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Le rôle et l'impact des BRICS en Afrique


par Pacifique ISSA AMURI
Université de Lubumbashi - Licence en droit public 2025
  

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SECTION 2. RISQUES A TERME POUR L'AFRIQUE

Le choix élargi de partenaires, au-delà des partenaires traditionnels, permet de tirer parti simultanément de différents modèles de développement et de bénéficier des avantages comparatifs présentés par chaque partenaire.

Cependant, des craintes liées à cette multiplicité de partenaires demeurent. Dans le contexte actuel caractérisé par la nouvelle « ruée vers l'Afrique », nombre de décideurs politiques craignent que la présence des BRICS en Afrique ne perpétue la spécialisation de cette dernière dans la fourniture de matières premières dans l'économie mondiale ou ne replonge les pays africains emprunteurs dans la spirale du surendettement. Un autre aspect discutable parfois avancé est que les lents et inégaux progrès dans la gouvernance des pays africains ne soient retardés par les pratiques de ces nouveaux partenaires.73

À cet égard, la Chine est demeurée la principale cible des accusations, notamment de la part des bailleurs de fonds traditionnels. En effet, deux aspects alimentent les

72 Emmanuel, ARGHIRI, L'échange inégal, -Essai sur les antagonismes dans les rapports économiques internationaux, Maspéro, Paris, 1972, p422

73 Frank, ANDRÉ-GUNDER, Le développement du sous-développement : L 'Amérique latine. Paris : Maspéro, 1972, p.399

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inquiétudes. Premièrement, le financement chinois risque d'alimenter la corruption directement via le transfert massif de fonds vers des régimes mal gérés (malédiction des ressources), et, deuxièmement, il risque d'apporter une aide financière à des régimes répressifs et autoritaires qu'il aurait sinon été possible de contraindre par des sanctions ou des exigences en matière de gouvernance. De plus, fidèle à sa politique de non-ingérence qui s'oppose aux choix des puissances occidentales, la Chine n'impose pas de conditions en termes de gouvernance ou de droits de l'homme au financement de projets à l'étranger, car elle considère que ce serait de l'ingérence dans les affaires internes d'autrui.

La Chine considère également que les politiques destinées à encourager le développement à long terme sont de la responsabilité du pays destinataire de l'aide. Précisons que l'approche chinoise de l'aide au développement diffère de celle des autres donateurs, car son unique objectif est de contribuer au développement social et économique des pays récipiendaires, sans conditionnalités. La Chine considère que l'aide étrangère est une interaction « gagnant-gagnant » entre pays en développement. Cette mentalité « gagnant-gagnant » explique le fait qu'une grande partie de l'aide étrangère est liée à la promotion d'exportations et d'investissements entre la Chine et les pays destinataires.

Pour saisir le cadre fondamental régissant l'aide financière et technique de la Chine aux pays africains, il est important de faire référence aux « huit principes »68 en matière d'aides de la Chine à l'étranger qui ont été formalisés pour la première fois par le premier ministre Zhou Enlai pendant sa visite au Ghana en janvier 1964. Ces principes d'autodisciplines - au lieu d'imposer des conditions aux pays bénéficiaires, Les huit principes de l'aide chinoise sont :

« 1°) Le gouvernement chinois se fonde toujours sur le principe de l'égalité et de l'avantage mutuel lorsqu'il accorde de l'aide à des pays étrangers. Il ne considère jamais l'aide comme une offrande unilatérale, mais comme quelque chose de mutuel ;

2°) Lorsqu' il accorde de l'aide à des pays étrangers, le gouvernement chinois respecte strictement la souveraineté des pays bénéficiaires. Il ne l'assortit jamais de conditions et ne demande aucun privilège;

3°) Le gouvernement chinois accorde des aides financières sous la forme de prêts sans intérêt ou à intérêt faible, et prolonge si nécessaire les délais de remboursement afin d'alléger autant que possible la charge des pays bénéficiaires.

74 Discours du Premier ministre chinois Zhou Enlai, Accra, Ghana, 15 janvier 1964, cité par Brautigam, 20Il, p. 129.

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4°) Lorsqu'il accorde de l'aide à des pays étrangers, le gouvernement chinois ne cherche pas à rendre ces pays tributaires la Chine, mais, au contraire, à les engager petit à petit sur la voie de l'autonomie et du développement économique;

5°) Le gouvernement chinois s'efforce d'aider les pays bénéficiaires à bâtir des projets qui nécessitent moins d'investissements et qui apportent des résultats plus rapidement, de manière à ce que les pouvoirs publics des pays bénéficiaires puissent engranger davantage de recettes et accumuler des capitaux ;

6°) Le gouvernement chinois apporte des équipements et des matériaux de la meilleure qualité aux prix du marché international. Si ces équipements et matériaux ne correspondent pas aux spécifications et à la qualité requises, le gouvernement chinois se charge de les remplacer; 7°) Lorsqu' il apporte de l'assistance technique, le gouvernement chinois veille à ce que la main-d'oeuvre du pays bénéficiaire maîtrise complètement ces techniques ;

8°) Les experts envoyés par la Chine pour participer à des travaux de construction dans les pays bénéficiaires auront le même niveau de vie que les experts du pays bénéficiaire. Les experts chinois ne sont pas autorisés à faire des demandes particulières ou à bénéficier de traitements de faveur.74

Principes en question visent la Chine elle-même - constituent depuis les pierres angulaires du système des valeurs orientant l'aide chinoise à l'Afrique. Ces principes font donc contrepoids à ces accusations. Il en est de même pour les indicateurs de la gouvernance. Selon 1'Indice Ibrahim (2012), qui mesure la fourniture de biens et de services publics, 1'Angola et la République démocratique du Congo, par exemple, font partie des sept pays africains dont le score s'est le plus amélioré dans les années 2000.69

Or, ces deux pays ont conclu avec la Chine des accords« ressources contre infrastructures» de premier plan, comme nous l'avons déjà mentionné. En outre, contrairement aux idées reçues, rien ne prouve que la corruption en Afrique se soit aggravée sous l'effet des partenariats émergents.

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