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Les irrecevabilités dans le contentieux électoral devant le conseil constitutionnel au Cameroun


par Claudel PENDA HEN
Université de Yaoundé Il-Soa  - Master II-Recherche  2024
  

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Paragraphe 2 : La précarisation de l'Etat de droit

C'est un truisme de dire que les irrecevabilités qui fusent le prétoire du Conseil constitutionnel au Cameroun en matière électorale participent de la précarisation de l'Etat de droit. En effet, l'Etat de droit tel que pensé par ses précurseurs, se voit à l'état actuel du contentieux des élections politiques nationale délité. Ce délitement, mieux cette précarisation vient du fait de la non soumission des juridictions au droit et de la violation des droits fondamentaux.

L'Etat de droit dont le but est de garantir la sécurité juridique312 et permettre une vie paisible dans une société politique s'oppose à l'état de nature. Car à l'état de nature, l'homme est un loup pour l'homme ; le plus fort gouverne sur le plus faible. Ainsi, la « maîeutisation » de l'Etat de droit se proposait donc d'osciller de l'état de nature pour l'Etat où tout homme est en sécurité ; un Etat dans lequel la loi du plus fort ne gouverne plus, où tout citoyen peut librement contester les élections devant les autorités délégataires de leur souveraineté sans présomption de partialité de la part de ces dernières. Malheureusement, cet Etat de droit est devenu une chimère pour la société et plus encore dans le contentieux des élections présidentielles et parlementaires. C'est la raison pour laquelle l'on assiste aujourd'hui à l'effritement de la légitimité de la justice constitutionnelle (A) d'une part et au foisonnement des inégalités dans le procès constitutionnel (B) d'autre part, toute chose qui contribue à précariser l'Etat de droit.

A. L'effritement avéré du caractère légitime de la justice constitutionnelle

Les décisions d'irrecevabilité du Conseil constitutionnel participent de l'effritement de la légitimation du procès constitutionnel (de la justice constitutionnelle). Cela s'explique souvent par son manque d'autonomie institutionnelle relativement aux pouvoirs exécutifs313. Il faut en croire que, de ses huit ans de fonctionnement effectif, la haute juridiction constitutionnelle du Cameroun, fait un bilan « énormissime » des requêtes déclarées irrecevables. Ce constat général a contribué à la remise en cause de la légitimité de la justice constitutionnelle au Cameroun.

312 La sécurité juridique renvoie au respect de la hiérarchie des normes dans l'ordre juridique interne où chaque norme se conforme à la norme qui lui est supérieure.

313 LEFKOPOULOU (Nefeli), « La légitimation du procès constitutionnel par la preuve : étude de contentieux constitutionnel comparé », Droit et philosophie : annuaire de l'institut Michel Villey, volume 11, 2019, p.17.

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En effet, être légitime, c'est en terme les plus courant, être reconnu comme justifié, être accepté pour ce que l'on est et ce que l'on fait314. Ainsi, la reconnaissance publique est donc la clé de la légitimité315. Rapportée au Conseil constitutionnel, cette reconnaissance ne peut être que celle que les justiciables sont prêts à lui accorder316. En d'autres termes, ce sont les justiciables qui fondent la légitimité du juge constitutionnel.

On peut dire sans risque de se tromper que, l'effritement, de la légitimité du Conseil constitutionnel dans le contentieux des élections nationales découlent du fait que les justiciables soupçonnent l'injustice et l'absence d'équité dans le procès constitutionnel. C'est ce qui ressort à titre d'illustration jurisprudentielle de l'affaire Maurice Kamto c/ Conseil constitutionnel317, où, le requérant demande la récusation de certains membres de la Haute juridiction comme inaptes, parce que ceux-ci ne sont ni indépendant, ni impartiaux, à veiller à la régularité, à la sincérité et à la transparence des élections présidentielles du 07 octobre 2018. Le phénomène se réitère dans l'affaire MRC c/ ELECAM (Directeur General)318, dans laquelle, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun dans l'exposé des faits comme dans le dispositif de sa requête, enjoint le Conseil constitutionnel de « constater dire et décider que toute autre attitude du Conseil s'analysera à une conspiration avec le Directeur General d'ELECAM et les membres du conseil d'ELECAM » au sujet de la publication de la liste nationale des électeurs par ELECAM.

Au regard de ce qui précède, il faut dire que, la légitimité de la justice ou du procès constitutionnel se mesure à la qualité de ses juges. Autrement dit, le délitement de la légitimation de la justice constitutionnelle est le fait de l'injustice, de l'inéquitable procès, de la partialité des juges, lesquels conduisent les justiciables à dénuer leur confiance de la justice. Car c'est par le droit que l'on attend la réparation de tous les maux de la terre319. Et donc, si l'idée du mal jugé se répand, c'est la confiance dans la justice qui est ruinée, et par là même, la valeur sociale et éthique de l'Etat de droit qui s'effondre320. A côté de l'effritement de la légitimation du procès constitutionnel, se trouve le foisonnement des inégalités comme élément de précarisation de l'Etat de droit.

314 MERCADAL (Barthelemy), « La légitimité du juge », Revue internationale de droit comparé, n°2, 2002, p.277.

315 Ibid.

316 Ibidem.

317 Voir décision n° 024/CE/CC/2018 du 15 octobre 2018, op.cit.

318 Voir décision n° 01/CC/SRCER du 21 janvier 2015, op.cit.

319 MERCADAL (Barthelemy), « La légitimité du juge », op.cit., p.278 320. Ibid.

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B. Le foisonnement apparent des inégalités dans le procès constitutionnel

Le foisonnement apparent des inégalités dans le procès constitutionnel contribue également à précariser l'Etat de droit. En effet, quoi que l'on dise, l'analyse des décisions d'irrecevabilités du Conseil constitutionnel du Cameroun laisse croire qu'il s'agit de la promotion des inégalités. C'est une chose à croire, parce que à l'issue de cette analyse, l'on se rend désespéramment et fort malheureusement compte de ce que, la quasi-totalité pour ne pas dire la totalité des décisions du Conseil constitutionnel camerounais sont en défaveur des justiciables constitutionnels. Ce constat incite à se demander la question de savoir si cela est dû à la non maitrise des procédures et règles qui encadrent le contentieux des élections politiques nationales ?. La réponse est négative pour la simplement raison de la clarté des textes, même s'il faut admettre quelques incohérences liées à l'inconstitutionnalité des lois.

L'inégalité désigne l'atteinte à l'égalité, rupture d'égalité ou d'équivalence que l'on pourra qualifier d'injustice, d'iniquité, ou de simple déséquilibre selon la cause et la gravité de la rupture321. La notion de l'inégalité peut aussi s'assimilée à l'absence d'équité. Ainsi, les inégalités ici ne s'entendent pas de l'accès au prétoire du Conseil constitutionnel, mais de la prise en compte des éléments dans le déroulement du procès. L'inégalité a dès lors un impact considérable sur l'Etat de droit dans la mesure où le Conseil constitutionnel officiant comme juge électoral ne garantit pas cet « équitabilité » lors du déroulé du procès. C'est dans ce sens que le professeur Alain Didier OLINGA affirme que « le juge constitutionnel, en particulier lorsqu'il officie comme juge électoral, peut contribuer à l'enracinement de l'Etat de droit si, notamment, dans le champ considéré, il exerce son office dans le respect des principes du procès équitable 322». Cela suppose à contrario qu'en l'absence du respect des principes du procès équitable, le conseil constitutionnel peut contribuer à rendre instable l'Etat de droit.

321 Gérard CORNU, Henry Capitant, Vocabulaire juridique, p.1167.

322 OLINGA (Alain Didier), « Justice constitutionnelle et contentieux électoral : quelle contribution à la sérénité de la démocratie élective et à l'enracinement de l'Etat de droit ? Le cas du Cameroun. », CAFRAD, Conférence Panafricaine des Présidents des Cours Constitutionnelles et Institutions Comparables sur le Renforcement de l'Etat de Droit et la Démocratie à travers la Justice Constitutionnelle, p.4.

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