Paragraphe 2. La diversification des ressources pour le
développement
Au cours de la décennie écoulée, la
participation croissante des BRICS dans les pays africains a favorisé la
diversification des ressources pour le développement. L'apport des
donateurs traditionnels aux besoins de financement de l'Afrique a
été complété par une augmentation des
échanges, de l'aide et des investissements des BRICS66. Du
fait que ces derniers sont fortement intéressés par les
ressources naturelles et capables d'accorder des financements à des
conditions de faveur, comme les crédits à 1'exportation ou les
lignes de crédit garanties par les ressources naturelles, les ressources
disponibles pour le développement s'en trouvent accrues, et les choix de
financement qui s'offrent aux pays africains sont diversifiés.
63 Alden, CHRIS, China in A/rica, Partner,
Competitor or Hegemon? Londres/New York: Zed Books, 2007, p. 154
64 ZIMMERMANN et SMITH, L'émergence de
modèles alternatifs de développement, 2011, p. 733
65 Amin, SAMIR. 1970. L'accumulation à
l'échelle mondiale - Critique de la théorie du
sous-développement. Paris: éditions Atropos, p. 592
66 Amin, SAMIR., L'impérialisme et le
développement inégal, éditions de Minuit, Paris,
p.193
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Étant donné la conjoncture, la volonté
manifeste et la capa cité croissantes des BRICS à apporter des
ressources financières peuvent aider les pays africains à amortir
la baisse éventuelle de l'aide reçue des donateurs traditionnels,
en proie actuellement à une reprise fragile et à des
problèmes d'endettement dont nombre d'entre eux ont du mal à
résoudre. Les relations BRICS-Afrique s'inscrivent dans le
phénomène plus large de la coopération économique
Sud-Sud. La coopération Sud-Sud (CSS) a acquis en quelques années
une importance considérable.
A ce titre, elle est de plus en plus considérée
comme un des tenants de la coopération internationale .au
développement. La CSS est fondée sur les principes
d'égalité, de solidarité, d'intérêt mutuel et
de non-ingérence dans les affaires internes. Outre qu'elle peut
être mise en place plus rapidement que la classique coopération
pour le développement Nord-Sud, la CSS est plus réceptive aux
priorités du pays bénéficiaire et est pratiquement
dénuée de toute conditionnalité politique.67
Une autre caractéristique de La critique principale et récurrente
à l'encontre de l'aide des partenaires traditionnels concerne
l'utilisation de conditionnalités politiques.
L'utilisation persistante de conditionnalités
politiques dans l'aide au développement constitue une violation du droit
souverain des peuples à décider de leurs priorités
nationales et de leurs stratégies de développement. Les
prêts et les dons alloués au titre de l' AP D par les Institutions
financières internationales, essentiellement la Banque mondiale et le
FMI, et par les bailleurs de fonds traditionnels sont utilisés pour
rémunérer les biens et services liés à
l'exécution de projets et de programmes qui répondent davantage
aux impératifs d'exportation des pays développés qu'aux
besoins réels des pays emprunteurs. Les sommes accordées peuvent
aussi servir à rembourser des arriérés de paiement. L'ADP
sert également à financer des opérations humanitaires, des
projets d'assistance technique et des annulations de dettes publiques. Les
budgets de l'APD incluent aussi une enveloppe sécurité qui sert
à financer des achats d'armes et des opérations militaires.
Les prêts de 1'APD sont également assujettis aux
conditions du consensus de Washington : libéralisation du commerce,
dérégulation des circuits financiers, privatisation des actifs
publics et austérité budgétaire.68 CSS qui la
distingue de l'aide traditionnelle est qu'elle
67 Briiutigam, DEBORAH., The Dragon 's Gift:
the Real Story of China in Africa. Oxford: Oxford University Press, 2009,
p. 300
68 Broadman, HARRY, Africa's Silk Road: China
and India's New Economie Frontier. Washington, D.C.: Banque mondiale,
2007, p.391
69 Carmody, PADRAIG, The New Scramblefor
A/rica. Malden, MA and Cambridge : Polity Press, 2011, p.240
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se concentre fortement sur les infrastructures. Cela ne
signifie pas que les partenaires traditionnels ou les organismes
multilatéraux comme la Banque mondiale ne soutiennent pas les
infrastructures - ils le font -; mais l'importance de cette dimension est
frappante dans la coopération Sud-Sud, et c'est notamment ce qui la rend
attirante pour beaucoup de pays africains.
Cependant, la CSS souffre d'un manque de ressources et elle ne
représente qu'une part mineure de l'assistance au développement.
Bien qu'elle paraisse être fréquente, croissante et toujours plus
diversifiée, la CSS se heurte à un certain nombre de limitations
et les données sont ici rarement disponibles. Les projets tendent
à être de petite taille et il n'existe aucun mécanisme pour
faire correspondre la demande en coopération sud-sud avec l'offre dont
elle est l'objet. De plus, la CSS est rarement évaluée
au-delà de la vérification du respect des délais et de
l'achèvement des projets. Bien que ceci puisse limiter le nombre de
missions et d'études et réduire les coûts
opérationnels pour les gouvernements des pays qui gèrent les
programmes, il pourrait limiter les horizons à long terme en ce qui
concerne la durabilité et l'impact des projets sur le
développement.
L'importance pour les pays BRICS de la coopération
Sud-Sud est illustrée par le fait qu'ils ont presque tous
créé des instances ayant vocation à renforcer cette
coopération, que ce soit entre eux ou avec les pays africains. C'est les
cas, par exemple, du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC)
créé en 2000, du Forum Inde-Afrique (2008), ou encore du Forum de
dialogue Inde-Brésil-Afrique du Sud (IBSA).
Ce dernier a été institué en 2003 afin
d'améliorer les capacités de négociation de ses membres
dans les instances internationales et de développer leur
coopération, en particulier dans les domaines de l'agriculture, du
commerce, de la culture et de la défense. La coopération entre
les trois États passe par des échanges trilatéraux et
l'appui de projets Sud-Sud viables dans les pays en développement via le
fonds IBAS pour la lutte contre la faim et la pauvreté. Le Forum sur la
coopération sino-africaine et le Forum Inde-Afrique sont ceux qui
acheminent beaucoup d'aide sud-sud au développement. Ils contribuent au
développement économique par des prêts concessionnels et
des dons, 1'appui à 1'infrastructure, 1'allégement de la dette,
l'accès69
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Aux marchés, 1'appui au développement des
ressources humaines et 1'assistance technique. À cet égard, la
China Exim Bank, l'Exim Bank of India et la Banque nationale brésilienne
de développement économique et social (BNDES) constituent le
relais principal du financement vers l'Afrique70. Ces
dernières offrent des prêts concessionnels pour différents
projets d'infrastructure et de construction, et le financement du crédit
et des projets à des compagnies nationales qui investissent dans les
pays africains. L'augmentation des échanges avec les pays BRICS
a permis à l'Afrique de diversifier la géographie de ses
marchés et de ses sources de financement du développement.
Elle a permis aussi aux pays africains de tirer avantage des
importations d'intrants et de biens de consommation bien moins chers par
rapport à ceux en provenance des partenaires traditionnels. Les biens
d'équipement peu onéreux et appropriés dopent la
productivité des producteurs de la région, tandis que les
importations manufacturières à bas prix profitent aux
consommateurs et aux producteurs et contribuent ainsi à réduire
la pauvreté. L'infrastructure et l'agriculture sont deux domaines
prioritaires des BRICS, ce qui rend leur aide idéalement
complémentaire de l'aide des donateurs traditionnels qui
privilégient les secteurs sociaux.
En étoffant leur financement destiné aux
secteurs de l'infrastructure et de la production, les pays BRICS comblent un
déficit financier dans des secteurs prioritaires qui ont des
conséquences sérieuses pour la croissance et la lutte contre la
pauvreté71. La Chine, par exemple, est devenue l'une des
principales sources de financement des projets d'infrastructures en Afrique. Un
tel montant fait de la Chine le premier partenaire bilatéral pour le
financement des infrastructures sur le continent. Compte tenu des besoins,
évalués à hauteur de 93 milliards de dollars EU par an
pour combler le retard du continent en matière d'infrastructure, les
apports chinois dans ce domaine ne peuvent qu'améliorer les perspectives
de développement des pays africains.
De plus, par la création de plusieurs zones
économiques spéciales (ZES) en Afrique dans le cadre du FOCAC en
2006, la Chine apporte son soutien à l'industrialisation et à la
diversification économique de nombreux pays africains. La
diversification des exportations
70 Dijk, MEINE PIETER VAN, "The New Presence of
China in A/rica. Oxford: Fahamu Books et Pambazuka Press, 2009, p.222
71 Dembélé, MOUSSA, Samir Amin :
intellectuel organique au service de 1'émancipation du Sud. Dakar :
CODESRlA, 2011, p.216
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et l'augmentation de l'intensité technologique des
exportations africaines attendues de ces ZES pourraient aider les pays
africains à instaurer des pôles économiques au sein de leur
économie et, ainsi, à ne plus se contenter de l'extraction de
ressources. Il est tout aussi possible d'espérer une création
d'emplois locaux dans les pays d'accueil africains grâce à
l'implantation de petites unités de production opérant dans ces
ZES. Pour le secteur industriel africain, ces zones représentent une
opportunité considérable d'accéder à des capitaux
et à des services d'infrastructure, de bénéficier de
transferts de compétences et de technologies.
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