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Le règlement des différends économiques dans la zone cemac


par Adoum Malloum RAMADAN
Université de Ngaoundéré  - Master 2 Droit public  2025
  

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CONCLUSION GÉNÉRALE

Au terme de cette étude consacrée au règlement des différends économiques dans la zone CEMAC, une lecture s'impose. En effet, la CEMAC s'affirme en héritage de l'UDEAC comme une organisation régionale clé dans le processus d'intégration en Afrique centrale. Son objectif est clairement affiché dont celui de créer un espace économique harmonisé, fondé sur la libre circulation des facteurs de production, afin de permettre le développement économique et social des États membres.

Il faut cependant reconnaitre que cet ambitieux objectif se heurte à une réalité complexe marquée par des tensions récurrentes, qu'elles soient économiques, institutionnelles ou politiques. L'existence de multiples différends de nature économique au sein de la Communauté n'est plus à démontrer. Dès lors, la mise en place d'un dispositif de règlement de ces différends n'est plus un simple outil technique mais bien une exigence fondamentale pour garantir la stabilité et in fine, la survie de l'ensemble communautaire.

L'analyse menée a permis de confirmer l'hypothèse selon laquelle, le règlement des différends économiques dans la zone CEMAC est dual. Cette dualité n'est pas synonyme d'une désorganisation institutionnelle mais d'une stratégie institutionnelle réfléchie, qui se manifeste par une double architecture dont un pilier juridictionnel et un arsenal non juridictionnel plus souple et pragmatique.

Le mécanisme juridictionnel est le véritable pilier de la régulation normative. Il est constitué de la Cour de justice communautaire, de la Cour des comptes communautaire et des juridictions nationales. Ces institutions forment le socle de la protection juridique et de la régulation institutionnelle. En effet, la Cour de justice exerce un rôle fondamental. Sa mission principale est d'assurer l'interprétation uniforme du droit communautaire, de veiller au respect des engagements pris par les États membres et de régler les litiges économiques impliquant les institutions, les opérateurs privés et les États membres. Notamment, par son office contentieux, la CJ-CEMAC garantit la primauté effective du droit communautaire plus particulièrement la concurrence communautaire. Elle s'affirme comme un rempart contre l'unilatéralisme étatique et assure la stabilité du marché commun. Tout comme sa compétence consultative, moins visible mais essentielle, contribuant à la résolution des différends économiques. En éclairant les institutions et les États sur l'interprétation des textes communautaires, elle permet d'éviter les actions ou législations nationales contraire au droit communautaire. La Cour des comptes, quant à elle, intervient pour consolider la gouvernance économique et financière. Elle assure la discipline budgétaire, la bonne gestion des ressources communautaires et des institutions. Son contrôle est essentiel pour garantir la transparence et la légitimité de l'action publique communautaire. De leur côté, les juridictions nationales demeurent les premiers juges à être saisis par les opérateurs économiques en raison de leur proximité et de leur rôle de relais du droit communautaire. Il participe à la protection des droits économiques et au contrôle juridictionnel des activités publiques et privées à incidence économiques et favorisent l'intégration progressive des normes communautaires dans les ordres juridiques internes.

Ensemble, ces deux juridictions forment l'ossature des mécanismes juridictionnels de règlement des différends économiques dans la zone CEMAC. En imposant le respect de la légalité et en renforçant la sécurité juridique, condition sine qua non au développement harmonieux du marché commun.

À côté des mécanismes juridictionnels, la CEMAC a développé un ensemble des mécanismes non juridictionnels. Ces instruments de nature politique, administrative et arbitrale traduisent la volonté des États membres d'adopter une approche pragmatique et souple de gestion des différends, souvent préférée à la rigidité de la procédure judiciaire. En effet, les mécanismes politico-administratifs basés sur la concertation, la négociation et la diplomatie communautaire, permet d'aborder les contentieux économiques dans un cadre de dialogue politique. Leur objectif est de préserver la cohésion régionale en désamorçant les tensions avant qu'elles nécessitent l'intervention du juge. Quant à l'arbitrage, il offre une voie alternative et spécialisée pour le règlement des différends commerciaux et financiers. Il favorise la rapidité, la confidentialité et la neutralité des solutions. L'existence des Centres d'arbitrage et de médiation des chambres de commerce des États membres, illustre cette volonté d'impliquer davantage les acteurs économiques dans la gouvernance régionale.

En définitive, le règlement des différends économiques dans la CEMAC ne réside sur un modèle unique mais sur un système intégré, articulant les modes juridictionnels et la conciliation, le droit et la diplomatie, institutionnalisation et la souplesse de procédure. Cette complémentaire constitue la principale force du modèle d'intégration en Afrique centrale, dans la mesure où elle permet d'adapter la réponse institutionnelle à la nature de différend et à son degré d'intensité. L'hypothèse de la dualité des mécanismes formulée au début de cette étude se trouve ainsi pleinement confirmée. Ainsi, la CEMAC privilège une approche fonctionnelle de règlement des différends économiques, fondée sur la complémentarité entre le droit et la politique.

Toutefois, malgré la pertinence théorique de ce dispositif, son efficacité pratique demeure relative. Les obstacles résident dans la faiblesse de la volonté politique des États membres, la non-exécution des décisions communautaires, la persistance des intérêts nationaux et le manque des moyens matériels et humains alloués aux institutions communautaires. À cela, s'ajoutent, l'absence d'autonomie financière des organes communautaires, le faible niveau de judiciarisation des différends économiques ainsi que la marginalisation des opérateurs privés dans les procédures. Des pratiques qui limitent la portée du système. Pour autant, ces limitations ne décrivent pas la pertinence du modèle de règlement des différends économiques de la CEMAC mais donnent à avoir la nécessitent de réformes profondes. Il s'agira alors de renforcer la judiciarisation effective des litiges économiques à travers une meilleure accessibilité aux juridictions communautaires et l'exécution contraignante de leurs décisions. Et par ailleurs, consolider les mécanismes non juridictionnels par la formation des acteurs économiques à la médiation et à l'arbitrage. En plus, affirmer l'autonomie institutionnelle et financière des organes communautaires pour les garantir et limiter au minimum les ingérences étatiques. Cela se passe nécessairement par une véritable volonté politique régionale, sans laquelle tout projet d'intégration demeure illusoire.

En somme, le règlement des différends économiques dans la zone CEMAC s'inscrit dans une dynamique évolutive. Elle est à la fois un instrument de stabilité et un facteur d'intégration. Dès lors que la construction d'un État de droit économique passe nécessairement par l'efficacité de ces mécanismes et par leur continuelle adaptation aux réalités du marché communautaire. Ainsi, la CEMAC ne pourra consolider sa place dans le concert des communautés économiques africaines que si elle parvienne à faire de ces instruments de règlement des différends, pas comme des simples outils juridiques mais des véritables facteurs de développement économique. C'est à ce prix que la Communauté parviendra à instaurer un environnement des affaires sécurisé, une condition indispensable pour la prospérité économique et à la paix dans la sous-région Afrique centrale.

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