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Le rôle et l'impact des BRICS en Afrique


par Pacifique ISSA AMURI
Université de Lubumbashi - Licence en droit public 2025
  

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Paragraphe 2. La diversification des ressources pour le développement

Au cours de la décennie écoulée, la participation croissante des BRICS dans les pays africains a favorisé la diversification des ressources pour le développement. L'apport des donateurs traditionnels aux besoins de financement de l'Afrique a été complété par une augmentation des échanges, de l'aide et des investissements des BRICS66. Du fait que ces derniers sont fortement intéressés par les ressources naturelles et capables d'accorder des financements à des conditions de faveur, comme les crédits à 1'exportation ou les lignes de crédit garanties par les ressources naturelles, les ressources disponibles pour le développement s'en trouvent accrues, et les choix de financement qui s'offrent aux pays africains sont diversifiés.

63 Alden, CHRIS, China in A/rica, Partner, Competitor or Hegemon? Londres/New York: Zed Books, 2007, p. 154

64 ZIMMERMANN et SMITH, L'émergence de modèles alternatifs de développement, 2011, p. 733

65 Amin, SAMIR. 1970. L'accumulation à l'échelle mondiale - Critique de la théorie du sous-développement. Paris: éditions Atropos, p. 592

66 Amin, SAMIR., L'impérialisme et le développement inégal, éditions de Minuit, Paris, p.193

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Étant donné la conjoncture, la volonté manifeste et la capa cité croissantes des BRICS à apporter des ressources financières peuvent aider les pays africains à amortir la baisse éventuelle de l'aide reçue des donateurs traditionnels, en proie actuellement à une reprise fragile et à des problèmes d'endettement dont nombre d'entre eux ont du mal à résoudre. Les relations BRICS-Afrique s'inscrivent dans le phénomène plus large de la coopération économique Sud-Sud. La coopération Sud-Sud (CSS) a acquis en quelques années une importance considérable.

A ce titre, elle est de plus en plus considérée comme un des tenants de la coopération internationale .au développement. La CSS est fondée sur les principes d'égalité, de solidarité, d'intérêt mutuel et de non-ingérence dans les affaires internes. Outre qu'elle peut être mise en place plus rapidement que la classique coopération pour le développement Nord-Sud, la CSS est plus réceptive aux priorités du pays bénéficiaire et est pratiquement dénuée de toute conditionnalité politique.67 Une autre caractéristique de La critique principale et récurrente à l'encontre de l'aide des partenaires traditionnels concerne l'utilisation de conditionnalités politiques.

L'utilisation persistante de conditionnalités politiques dans l'aide au développement constitue une violation du droit souverain des peuples à décider de leurs priorités nationales et de leurs stratégies de développement. Les prêts et les dons alloués au titre de l' AP D par les Institutions financières internationales, essentiellement la Banque mondiale et le FMI, et par les bailleurs de fonds traditionnels sont utilisés pour rémunérer les biens et services liés à l'exécution de projets et de programmes qui répondent davantage aux impératifs d'exportation des pays développés qu'aux besoins réels des pays emprunteurs. Les sommes accordées peuvent aussi servir à rembourser des arriérés de paiement. L'ADP sert également à financer des opérations humanitaires, des projets d'assistance technique et des annulations de dettes publiques. Les budgets de l'APD incluent aussi une enveloppe sécurité qui sert à financer des achats d'armes et des opérations militaires.

Les prêts de 1'APD sont également assujettis aux conditions du consensus de Washington : libéralisation du commerce, dérégulation des circuits financiers, privatisation des actifs publics et austérité budgétaire.68 CSS qui la distingue de l'aide traditionnelle est qu'elle

67 Briiutigam, DEBORAH., The Dragon 's Gift: the Real Story of China in Africa. Oxford: Oxford University Press, 2009, p. 300

68 Broadman, HARRY, Africa's Silk Road: China and India's New Economie Frontier. Washington, D.C.: Banque mondiale, 2007, p.391

69 Carmody, PADRAIG, The New Scramblefor A/rica. Malden, MA and Cambridge : Polity Press, 2011, p.240

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se concentre fortement sur les infrastructures. Cela ne signifie pas que les partenaires traditionnels ou les organismes multilatéraux comme la Banque mondiale ne soutiennent pas les infrastructures - ils le font -; mais l'importance de cette dimension est frappante dans la coopération Sud-Sud, et c'est notamment ce qui la rend attirante pour beaucoup de pays africains.

Cependant, la CSS souffre d'un manque de ressources et elle ne représente qu'une part mineure de l'assistance au développement. Bien qu'elle paraisse être fréquente, croissante et toujours plus diversifiée, la CSS se heurte à un certain nombre de limitations et les données sont ici rarement disponibles. Les projets tendent à être de petite taille et il n'existe aucun mécanisme pour faire correspondre la demande en coopération sud-sud avec l'offre dont elle est l'objet. De plus, la CSS est rarement évaluée au-delà de la vérification du respect des délais et de l'achèvement des projets. Bien que ceci puisse limiter le nombre de missions et d'études et réduire les coûts opérationnels pour les gouvernements des pays qui gèrent les programmes, il pourrait limiter les horizons à long terme en ce qui concerne la durabilité et l'impact des projets sur le développement.

L'importance pour les pays BRICS de la coopération Sud-Sud est illustrée par le fait qu'ils ont presque tous créé des instances ayant vocation à renforcer cette coopération, que ce soit entre eux ou avec les pays africains. C'est les cas, par exemple, du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) créé en 2000, du Forum Inde-Afrique (2008), ou encore du Forum de dialogue Inde-Brésil-Afrique du Sud (IBSA).

Ce dernier a été institué en 2003 afin d'améliorer les capacités de négociation de ses membres dans les instances internationales et de développer leur coopération, en particulier dans les domaines de l'agriculture, du commerce, de la culture et de la défense. La coopération entre les trois États passe par des échanges trilatéraux et l'appui de projets Sud-Sud viables dans les pays en développement via le fonds IBAS pour la lutte contre la faim et la pauvreté. Le Forum sur la coopération sino-africaine et le Forum Inde-Afrique sont ceux qui acheminent beaucoup d'aide sud-sud au développement. Ils contribuent au développement économique par des prêts concessionnels et des dons, 1'appui à 1'infrastructure, 1'allégement de la dette, l'accès69

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Aux marchés, 1'appui au développement des ressources humaines et 1'assistance technique. À cet égard, la China Exim Bank, l'Exim Bank of India et la Banque nationale brésilienne de développement économique et social (BNDES) constituent le relais principal du financement vers l'Afrique70. Ces dernières offrent des prêts concessionnels pour différents projets d'infrastructure et de construction, et le financement du crédit et des projets à des compagnies nationales qui investissent dans les pays africains. L'augmentation des échanges avec les pays BRICS a permis à l'Afrique de diversifier la géographie de ses marchés et de ses sources de financement du développement.

Elle a permis aussi aux pays africains de tirer avantage des importations d'intrants et de biens de consommation bien moins chers par rapport à ceux en provenance des partenaires traditionnels. Les biens d'équipement peu onéreux et appropriés dopent la productivité des producteurs de la région, tandis que les importations manufacturières à bas prix profitent aux consommateurs et aux producteurs et contribuent ainsi à réduire la pauvreté. L'infrastructure et l'agriculture sont deux domaines prioritaires des BRICS, ce qui rend leur aide idéalement complémentaire de l'aide des donateurs traditionnels qui privilégient les secteurs sociaux.

En étoffant leur financement destiné aux secteurs de l'infrastructure et de la production, les pays BRICS comblent un déficit financier dans des secteurs prioritaires qui ont des conséquences sérieuses pour la croissance et la lutte contre la pauvreté71. La Chine, par exemple, est devenue l'une des principales sources de financement des projets d'infrastructures en Afrique. Un tel montant fait de la Chine le premier partenaire bilatéral pour le financement des infrastructures sur le continent. Compte tenu des besoins, évalués à hauteur de 93 milliards de dollars EU par an pour combler le retard du continent en matière d'infrastructure, les apports chinois dans ce domaine ne peuvent qu'améliorer les perspectives de développement des pays africains.

De plus, par la création de plusieurs zones économiques spéciales (ZES) en Afrique dans le cadre du FOCAC en 2006, la Chine apporte son soutien à l'industrialisation et à la diversification économique de nombreux pays africains. La diversification des exportations

70 Dijk, MEINE PIETER VAN, "The New Presence of China in A/rica. Oxford: Fahamu Books et Pambazuka Press, 2009, p.222

71 Dembélé, MOUSSA, Samir Amin : intellectuel organique au service de 1'émancipation du Sud. Dakar : CODESRlA, 2011, p.216

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et l'augmentation de l'intensité technologique des exportations africaines attendues de ces ZES pourraient aider les pays africains à instaurer des pôles économiques au sein de leur économie et, ainsi, à ne plus se contenter de l'extraction de ressources. Il est tout aussi possible d'espérer une création d'emplois locaux dans les pays d'accueil africains grâce à l'implantation de petites unités de production opérant dans ces ZES. Pour le secteur industriel africain, ces zones représentent une opportunité considérable d'accéder à des capitaux et à des services d'infrastructure, de bénéficier de transferts de compétences et de technologies.

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