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Les ONG locales de développement et la question de pérennisation de leurs acquis dans la préfecture de Kankan ( Guinée).

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par Mamadou Sounoussy DIALLO
Université de Kankan ( Guinée) - Master II recherche en sociologie 2012
  

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SECTION IV. ANALYSE DES COMPORTEMENTS, PERCEPTIONS ET REPRESENTATIONS DES COMMUNAUTES BENEFICIAIRES SUR LES ACTIVITES EXECUTEES PAR LES ONG

Dans l'ensemble, la majorité des activités planifiées ont été réalisés et la quantité de travail accomplie par les ONG est non seulement impressionnante comme le font remarquer certains interviewés « l'APROFIG reste l'un de nos premiers partenaires surtout en matière de développement scolaire et de l'intégration des filles et des femmes dans le processus de développement mais également des oeuvres de très de bonne qualité », un autre de BATE SABATI dira « Les réalisations de cette organisation sont aux yeux des observateurs de développement très appréciées ».

Toutefois, l'analyse des équipes d'évaluation a relevé à quelques reprises que les mécanismes centrés sur les résultats développent parfois une `'culture de produits standards'' au niveau des équipes des agents chargés de la mise en oeuvre. Exemple, le personnel des ONG, a souvent tendance à présenter son travail en termes d'obligations, de nécessité plutôt que « du point de vue de sa pertinence par rapport aux objectifs du programme. Ainsi, en s'inspirant d'expériences antérieures, le secteur de l'éducation a renforcé son approche largement participative pour atteindre un consensus pour le changement. »

Un important acquis auquel l'ONG/APROFIG a contribué c'est la revitalisation de la culture de prise de décision basée sur un processus participatif, qui implique les diverses parties prenantes des différents secteurs d'intervention depuis les bases jusqu'au niveau de la communauté entière. Selon plusieurs enquêtés, cela représente un changement important par rapport aux pratiques qui étaient davantage dirigées à partir du niveau régional.

Ce processus participatif de prise de décision fait maintenant partie des procédures courantes de la plupart des ONG et commence à s'enraciner à un niveau plus large des organisations de la société civile préfectorale et même régionale, comme le confirme la déclaration de certains responsables des OSC :

« Le processus participatif réussi est l'élaboration des critères de qualité. Même si dans plusieurs cas ces critères n'ont pas été remplis, ils offrent des objectifs communs pour l'amélioration de la qualité des prestations dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'environnement etc. »

En termes de perspectives de pérennisation, les critères de qualité fournissent une référence qui demeurera valable à tous les niveaux même s'ils ne sont pas entièrement atteints. Les activités réalisées par les ONG, ont contribué au développement des capacités de planification à différents niveaux du système. Une décentralisation plus poussée constituerait une étape très positive, mais ce processus continuera à présenter des défis. 

En effet, la décentralisation est une politique introduite et mise en oeuvre dans nos communautés, n'est pas souvent facile et comprise pour tous les acteurs engagés. Par exemple l'ONG APROFIG, elle a entrepris la formation sur la base que la décentralisation budgétaire allait devenir une réalité non pas un vain discours. Cependant ni la conception d'outils de gestion administrative et financière, ni la formation des cadres aux niveaux déconcentrés n'a donné de résultats significatifs. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène : Probablement le manque de consensus sur un cadre budgétaire formel pour les services déconcentrés, et un partage des rôles et responsabilités budgétaires et financières entre différents services expliqueraient cet état de fait.

Même si les prestations offertes dans le domaine de la gestion financière par les agents de l'ONG ont été utilisées par les communautés, il faut dire que les budgets de fonctionnement ont été acheminés de façon irrégulière et aucune ressource opérationnelle n'a été mise à la disposition des différentes cibles. Ce constat avait été fait par l'USAID en 2007 en ces termes « l'utilité limitée de ces plans en l'absence de ressources pour leur mise en oeuvre limiterait les actions des ONG ».

Un ancien partenaire de la même institution et ancienne personne ressource de BATE SABATI indique « tant que les partenaires techniques et financiers continueront à procurer des ressources aux ONG locales, il continuera à y avoir un besoin en capacités de gestion budgétaire et financière et auront une main basse ou main mise sur tout ce que font les ONG ».

L'ANALYSE DES DIFFICULTES RENCONTREES PAR LES ONG DANS LA MISE LEURS ACTIONS

Les données recueillies montrent que les ONG dans leur ensemble sont confrontées à des enjeux qui menacent la durabilité de leurs actions. Ces enjeux sont d'ordres techniques matériels et financières d'une part, et d'autres part à des contraintes liées aux aspects organisationnels, analphabétisme, pauvreté, besoin lucratif du gain immédiat, de l'influence de la migration des membres surtout les membres clés des certaines structures sélectionnées vers les zones minières et d'autres centres commerciaux.

Sur le plan financier les ONG locales de développement ne sont autonomes. Leur existence et leur survie dépend en grande partie à des donateurs externes que sont les bailleurs de fond bi et multilatéraux. Ceux-ci sont presque devenus standards et universels, c'est soit l'union européenne, les pays du golf comme le Koweït, l'agence américaine de développement, la coopération technique allemande ou les institutions du système des nations unies.

Le plus souvent, les actions de développement dont sont porteurs ces bailleurs de fond ne tiennent pas compte de certaines exigences des populations bénéficiaires. Durant les entretiens, un enquêté affirme que « Quand le changement est induit de l'extérieur, rarement il sera accepté par un peuple conservateur comme les notre, pour lesquels tout changement qui n'est pas venu d'eux même est une menace  qu'il faut repousser et combattre avec la dernière énergie».

Les entretiens montrent que le système avec lequel, les bailleurs financent les actions de développement dans les pays en voie de développement demeure très compliqué à tel enseigne que les fonds arrivés en compte goute et de façon très dispersée ; ne permettant ainsi aux communautés de bénéficier tout le financement.

Au dire d'un ancien responsable financier d'une grande institution internationale « la majeur partie des projets montés et destinés vers l'Afrique subsaharienne c'est juste pour avoir des dollars et des 4x4 grosses cylindrées et se promené de capitale en capitale ».

Cette situation avait été déjà constatée par MALAFOSSE en février 2011 lors du 9ième Forum Social Mondial «  nombreux sont les bailleurs qui travaillent avec des moyens nécessaires et suffisants. Parfois d'aucuns parmi eux ne connaissent pas ou ne maitrise pas suffisamment leurs terrains et agit avec des moyens humains et matériels disproportionnés ». Le même analyste continu en disant que :

« ce qui est plus grave est sans doute le manque de volonté de certains bailleurs de fonds et de donateurs individuels, et partant, des dirigeant de certaines ONG locales de développement de ne pas avoir donné la priorité à la formation des cadres locaux qui sont les futurs gestionnaires de leurs actions. Ceux-ci s'ils sont préparés conséquemment, aurait pu, à un terme plus court qu'on ne le pense, prendre leur responsabilité en les préservant pour les générations future. »

Longtemps, ils sont venus de façon dispersée et ont abordé un domaine très sectoriel. Aujourd'hui, ils ont changé de stratégie ; c'est de faire une association des donateurs sous la forme d'un consortium d'ONG internationales où chacune est spécialisée dans un secteur spécifique. C'est le cas du projet Faisons Ensemble sous le financement de l'USAID.

Les bailleurs doivent se passer de cette stratégie en traitant directement avec les organismes de relais, c'est-à-dire les ONG locales sont les plus proches de bénéficiaires. Sans passer par des intermédiaires qui allongent et compliquent la chaine d'obtention des fonds. Ils sont un groupe d'ONG étrangères ficelant un projet et associant formellement les ONG nationales ayant obtenu une certaine expérience pour faire décrocher un marché ce serait inutile d'agir car c'est un champ de jeux d'intérêt dès que quelqu'un est lésé ; il claque la porte et quitte.

Ainsi comme l'a fait remarquer la majorité des personnes au près desquelles nous avons réalisé nos entretiens, l'idéal serait d'élimer les sous-traitances dans les marchés en matière de développement et instaurer la collaboration directe entre l'organisme de relais que sont les ONG et les bailleurs pour l'intérêt des communautés locales seules bénéficiaires.

Le retour au statu quo des bénéficiaires trouve sont explication à l'interne même des communautés et au niveau des organismes d'appui. Primo comme cela avait été déjà décrit plus haut, les populations des pays du sud vivent dans l'extrême pauvreté avec un seuil de pauvreté très inquiétant. L'accès aux services sociaux de base reste très faible et un pouvoir d'achat qui se détériore du jour au jour. Ainsi devant un tel phénomène les populations sont très avides du gain rapide d'une activité. Pour elles, il faut chercher de quoi se nourrir. Ce en fait l'interminable recherche du quotidien. Donc comme le fait remarquer un enquêté « toute action qui ne permet pas de résoudre le quotidien ne pas pour nous mais contre nous ».

A côté de cette réalité, existe une autre explication ; ce que de nos jours les communautés locales sont devenues trop dépendantes vis-à-vis des aides externes. Elles attendent tout de l'extérieure même ce qu'elles peuvent faire elles même. Si non les sujets tabous se raréfient dans les communautés mais comme le dit cet enquêté « aujourd'hui, ce sont ces sujets tabous qui sont utilisés pour obtenir des ressources financières au près des bailleurs, mais en réalité, elles n'intègrent pas ». Un autre témoigne « entre les bailleurs, les organismes de relais et les populations à la base règne un jeu d'un poids deux mesures de où chacun semble être le plus intelligent pour duper l'autre »

Toutes ces difficultés font que les acquis des ONG sont perdus quelques temps après leur réalisation. Dans le cas de BATE SABATI, selon le conseil préfectoral des OSC :

« L'ABS était venue sur le terrain au moment où il y avait presque pas d'ONG, donc le terrain était encore très vierge en matière d'organisme d'appui au développement local. Sa zone d'intervention était un véritable chantier pour les acteurs du développement. Au début, elle a eu un bon départ, elle a séduit à plus d'un titre mais très vite elle a été miné par la mauvaise gouvernance, l'esprit de paternalisme, de leadership dès lors il est né un manque de confiance entre elle et ses principaux bailleurs de fond. »

Les ONG initient souvent des objectifs qui dépassent leurs capacités d'action ; or une ONG si elle se veut sérieuse et agir durable, doit commencer par des moyens de bord bien définis ; avec des objectifs mesurables et atteignables. Mieux `'très jeune'', elles veulent couvrir un rayon d'intervention très large. C'est soit la préfecture toute entière ou la région entière dès fois même le territoire national. Face à cette réalité, une nécessité de concentrer les actions sur un rayon qu'on peut maitriser. Le manque de stratégies de pérennisation des actions des ONG reste et demeure l'un des motifs de leur perte. Par exemple à l'ABS :

« L'idée est venue un bon matin de mettre sur pied une association, où se `'débrouillerons'' des étudiants diplômes sans emploi ou des cadres de l'administration qui le plus souvent ont une grande charge sociale à la maison et qui sont à la retraite ou que la fin de mois devient souvent longue que prévu. Dès lors la nouvelle structure devient une nouvelle source de revenu »

L'absence des mécanismes de préservation de ce que faisait l'ONG, ne l'a permis de pérenniser les acquis. Les résultats des entretiens ont fait comprendre que les sources de financement de l'ONG étaient toutes externes puisque même les cotisations n'étaient pas régulières et étaient mal gérées. Aucune autre activité génératrice de revenu n'avait été planifiée pour pouvoir soutenir les actions de l'association. Après une activité financée à l'externe c'est la période de la vache maigre.

En fait ce que l'APROFIG a très tôt compris. A sa création en 1998, elle s'était fixée pour priorité l'éducation des jeunes filles. Immédiatement elle a crée une école des jeunes filles et des activités de tutorat. Ainsi chacune de ces activités générait des fonds à l'ONG. Plus tard après le retrait de la coopération Française dans son projet d'appui au désenclavement numérique, les matériels et les équipements sont restés et sont revenus à l'ONG.

Depuis, l'ONG, a continué les activités cette fois en initiant des modules de formation en informatique. De lors les activités ne cessent de grandir et de procurer des ristournes à l'ONG. Ces ristournes ont permis à APROFIG de payer son personnel permanant, les équipements et le mobilier de bureau ; de renforcer trimestriellement les capacités de son personnel, de suivre régulièrement ses actions sur le terrain.

Tant que les organisations de développement local sont minées par la mauvaise gouvernance, l'abus de confiance entre les donateurs et les bénéficiaires et tant qu'elles demeurent un comptoir d'affaire où chacun vient chercher son pain. Elles ne joueront point leur rôle traditionnel celui d'appuyer les communautés à sortir de ce cercle vicieux de développement et enfoncerons celles dans l'eternel pauvreté.

En fin l'Etat a un droit de `'veto'' sur ce que font les ONG sur le terrain. L'Etat à travers ses structures déconcentrées doit suivre et évaluer périodiquement les activités des ONG. Ce regard de l'Etat permettra aux ONG de ne pas supposer leurs actions c'est-à-dire faire ce que l'autre a déjà fait. Toute fois si un répertoire de capitalisation des acquis des ONG était mis en place, ce ci permettrait d'avoir une vision plus large et globale de toutes les activités des ONG tant au niveau local qu'au niveau national. La loi sur la création, fonctionnement et statut des ONG ne doit pas être un simple écrit mais une réalité.

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