Paragraphe 1 : Les conditions relatives au contenu de la
requête
L'analyse combinée de la législation
camerounaise et de la jurisprudence du Conseil constitutionnel permettent de
considérer que la recevabilité de la requête d'instance est
tributaire d'un ensemble d'éléments constituant le contenu d'un
recours. C'est ensemble d'éléments renvoient aux mentions que
doit comporter la requête d'instance. Les mentions de la requête
sont les informations et les éléments qui doivent figurer dans
une requête ou encore dans une demande adressée à une
juridiction ou une autorité compétente. Relativement au
contentieux des élections nationales, la requête est
adressée au Conseil constitutionnel. Cette
117 Voir décision n° 03/SRCER/ du 24 avril 2020,
sieur Toueli Angelo (PCRN) c/ ELECAM, MINAT, RDPC, in LEKENE DONFACK
(Etienne C) et al, « Chronique de jurisprudence du Conseil constitutionnel
Camerounais (2018 à 2020) », Revue française de droit
constitutionnel, PUF, 2022, n° 129, p. 215.
118 Ibidem.
119 Ibidem.
120 OLINGA (Alain Didier), La Constitution de la
République du Cameroun, op.cit., p. 133.
121 LEKENE DONFACK (Etienne C) et al, « Chronique de
jurisprudence du Conseil constitutionnel Camerounais (2018 à 2020)
», op.cit., p. 216.
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requête peut à l'aune des décisions de la
haute juridiction constitutionnelle comporter d'une part des mentions qui ne
sont pas substantielles ou impérative122, c'est-à-dire
les mentions dont le non-respect n'entraine pas nécessairement
l'irrecevabilité de la requête123 et d'autre part les
mentions substantielle ou impératives124 dont le non-respect
entraine in mutatis mutandis le rejet de la requête. Dans ce
sens, il est opportun de dire que le contenu de la requête prend en
compte les mentions non impératives ou non obligatoire (A)
qu'il faut distinguer des mentions obligatoires ou impératives
(B) dont le non-respect est sanctionné par
l'irrecevabilité du recours.
A. Les mentions substantielles ou non impératives
à la requête
Pour Etienne LEKENE DONFACK et autres, sont
considérées comme mentions non substantielles le nom de la
juridiction saisie, la date, la signature de la
requête, l'indication du nom du candidat dont l'élection
est contestée125. S'agissant d'abord du nom de la
juridiction saisie, le Conseil constitutionnel dans l'affaire sieur
Gaban Mindanha Rigobert126, déduit de l'article 130 du
code que « la requête saisissant le Conseil constitutionnel n'est
pas astreint à un formalisme rigoureux » alors que le
défendeur (ELECAM) soutenait que le requérant a adressé sa
requête à la « cour constitutionnelle » et non pas
« au Conseil constitutionnelle ». Le Conseil a estimé qu'il
s'agit d'une erreur de style et a jugé la requête
régulière, voir à ce sujet l'affaire sieur Antoine de
Padoue127. Concernant ensuite le nom du candidat
ou des élus contestés, le Conseil consacre le principe selon
lequel la loi spéciale déroge à la loi
générale128. C'est ce qui va l'amener à
privilégier les dispositions du code électoral au
détriment de la loi organique fixant l'organisation et le fonctionnement
dudit Conseil129. C'est dans cette perspective qu'il va, dans
l'affaire sieur Youmo Koupit Adamou130 appliquer la loi
spéciale à savoir le code électoral sous le
prétexte que ses conditions sont plus souples que celles de la loi
organique. Concernant enfin la date et la signature des
requêtes, elles sont non plus des
122 Ibidem.
123 Ibidem.
124 Ibidem.
125 Ibidem.
126 Voir décision n° 14/CE/CC/2018 du 17 aout 2018,
Sieur Gaban Mindanha Rigobert c/ ELECAM.
127 Voir décision n° 22/CE/CC/2018 du 18 aout 2018,
sieur Antoine de Padoue.
128 LEKENE DONFACK (Etienne C) et al, « Chronique de
jurisprudence du Conseil constitutionnel Camerounais (2018 à 2020)
», op.cit., p. 217.
129 L'article 49 de la loi organique de 2004/004 du 24 avril
2004 dispose : « Sous peine d'irrecevabilité, la requête doit
contenir les nom, prénom(s), qualité et adresse du
requérant ainsi que le nom de l'élu ou des élus dont
l'élection est contestée. Elle doit en outre être
motivée et comporter un exposé sommaire des moyens de fait et de
droit qui la fondent. Le requérant doit annexer à la
requête les pièces produites au soutien de ses moyens. »
130 Voir décision n° 09/CE/CC/2018 du 3 avril
2018, Sieur Youmo Koupit Adamou c/ ELECAM et autres. Dans cette affaire, ELECAM
faisait valoir dans son mémoire en réponse que le
requérant n'a pas indiqué le nom de l'leu ou des els dont
l'élection est contestée comme l'exige l'article 49 de la loi
organique de 2004/004.
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conditions obligatoires dans le formalisme de la requête
d'instance car à l'absence de la précision de ces
éléments par le requérant, le Conseil constitutionnel ne
peut nécessairement déclarer irrecevable ladite requête. Le
Conseil constitutionnel l'a d'ailleurs rappelé dans l'affaire UPC et
dame Mahop et autres, lorsque la partie défenderesse estimait que
les requêtes ne sont pas datées et signées par les
requérants, comme le prescrit l'article 55 de la loi
organique131. A cet effet, en reprenant le principe d'après
lequel, la loi spéciale déroge au général, le juge
constitutionnel va affirmer que l'article 55 de la loi organique de 2004/004
doit céder la place à l'article 130 du code
électoral132. Cela dit, s'il s'avère que le nom de la
juridiction, la date et la signature de la requête, l'indication des noms
de l'élu ou des élus semblent non obligatoires, cela ne l'est pas
des faits et moyens car l'absence de ces éléments donne lieu aux
irrecevabilités.
B. Les mentions impératives ou
obligatoires
Les mentions impératives ou obligatoires, correspondent
à la motivation de la requête. Entendue comme un ensemble des
raisons de fait et de droit qui fondent la demande du
justiciable133, la motivation est essentiellement fondée sur
les faits et les moyens de droit tels que exigés par les dispositions
des articles 130 alinéa 4 et 133 alinéa 3 du Code
électoral134. En d'autres termes, toute requête ou
moyen ne visant ni un texte, ni un principe général de
droit135, qui ne comporte pas de moyen, ne formule aucun chef de
demande mais se complait plutôt à faire la promotion auprès
du Conseil d'une ONG136 sont irrecevables devant la haute
juridiction constitutionnelle. Cette dernière l'a confirmé dans
ses nombreuses jurisprudences, dans le cadre du contentieux
post-électoral des législatives, en rejetant des requêtes
qui ne visent aucun
131 L'article 55 alinéa 1 la loi organique de 2004/004
dispose que : « le Conseil constitutionnel est saisi par requête
datée et signée du requérant. Cette requête doit
être motivée et comportée un exposé sommaire des
moyens de fait et de droit qui la fondent. »
132 Voir décision n° 31/CER/G/SG/CC du 19
Décembre 2019, UPC et dame Mahop Christine épse Mabe et
autres c/ELECAM
133 JAN (Pascal), Le procès constitutionnel,
L.G.D.J, collection système 2e édition, 2010, p.122.
In BIKORO (Jean Mermoz) et ESSOMBE (Emile), Le procès
constitutionnel au Cameroun : Essai de clarification de la procédure
devant le Conseil constitutionnel, op.cit., p.185.
134 L'article 130 alinéa 4 du Code électoral
prévoit que : « sous peine d'irrecevabilité, la
requête doit préciser les faits et les moyens
allégués. »
135 Voir décision n° 28/CE/CC/2018, Libii Ngue
Ngue Cabral (PCRN) c/ ELECAM, RDPC, ADD, PURS, FDP, UDC, MCNC.
136 LEKENE DONFACK (Etienne C) et al, « Chronique de
jurisprudence du Conseil constitutionnel Camerounais (2018 à 2020)
», op.cit., p. 218
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texte de droit à l'appui des faits
allégués137, ne citent aucune
disposition138 légale139, manquent de legal
backing140, comporte des faits allégués
qui ne cadrent pas avec les lois et instruments internationaux invoqués,
relatent certes des faits, mais n'évoquent des moyens de droit que dans
quelques-uns de ces faits, ou qui sont suffisamment articulés ou
accompagnées des preuves qui ne sont pas
irréfutables141.
Il s'agit d'une exigence inspirée du contentieux
administratif dont le non-respect est sanctionné. Au demeurant, il
ressort que, en l'absence de la précision des faits et des motifs de
droit, le juge constitutionnel sera conduit à déclarer une
requête irrecevable142. Si le Conseil constitutionnel peut
sembler moins exigeant sur certaines mentions substantielles liées
à la recevabilité de la requête, il l'est en revanche sur
les délais.
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