart eux-mêmes agriculteurs. Par exemple, Young, au Royaume Uni, avait tracé pour cible à ses travaux la détermination de la taille optimale pour la viabilité d'une exploitation agricole [LORD ERNLE, 1961]. De même, les principales avancées dans l'amélioration génétique des bovins ont été dues à Bakewell, qui était avant tout éleveur [TROW-SMITH, 1958]. La vision globale de ce genre de travaux n'échappait pas à leurs réalisateurs puisque, par exemple aux Pays-Bas, l'utilisation de l'azote en élevage bovin laitier ou encore les premiers essais de vaccination contre la fièvre aphteuse, ont été initiés par des éleveurs travaillant en communauté. Ultérieurement, la participation des éleveurs - agriculteurs aux programmes de RSA est devenue une des modalités les plus courantes de ce genre de travaux, dont de multiples aspects ont été rapportés par FARRINGTON et MARTIN [1988] et par MERRILL-SANDS et al. [1991]. Ces auteurs mettent l'accent sur la complexité de ce type d'investigation, notamment en raison du paradigme qui la précède : aucun développement de ces méthodes ne peut se faire sans que les concernés y perçoivent un intérêt, et par essence les intérêts des agriculteurs sont divergents. Même l'acceptation d'une innovation technologique par un groupe d'agriculteurs peut se solder par la mise à l'écart d'un autre groupe encore plus important [BROMLEY, 1992]. Ainsi, en terme de productions animales, que ce soit pour des techniques d'alimentation du bétail ou même pour l'amélioration génétique, les attentes des éleveurs aux ressources en terres limitées seront totalement différentes de celles des éleveurs disposant d'un vaste accès aux superficies fourragères ; tout comme pour les motifs derrière l'importation de vaches laitières des pays tempérés [SRAÏRI et BAQASSE, 2000]. Par ailleurs, la notion de durabilité spatiale et temporelle peut aussi totalement modifier l'évaluation des situations [POSNER et GILBERT, 1991], car le plus souvent l'agriculteur raisonne à très court terme et à l'échelle de sa parcelle, ou tout au plus de son exploitation, tandis que le chercheur en RSA tend à travailler à long terme et sur des niveaux régionaux [VAVRA, 1996]. Dans le processus de participation des agriculteurs aux projets de RSA, d'inévitables interactions et échanges entre chercheurs et agriculteurs s'établissent, et elles sont primordiales pour définir les orientations du développement [SCHIERE, 1995]. GRYSEELS [1988] et LANDAIS [1983] mentionnent à ce sujet que plusieurs choix de leurs études étaient directement inspirés de discussions avec les éleveurs et autres acteurs impliqués dans les productions animales.

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