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Le contrôle des deniers publics dans les contrats publics des entreprises publiques au Cameroun


par Basile Martinien ONDOA OMGBA
Université de Douala - Master 2 en Droit Public Interne 2021
  

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B- LES OBJECTIFS POURSUIVIS PAR LA TUTELLE

L'action de la tutelle vise à s'assurer de que ce que dans la passation voire l'exécution de la Convention de concession, l'entreprise publique ne rompt ni avec son obligation d'efficacité économique caractérisée par la recherche de la performance (1) encore son obligation de servir le public en défendant l'intérêt général (2).

1) L'efficacité économique de l'entreprise publique

Par définition, l'entreprise publique est isolée au sein du secteur public par le fait qu'elle agit dans le secteur public industriel et commercial, de façon plus large, dans le domaine du commerce ou de l'industrie. Ces secteurs d'activités appliquent prioritairement la compétitivité et la rentabilité. C'est pourquoi, les entreprises publiques qui agissent dans ces domaines sont quasiment obligées de respecter les critères du secteur concurrentiel sinon elles se retrouvent en décalage par rapport à la loi du marché économique. A cet égard, le professeur Jean RIVERO rappelle que « dans l'activité économique, le modèle est bien

265 Au PAD et à la CAMAIR-CO par exemple, elle est assurée par le ministre des transports.

266 Article 4 alinéa 2 de la loi No 2017/011 portant statut général des entreprises publiques.

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évidemment celui de l'entreprise privée»267. Aussi, «pour des entreprises publiques, qui même investies d'une mission de service public, ne peuvent rester étrangers en tant qu'entreprises, au souci de rentabilité, la tentation est forte de prendre pour modèle les entreprises dont ce souci est la finalité exclusive».268

Confrontée à une extension de la concurrence dans ses sphères d'activités qui va induire une réduction des coûts pour rester concurrentielle et a une réduction des aides de l'Etat, l'entreprise publique se voit contrainte de rechercher une efficacité accrue et donc de passer à une logique plus centrée sur l'atteinte des objectifs269 que sur la gestion des moyens. Cette évolution est parfaitement mise en lumière par les propos suivants : « si l'on essaie de synthétiser schématiquement, et toujours dans une perspective idéale-typique, les oppositions significatives entre les deux modèles d'administration et les deux types de rationalité qui sous-tendent, on peut mettre en lumière quelques-uns des traits distinctifs qui marquent le passage de l'un à l'autre. A une légitimé fondée sur la régularité des procédures mises en oeuvre sur la conformité à la loi des conduites et des comportements, se substitue une légitimité fondée sur l'efficacité des actions entreprises, sur la capacité d'atteindre des objectifs préalablement fixés »270. L'entreprise publique se retrouve ainsi dans une logique duale qui comprend d'un côté le contrat passé avec l'Etat à respecter et d'un autre côté les impératifs du marché économique271. L'évolution contemporaine qui tend à substituer au contrôle a priori un contrôle a posteriori de la tutelle confirme ainsi la place grandissante de la logique de résultats en matière d'entreprise publique.

Au demeurant, les entreprises publiques ne devraient pas seulement se contenter d'une simple recherche de la rentabilité économique puisque leurs actions s'intègrent dans la politique d'aménagement du territoire ou plus généralement dans la politique du gouvernement. Elles sont de plus en plus chargées d'une mission de service public et doivent ainsi respecter des obligations de service public. Ceci étant dit, la délégation de service public a un particulier emporte comme conséquence la satisfaction des besoins des usagers du service public. La tutelle veille alors à ce que cet objectif soit atteint par l'opérateur économique. Elle vérifie à partir de l'extérieur si les organes dirigeants des entreprises

267 RIVERO (J.), le régime des entreprises nationalisées et l'évolution du droit administratif, Sirey, 1952. p. 377.

268 Ibid.

269 BOITEAU (C.), Aperçu rapide sur la loi no 97/135 du 13 février 1997 créant l'établissement public (réseau ferre de France), J.C.P, « Actualités », 12 mars 1997.

270 CHEVALIER (J.) et LOSCHAK (D.), Rationalité juridique et rationalité managériale dans l'administration française, R.F.A.P., n°24, octobre-décembre 1982.

271 RUFFAT (J.) Les entreprises publiques dans la dialectique plan-marché, politiques et management public, Paris, 1985, n°2.

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publiques assurent le suivi de la convention de délégation de service public en s'assurant que le délégataire opère conformément au cahier de charges.

2) La garantie de la mission de service public

Au-delà des impératifs de rentabilité que l'entreprise publique doit prendre en compte, elle se plie aux contraintes de services public, moyennant une compensation financière, qui lui est imposée par la collectivité créatrice et tutrice272. En France, la Cour de cassation se contente souvent de relever l'existence d'une mission d'intérêt général pour qualifier une activité de service public273. La notion d'intérêt général revêt alors un rôle de premier plan puisqu'elle s'avère être une condition unique et suffisante.

La tutelle de l'Etat consiste en un contrôle exercé sur les actes de l'entreprise publique en vue de la sauvegarde de l'intérêt général voire économique274 ou de la légalité. L'Etat s'assure également que le compromis social qu'il a la volonté d'instaurer par le biais de l'entreprise publique est bien respecté. A ce sujet, un rapport du Conseil d'Eta français remis au premier ministre au début de l'année 1996 rappelle qu'» après 1946, les monopoles publics nationaux sont le fer de lance de la reconstruction. Ils contribuent à la fois au redémarrage de l'économie et à la réduction des inégalités sociales. Pour organiser la reconstruction, un compromis social est trouvé qui se conclut dans un esprit de réconciliation nationale.»275

Même si l'Etat se restructure et se recentre sur ses fonctions régaliennes, il va garder sa formulation unilatérale de l'intérêt général tout en mettant en oeuvre une démarche faite de négociation, de contractualisation et de partenariat pour pérenniser la défense de l'intérêt général au travers du service public. Dans un article sur les finalités du service public industriel et commercial, le professeur Jean RIVERO explique que « seul l'Etat, dans la conception démocratique, est qualifié pour déterminer ce qui relève ou non de l'intérêt général».276 Si une grande diversité existe dans les modalités d'exercice de l'activité d'intérêt général, il reste à remarquer que l'entreprise publique en constitue incontestablement un mode d'organisation privilégié.

272 Groupe de travail du Comité interministériel des entreprises publiques, Rapport sur les entreprises publiques, La documentation française, Paris, 1968, p. 34.

273 Cass. Civ., 18 février 1986, ville de Biarritz, Les Petites affiches, 1986, n° 152.

274 SAUVAY (M.), Le rôle moteur du secteur public, Journées du travail sur la politique industrielle de la France, Ministère de la Recherche et de l'Industrie, La Documentation française, Paris, 1982, pp. 195-235.

275 TICIER (P.E.), « Quelle régulation sociale pour les entreprises publiques ? » R.F.A.P., octobre-décembre 1996, n° 80.

276 RIVERO (J.), op. cit., p.375.

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A titre d'exemple, la loi du 07 juillet 1983 portant réforme de l'économie mixte locale en France a stimulé l'essor des sociétés d'économie mixte locales, dont le champ d'intervention se définit exclusivement par la prise en charge «d'une activité d'intérêt général»277. L'approche du professeur Jean RIVERO est particulièrement séduisante lorsqu'il estime que «la recherche du profit va au-delà de celle de l'équilibre. Mais on ne saurait oublier que si dans l'entreprise privée, le profit est prioritairement destiné à ceux qui y ont investi des fonds, selon la logique capitaliste, dans le service industriel et commercial, si profit il y a, il permet d'envisager les investissements futurs que peut exiger l'adaptation du service a des besoins croissants et a des techniques nouvelles. Ainsi, se réconcilient les finalités apparemment opposées : la recherche du profit permet de répondre aux besoins publics dont le service doit assurer la satisfaction»278. De la sorte, les bénéfices réalisés par l'entreprise publique peuvent contribuer à l'adaptation constante du service public pour le bonheur des usagers.

Le rôle de la tutelle va alors dans ce sens ; elle vise au contrôle des activités des entreprises publiques. Ceci étant dit, leur intervention dans les relations contractuelles entre l'entreprise publique contractante et ses délégataires est parfois nécessaire pour s'assurer ce que les impératifs de promotion de l'intérêt général par la mise en oeuvre d'une activité de service public sont respectés par le concessionnaire pendant l'exploitation du domaine concédé. Il est alors question de poursuivre les objectifs de rentabilité économique des entreprises publiques, avec l'appui du ministère en charge de l'économie qui veille aux équilibres macroéconomiques par le contrôle des investissements publics dans le cadre des contrats de partenariat.

PARAGRAPE 2 : LA VERIFICATION DE LA TRANSPARENCE FINANCIERE PAR

LES MINISTERES DE RATTACHEMENT CONTRACTUEL

Autorité des marchés, le ministre des marchés publics est responsable de l'organisation et du bon fonctionnement des marchés publics (A), tandis que dans le secteur des contrats de partenariat, c'est le ministère de l'économie qui joue un rôle central (B).

277 BIZET (J.F.) et DEVES (C.), note sous C.E., 10 octobre 1994, Préfet de la région de Lorraine, Préfet de la Moselle, A.J.D.A., 1995, p. 238.

278 RIVERO (J.), op. cit., p.338.

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