A. Une procédure limitée aux lois et
traités
L'exception d'inconstitutionnalité en République
du Congo est circonscrite à la constitutionnalité des lois et
des traités comme le précise l'article 180 de la Constitution
largement cité et l'article 42 de la loi organique portant
organisation et fonctionnement de la Cour constitutionnelle. Ces
matières entrent de toute évidence dans le champ de la
compétence matérielle des juridictions administratives au sens de
l'article 83 de la loi organique n° 19-99 du 15 août 1999
modifiant et complétant certaines dispositions de la loi
n°22-92 du 20 août 1992 portant organisation du pouvoir judiciaire
citée supra.
234 S. BENZINA, « Les effets des décisions QPC
d'inconstitutionnalité et les libertés », actes du
colloque
de Poitiers, 25 octobre 2019, Presses universitaires juridiques
de Poitiers, 2021, p. 3.
235 T.A, ADD du 09/10/2019, Affaire X contre l'Etat congolais
et la CRF précitée.
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Le juge administratif « est devenu juge du droit
public236» ce qui obéit à l'idée d'une
partie des compétences reconnues au tribunal administratif à
l'article 83 susmentionné en son 4°, à savoir que cette
juridiction connait : « des actions intentées par les
administrations contre les particuliers, ou d'autres
administrations lorsqu'elles se rapportent à des relations
relevant du droit public ».
Sans limitation posée par la loi, l'exception
d'inconstitutionnalité comme dit dans nombre de nos commentaires
peut être invoquée contre toute disposition des lois ou des
traités. La loi, au sens strict parfois dit formel : « s'entend
comme une règle de droit écrite,
générale et permanente, adoptée par le parlement selon la
procédure législative et dans le domaine de
compétence établis par la Constitution »237. Il est
aussi une condition de taille que « la loi n'exprime la
volonté générale que dans le respect de la
constitution238» autrement dit, sous réserve de sa
conformité à la norme
suprême. Quant au traité : c'est un «
accord régi par le droit international conclu
par écrit entre sujets internationaux détenteurs de
la capacité de conclure des traités (Etats et
organisations internationales) en vue de produire des effets de droit dans
leurs
relations mutuelles »239.
A cela, l'exception d'inconstitutionnalité peut
être invoquée à l'occasion d'un litige contre toute loi
dite ordinaire ou d'une loi organique. Il doit tout de même s'agir d'une
disposition législative déjà entrée en vigueur,
c'est en cela que s'entend le caractère a
posteriori du contrôle. Et comme dans l'ensemble
des modèles constitutionnels
d'expression française, « d'un point de vue
temporel, en l'absence de limite240», comme c'est le cas au
Congo, l'exception d'inconstitutionnalité peut être
soulevée
même contre une loi antérieure à la
Constitution de 2015. Le recours intenté contre
l'article 83 de la loi organique n° 19-99 du 15
août 1999 modifiant et complétant certaines dispositions de la
loi n°22-92 du 20 août 1992 portant organisation du pouvoir
judiciaire dans la décision avant-dire doit du tribunal
administratif du 09/10/2019, affaire X contre l'Etat congolais et la CRF
précitée en est une parfaite illustration.
236 V. SCHNEBEL, « Le juge administratif, un
nouveau juge de la constitutionnalité
des lois ? », in Les
chevaliers des grands arrêts, novembre 2011.
https://Cchevaliers des
grandsarrêts.com, consulté le 20
juin 2024.
237 S. GUINCHARD et al, Lexique des termes
juridiques, op. cit., p.1168 et suiv.
238 J. GICQUEL et J.C. GICQUEL, Droit constitutionnel et
institutions politiques, op. cit., p.23 ; CC., 23
août 1985, Nouvelle-Calédonie, Rec. p.
70.
239 Ibidem, S. GUINCHARD et al., Lexique des termes
juridiques, pp. 1168-1169.
240 J. GICQUEL et J.C. GICQUEL, Droit constitutionnel et
institutions politiques, op.cit., p.852.
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L'exception peut donc porter sur des textes très anciens
d'où l'idée selon laquelle ce moyen « permet de
remonter le temps et d'apurer le champ législatif »241.
De même, pour rappel, dans le cadre du partage de
l'initiative législative entre l'exécutif et le parlement,
sont également visées les habilitations constitutionnelles
entendues comme des décisions du Président de la
République sur une matière législative.
Si l'objet d'une exception d'inconstitutionnalité tend
à faire respecter les droits et les libertés comme nous
l'avions souligné tout au long de notre recherche, on ne peut
toutefois pas s'empêcher de souligner l'imprécision en la
matière de la loi congolaise. Contrairement à la
législation française par exemple sur la QPC242, le champ de
l'exception au Congo demeure vaste au-delà de la simple protection
des droits et libertés. Le constituant congolais bien que moins
précis, a fait preuve d'une plus grande audace ouvrant le
prétoire du juge administratif à un contrôle implicite de
la constitutionnalité des lois et des traités. Pour cette
dernière espèce, il s'agit d'une sorte de vérification
de la conformité des engagements internationaux passé par le
Congo tels que ceux-ci sont liés au respect de la Constitution. En
effet, celui-ci, est désormais appelé à en
apprécier avant renvoi devant la Cour constitutionnelle, le
caractère constitutionnel ou pas desdits actes.
Dans la pratique, outre les actes du gouvernement qui ne peuvent
manifestement faire
|
l'objet
|
d'un
|
recours
|
en
|
exception
|
d'inconstitutionnalité,
|
c'est
|
également
|
une
|
jurisprudence constante dans les Etats que les lois
référendaires ne peuvent faire l'objet d'un contrôle
même par le juge constitutionnel. Elles constituent l'expression
directe de la volonté du peuple243.
Outil moins utilisé mais combien important, l'exception
d'inconstitutionnalité permet de contrôler les lois qui par :
« faute de volonté politique de la part des autorités de
saisine244», n'avaient pas été
déférées à la Cour constitutionnelle. En
matière de
241 Ibidem.
242 Le libellé de l'article 61-1 de la Constitution
française de 1958 est assez précis sur l'objet de la QPC
en ces termes : « Lorsque, à l'occasion d'une
instance en cours devant une juridiction, il est soutenu
qu'une disposition législative porte atteinte aux
droits et libertés que la Constitution garantit, le Conseil
constitutionnel peut être saisi de cette question sur
renvoi du Conseil d'Etat ou de la Cour de cassation
qui se prononce dans un délai
déterminé ».
243 J.B ROCHE, « Le contrôle juridictionnel du
référendum en France (Première partie), in :
Revue
juridique de l'Ouest, 2012-1 pp.47-99. Pour
approfondir, C. CERDA-GUZMAN, Cours de droit
constitutionnel et des institutions de la
VèRépublique, op.cit., p.452.
244 Ibidem.
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contrôle de constitutionnalité, il ressort en effet
de l'article 30 de la loi n°28-2018 du 7
août 2018 sus citée que : « La
Cour constitutionnelle est saisie pour avis de conformité,
avant la promulgation des lois organiques, soit par le
Président de la République, soit par le Premier
ministre, chef du gouvernement ».
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Le
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droit
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processuel
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congolais
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exclu
|
tout
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recours
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qui
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vise
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à
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invoquer
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l'inconstitutionnalité des actes réglementaires.
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