Paragraphe 2 : Les conditions liées au Timing
Le temps occupe une place centrale en droit
processuel143. Il « est consubstantiel au procès. Il
en constitue une donnée majeure pour l'ensemble de ses acteurs ainsi que
pour les professionnels du droit et l'opinion publique144
». Le timing renvoie à la notion de délais. Le délai
est défini comme l'espace de temps à l'écoulement duquel
s'attache un effet de droit145. Des lors, il est important de
souligner que les délais s'imposent aux requérants tout comme au
juge. C'est dans cette mesure que le Professeur Loïc CADIET précise
au sujet des délais procéduraux que « le temps est
inséparable du procès. Tout procès inscrit dans la
durée en tant
137 Voir décision n° 03/SRCER du 24 février
2020, Sieur Toueli Angelo (PCRN), op.cit. ; décision n°
13/SRCER du 24 février 2020, Offre Orange représentée
par Sieur Tagne c/ ELECAM, MINAT, RDPC. ; décision n° 25/SRCER
du 24 février 2020, L'Union des Mouvements Socialistes (UMS),
représentée par Sieur Kuemo Pierre c/ RDPC, SDF, ELECAM,
MINAT.
138 Voir décision n° 11/SRCER du 24
février 2020, Sieur Zra Issiakou c/ ELECAM, MINAT ; RDPC,
ADD.
139 Voir décision n° 16/SRCER du 24 février
2020, Sieur Serge Espoir Matomba c/ RDPC, et autres ; décision
n° 16/SRCER du 24 févier 2020, Dame Zoubaînatou Salihou
épse Mohamadou, Mrs Koulagna Abdou et Hamadou Ali Bchir (RDPC) c/ UNDP
été autres.
140 Voir décision n° 19/SRCER du 24 février
2020, Mbang Suffer Gilbert vs CPDM and others ; décision
n° 21/SRCER du 24 février 2020, Embola Robert c/ ELECAM, CPDM,
MINAT.
141 LEKENE DONFACK (Etienne C) et al, « Chronique de
jurisprudence du Conseil constitutionnel Camerounais (2018 à 2020)
», op.cit.
142 Décision n° 39/G/SRCER/CC/2018 du 10 octobre
2018 affaire Sieur Kamto Maurice c/ ELECAM, RDPC, UDC, FPD, ADD, MCNC, PURS
; Décision n° 28/CE/CC/2018 du 16 octobre 2018 ; LIBI LI
NGUE Cabral (Union nationale pour l'intégration vers la
solidarité) UNIVERS c/ ELECAM, RDPC, ADD, PURS, PDP, UDC, MCNC.
Dans ladite affaire, le Président du Conseil constitutionnel avait ainsi
rappelé aux requérants que : « sous peine
d'irrecevabilité, la requête doit préciser les faits et les
moyens allégués » qu'il résulte que la requête
de l'intéressé ne vise aucun texte, ni aucun principe
général de droit sur lesquels se fondent les
irrégularités alléguées ».
143 BIKORO (Jean Mermoz) et ESSOMBE (Emile), Le
procès constitutionnel au Cameroun : Essai de clarification de la
procédure devant le Conseil constitutionnel, édition
connaissances et savoirs, 2022, France, p.186.
144 Ibidem.
145 Gérard CORNU, Association Henry Capitant,
Vocabulaire Juridique op.cit., p. 688.
35
qu'il est procès dure de jugement de même que
l'instance se noue avec la saisine de la juridiction, de même elle se
dénoue, en principe avec le jugement de la juridiction
»146. En d'autres termes, les organes habilités
à saisir le Conseil constitutionnel ne doivent pas prendre tous leur
temps pour saisir la juridiction constitutionnelle147 car leurs
recours sont encadrés dans des délais impératifs sous
peines de voir ceux-ci déclarés irrecevables par le Conseil
constitutionnel148.
De ce qui précède, il ressort que les
délais varient en fonction de la nature du contentieux149.
Dans le contentieux des élections politiques nationales, les
délais de saisine du Conseil sont de deux jours (02) pour le contentieux
pré-électoral150, à compter de la clôture
du scrutin et soixante jour (60) pour le contentieux
post-électoral151. Des lors, pourront être
considérées comme irrecevables, les requêtes
prématurées (A) d'une part et les requêtes
tardives (B) d'autres part.
A. Les irrecevabilités pour requêtes
prématurées
Les requêtes prématurées doivent
être entendues comme des requêtes qui sont introduites avant le
temps prévu à cet effet. Dans le contexte du procès
constitutionnel camerounais, il s'agit des requêtes
déposées au Conseil avant la date d'introduction. Dans le cadre
du contentieux préélectoral, les requêtes ne doivent pas
avoir été déposées avant la publication par le
Conseil électoral de la liste des candidats habilités à
concourir152. Car l'introduction d'une requête en contestation
de la publication des listes de candidature par un organe habilité
entrainera l'irrecevabilité pure et simple de ladite requête.
C'est dans cette perspective que le Conseil constitutionnel dans l'affaire
Sieur Kamdem Honoré c/ Sieur Ketchanga Celestin et RDPC, a
déclaré prématurée et rejetée la
requête aux fins d'inéligibilité du sieur Ketchanga
Celestin introduite par Sieur Kamdem Honoré, aux
élections législatives du
146 CADIET (Loïc) NORMAND (Jean.), AMRANI MEKKI (S.),
Théorie générale du procès, p.799. In
BIKORO (Jean Mermoz) et ESSOMBE (Emile), Le procès constitutionnel
au Cameroun : Essai de clarification de la procédure devant le Conseil
constitutionnel, op.cit., p. 187.
147 BIKORO (Jean Mermoz) et ESSOMBE (Emile), Le
procès constitutionnel au Cameroun : Essai de clarification de la
procédure devant le Conseil constitutionnel, Ibid.,
148 Ibidem.
149 LEKENE DONFACK (Etienne C) et al, « Chronique de
jurisprudence du Conseil constitutionnel Camerounais (2018 à 2020)
», op.cit. 219.
150 Voir article 129 du Code électoral de 2012/001 du
19 avril 2012 modifié et complété par la loi de 2012/017
du 21 décembre 2012.
151 Voir article 133 de la loi précitée.
152 LEKENE DONFACK (Etienne C) et al, « Chronique de
jurisprudence du Conseil constitutionnel Camerounais (2018 à 2020)
», Ibidem.
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09 février 2020 dans le Wouri, parce qu'introduite
avant la publication des listes par ELECAM153.
Dans le contentieux post électoral, les requêtes
ne doivent pas parvenir au Conseil avant la clôture du
scrutin154. Autrement dit, l'introduction de toutes requêtes
contentieuses devant le Conseil constitutionnel, avant la fin du vote sera
déclarée irrecevable pour requête prématurée.
Le Conseil constitutionnel l'a rappelé dans l'affaire Bertin Kisob,
en s'appuyant sur les dispositions des articles 132 et 133 du Code
électoral de 2012 révisé, lorsqu'il affirme, que :
« le contentieux électoral s'ouvre à la clôture du
scrutin 155». Des lors, il s'ensuit qu'une requête
tendant à l'annulation de l'élection intervenant avant la date de
la clôture du scrutin est prématurée et par voie de
conséquence irrecevable156. Quid des requêtes tardives
?
B. Les irrecevabilités pour requêtes
tardives
Les requêtes tardives sont des requêtes
introduites après écoulement des délais. Le Conseil
constitutionnel a affirmé le caractère impératif des
délais157, qu'il s'agisse du dépôt des
candidatures ou du dépôt des requêtes. En effet, le
caractère impératif des délais de dépôt de
candidature, conduit à refuser la régularisation des
candidatures. Pour le juge constitutionnel, les pièces accompagnant la
candidature doivent être déposées en même temps que
celle-ci158. Il souligne par ailleurs que, l'article 123 du code
enferme les déclarations de candidature dans un délai de dix
jours suivant la convocation du corps électoral, et que le
législateur n'a prévu ni dérogation, ni
régularisation159. Autrement dit, l'inobservation de ce
délai impératif tel que défini par la jurisprudence de la
juridiction constitutionnelle conduira à l'irrecevabilité de la
requête d'instance. C'est dans ce sens que ladite juridiction a
rejetée des requêtes pour forclusion aussi bien dans le
contentieux préélectoral que postélectoral.
153 Voir décision n° 01/SRCER/G/SG/CC du 19
décembre, Sieur Kamdem Honoré c/ Sieur Ketchanga Celestin et
RDPC.
154 LEKENE DONFACK (Etienne C) et al, « Chronique de
jurisprudence du Conseil constitutionnel Camerounais (2018 à 2020)
», op.cit.
155 Ibidem.
156 Voir décision n° 23/CE/CC/2018 du 18 septembre
2018, Sieur Bertin Kisob op.cit.
157 Ibidem.
158 Voir décision n° 14/CE/CC/2018 du 17 aout
2018, Sieur Gabin Mindanha Robert c/ ELECAM, Voir également
Décision n° 016/CE/CC/2018 du 17 aout 2018, Bilé Olivier
Anicet (Union pour la Fraternité et la Prospérité UFP) c/
ELECAM
159 LEKENE DONFACK (Etienne C) et al, « Chronique de
jurisprudence du Conseil constitutionnel Camerounais (2018 à 2020)
», op.cit.
37
Dans le contentieux préélectoral, le Conseil
constitutionnel, après avoir constaté dans l'affaire Dame
Massu Talon Joséphine160 qu'ELECAM a publié les
listes électorales des candidats le 09 Décembre 2019, a
souligné que le délai de deux jours devait courir jusqu'au 11
Décembre 2019 à minuit. Or la requérante a introduit son
recours le 13 décembre 2019, date à laquelle elle était
forclose, le Conseil a déclaré sa requête irrecevable. Bien
plus, le Conseil constitutionnel dans les affaires Sieur Foulla
Dambaldi161, FNSC162, Hon. Mbah-Ndam
Joseph163, rejette leurs requêtes pour les mêmes
raison (forclusion).
Dans le contentieux post-électoral, le Conseil rappel
à l'occasion du contentieux des élections sénatoriales
l'article 133 du Code164 qui prévoit un délai maximum
de soixante-douze heures (72) à compter de la date de clôture du
scrutin. C'est ainsi que dans l'affaire Mbem Jean Delors (Président
du parti politique ESDC) c/ ELECAM et autres partis en compétition,
le Conseil a déclaré irrecevable la requête du
requérant au motif qu'elle était tardive165. Il en va
de même du contentieux des élections
législatives166. Outre les conditions de recevabilité
relatives à la requête et dont le non-respect est
sanctionné par le Conseil constitutionnel, se trouve les conditions
tenant à la personne du requérant.
Section 2 : LA VIOLATION DES CONDITIONS SUBJECTIVES
TENANT À LA PERSONNE DU REQUÉRANT
Les conditions relatives à la personne du
requérant renvoient aux conditions de fond. Etant entendu que, l'action
devant le Conseil constitutionnel n'est pas une actio popularis, les
textes constitutionnels exigent et indiquent les conditions de saisine de la
Haute juridiction constitutionnelle assorties à la personne du
requérant. Ces conditions sont pour l'essentiel de deux ordres à
savoir d'une part la qualité pour agir (paragraphe 1)
et d'autre part l'intérêt pour
160 Voir décision n° 25/SR/CER/G/SG/CC du 19
Décembre 2019, Dame Mqssu Talon Joséphine (suppléante
du SDF) c/ SDF, ELECAM, MINAT.
161 Voir décision n° 24/SR/CER/G/SG/CC du 19
Décembre 2019, Sieur Foulla Dambaldi (RDDRC) c/ ELECAM et
MINAT.
162 Voir décision n° 01/CC/SRCER du 04
février 2020, Front pour le Salut National du Cameroun c/ ELECAM et
MINAT.
163 Voir décision n° 027/CC/SRCER du 25
février 2020, Hon. Mbah-Ndam Joseph.
164 L'article 133 alinéa 1 dispose : « toute
contestations formulées en application des dispositions de l'article 132
ci-dessus doit parvenir au Conseil constitutionnel dans un délai maximum
de soixante-douze heures (72) à compter de la date de clôture du
scrutin », Code électoral de 2012 révisé.
165 Voir décision n° 10/CE/CC/2018 du 03 avril
2028, Sieur Mbem Jean Delors (Président du parti politique ESDC) c/
ELECAM et autres partis politiques.
166 Voir décision n° 02/CC/SRCER du 24
février 2020, Sieur Wantou Siantou Lucien (RDPC) c/ ELECAM, MINAT,
UMS ; voir aussi décision n° 12/CC/SRCER du 24 février
2020, Sieur Kingue Paul Eric (MPCN) c/ ELECAM et MINAT.
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agir (paragraphe 2). Cela signifie que, toute
requête faite par un requérant ne justifiant pas de l'un ou des
deux critères sera frappée d'irrecevabilité.
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