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Le contrôle des deniers publics dans les contrats publics des entreprises publiques au Cameroun


par Basile Martinien ONDOA OMGBA
Université de Douala - Master 2 en Droit Public Interne 2021
  

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CONCLUSION DU PREMIER CHAPITRE

L'utilisation et le maniement des deniers publics est à ce titre un exercice courant, aboutissant à terme au désintéressement du cocontractant de l'entreprise publique et devant nécessairement faire l'objet d'un contrôle des opérations budgétaires y afférentes. Au Cameroun, l'organe juridictionnel habilité à procéder à ce contrôle de régularité des comptes est la Chambre des comptes de la Cour suprême, tandis que le juge pénal surveille la véracité des opérations.

La Cours des comptes communautaires est, à côté du dispositif de surveillance multilatérale, l'autre structure permanente de contrôle supranational construite par le mouvement de réforme lancé par les pouvoirs publics de la CEMAC, sur la structure de contrôle de la dépense publique. Consubstantielle à la Cour de justice communautaire comme juridiction des comptes, cette Cour a reçu pour mission d'assurer le contrôle des comptes de l'union en vérifiant les comptes de la communauté et en s'assurant de la bonne gestion financière de celle-ci, par un contrôle sur pièces.

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CHAPITRE II : LE RENFORCEMENT DU CONTROLE POLITIQUE DES FINANCES PUBLIQUES DANS LES OPERATIONS CONTRACTUELLES

Pour garantir l'efficacité du contrôle contractuel des finances publiques des entreprises publiques, il est important que certains acteurs jouent pleinement leur rôle en matière de contrôle. La tendance est celle de l'implication des organismes politiques et financiers internationaux dans le processus de vérification des comptes des entreprises publiques. Cette ingérence est fondée sur le fait que certaines entreprises nationales sont hydratées par des fonds extérieurs et bénéficient d'une assistance technique multilatérale. Le FMI et la Banque Mondiale, se dressent en acteurs techniques et stratégiques de la politique de l'Etat en matière de gestion des entreprises publiques, raison pour laquelle leur contrôle se fait ressentir quand le besoin de présente.

De l'autre côté, la légitimité du contrôle parlementaire, qui est d'essence politique, est fondée sur la nécessité de l'existence d'un contrepoids aux initiatives de l'exécutif. On ne saurait totalement priver le parlement de l'initiative législative et de l'initiative budgétaire. Il intervient dans le contrôle financier-contractuel des entreprises publiques pour veiller sur la bonne utilisation et sur l'usage rationnel des subventions inscrites dans le budget général de l'Etat au profit des entreprises publiques en difficultés (SECTION 1). Au demeurant, la profusion des mécanismes de contrôle des finances publiques des entreprises publiques dans la mise en oeuvre des opérations contractuelles vise à consolider certains objectifs macroéconomiques par le respect des exigences budgétaires (SECTION 2).

SECTION 1 : LES ACTIONS POUSSEES DES INSTANCES POLITIQUES TRANSVERSALES

Le Parlement comme émanation de la souveraineté du peuple, doit toujours donner son consentement à l'utilisation des deniers publics et assurer le contrôle de l'usage qui en est fait. Le contrôle de l'exécution du budget constitue l'une des articulations fondamentales de l'autorisation classique. Le parlement contrôle les opérations d'exécution du budget, mais aussi, il procède à l'évaluation des politiques publiques. Dans sa mission, le parlement se trouve doter d'outils et de garanties qui lui permettent d'exercer en toute quiétude, sa tâche notamment, en matière de contrôle des entreprises publiques (PARAGRAPHE 1). Dans le même élan, le FMI et la Banque Mondiale s'accentuent à suivre l'exécution financière des fonds alloués aux entreprises publiques par des mécanismes particuliers et innovants pour une traçabilité des opérations financières des entreprises publiques (PARAGRAPHE 2).

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PARAGRAPHE 1 : LE CONTROLE FINANCIER-CONTRACTUEL DES
PARLEMENTAIRES NATIONAUX

Vu l'importance des crédits mobilisés pour les dépenses d'investissement qui sont exécutés par voie de contrats publics, la manière avec laquelle sont programmés ces crédits intéresse la nation entière par l'intermédiaire de ses représentants au parlement qui exercent sur les dépenses publiques un contrôle qualifié de « politique » instauré par le fameux principe de « la séparation des pouvoirs », qui génère par voie de conséquence la soumission de l'exécution au contrôle et à la surveillance du législatif. En effet, le parlement dispose, en principe de plusieurs techniques et moyens constitutionnels et légaux pour exécuter ce contrôle en matière de contrats publics à savoir : le contrôle a priori et le contrôle a posteriori du budget. Le parlement par un contrôle a priori, en cours d'exécution et un contrôle a posteriori du budget assure non seulement la régularité budgétaire, mais également la régularité des contrats publics. Deux axes du contrôle parlementaire méritent d'être élucidés : le contrôle a priori et en cours d'exécution (A) et le contrôle à posteriori (B).

A- LE CONTROLE A PRIORI ET EN COURS D'EXECUTION DES CONTRATS

PUBLICS PAR LE VOTE DU BUDGET.

Le contrôle a priori est celui effectué par le parlement pendant le vote de la loi de finances. Ainsi, dans le processus d'élaboration du budget, le parlement contrôle les prévisions budgétaires et octroie l'autorisation au gouvernement d'engager les dépenses publiques. C'est d'ailleurs dans ce cadre que les subventions en faveur aux entreprises publiques pour l'exécution des contrats publics sont également autorisées (1). Après avoir autorisé le budget, le parlement doit en effet effectuer le contrôle de son exécution afin de s'assurer du respect des prévisions budgétaires initiales. Le contrôle parlementaire en cours d'exécution du budget ne peut être que ponctuel, car les représentants de la nation s'emploient à plusieurs tâches dont le contrôle des finances publiques des entreprises publiques ne constitue qu'une part infime (2).

1) Le cadre du contrôle a priori

L'autorisation budgétaire donne une valeur juridique aux dépenses publiques et arrête les éléments de l'équilibre financier de l'Etat. Aucune dépense ou recette ne peut être engagée en matière contractuelle si le parlement n'a pas donné son autorisation par le vote des crédits.

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Il s'agit donc d'une prérogative reconnue au parlement dans les systèmes représentatifs classiques. Sa consécration par le droit positif camerounais passe par l'article 26 alinéa 2 paragraphe d de la constitution du 18 janvier 1996 qui dispose que « sont du domaine de la loi : les questions financières et patrimoniales suivantes (...) le budget ; la création des impôts et taxes et la détermination de leur assiette du taux et des modalités de recouvrement de celles-ci (...) ».

La réforme des finances publiques au Cameroun a accentué le contrôle a priori par le passage de « l'obligation d'abstention » à laquelle le parlement était liée, l'évolution des techniques de contrôle semble conduire celui-ci vers une « obligation d'action ». Le parlement dispose dorénavant de toutes les informations utiles à un examen éclairé des projets de dépenses publiques et la procédure d'adoption est propice à un contrôle efficient du parlement sur le gouvernement responsable de la préparation du projet de lois de finances376. le gouvernement a l'obligation de fournir au parlement chaque année au moment de la session pendant laquelle s'élabore le budget, en vue de l'examen du projet de loi de finances des informations sur l'économie nationale, les orientations des finances publiques et le développement des grands projets d'investissement.

C'est donc à travers les annexes au projet de la loi de finances de l'année que certains instruments sont mis à la disposition du parlement. Il s'agit notamment du rapport sur la situation et les perspectives économiques, sociales et financières de la nation. Le rapport comprend la présentation des hypothèses de la loi de finances et des projections y afférentes. Ensuite les annexes présentant les perspectives d'évolution sur trois ans des dépenses publiques en tenant compte des projections des équilibres budgétaires : une annexe présentant les dépenses de l'Etat par fonction, programme et objectif, avec les indicateurs de performance qui en sont associés : une annexe explicative développant pour chaque chapitre, les dépenses d'investissement et les dépenses courantes pour les deux années précédentes, l'année en cours et l'année considérée, par programme au sein des sections fonctionnelles, et pour chacune d'entre elle, l'état de consommation des autorisations d'engagement depuis l'origine de chaque programme et les prévisions de consommation des crédits pour l'année en cours et l'année considérée par article budgétaire.

Une annexe présentant les dépenses des administrations et entreprises publiques par chapitre, par section, et détaillant le montant de l'utilisation des comptes spéciaux au cours

376 LEKENE DONFACK (E.C.), Finances publiques camerounaises, op cit p. 356

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des deux années précédentes, pour l'année en cours et les deux années à venir, une annexe détaillant les projets d'investissement, un état des opérations financières, une annexe présentant les concours financiers, une annexe présentant par ministère les informations relatives à l'évolution des effectifs et de la masse salariale ; une annexe présentant l'état détaillé de la dette publique. C'est dans le cadre du contrôle des annexes budgétaires que les contrats publics mobilisant les ressources budgétaires sont en principe contrôlés par le parlement avant l'engagement de la dépense publique. C'est donc dans le contrôle du projet de loi de finances que sont également contrôlés la capacité financière de l'Etat à passer tels ou tels projets d'infrastructures en contrat. Il s'agit donc d'un contrôle qui autorise les crédits à engager dans les contrats publics.

2) Le contrôle parlementaire en cours d'exécution des contrats publics.

Il convient au préalable de passer en revue les modalités du contrôle parlementaire du budget en cours d'exécution, pour situer à quel niveau les contrats publics peuvent être mis à contribution. Plusieurs hypothèses existent et méritent d'être examinées séparément. Précisons a priori que certaines techniques de contrôle sont classiques, tandis que d'autres constituent des innovations de la loi du régime financier de l'Etat et des autres entités publiques.

Au titre des techniques classiques de contrôle parlementaire377, relevons avec le règlement intérieur de l'Assemblée Nationale que « l'Assemblée peut constituer des Commissions spéciales pour un objet déterminé. La résolution portant création d'une Commission spéciale fixe également la procédure à suivre pour la nomination de ses membres »378. L'objet de la Commission spéciale peut consister en une enquête sur la gestion financière d'un organisme public surtout dans le contexte de corruption ambiante dans lequel évoluent actuellement les administrations publiques. La logique sous-entend la formation de telles Commissions est semblable à celle qui préside à la création des Commissions d'enquêtes. L'article 67 du règlement intérieur de l'Assemblée Nationale dispose à cet égard qu'« en application de l'article 35 (1) de la constitution, l'Assemblée nationale peut, par vote d'une proposition de résolution déposé sur son Bureau conformément aux dispositions de l'article 26 du présent Règlement, constituer une Commission d'enquête ».

377Article 67 alinéa 3 du règlement intérieur « Les Commissions d'enquête sont formées : 378 Article 16 (i) du règlement intérieur.

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Elle joue en effet un rôle privilégié dans le contrôle des activités du gouvernement. De même, le renforcement de la transparence sur la situation financière publique par l'information comptable fourni à la représentation nationale une source d'inspiration abondante pour l'exercice des questions orales et écrits aux membres du gouvernement. Il est certain que les termes de l'article 60 du Règlement intérieur selon lesquels « les Députés à l'Assemblée Nationale peuvent, en application de l'article 35 de la Constitution, poser aux ministres des questions orales et écrites relatives aux affaires de leur ressort ». Intègrent les questions concernant les contrats publics. Les questions ont pour objectif d'assurer un contrôle détaillé et minutieux de l'action gouvernementale, leur intérêt variant en fonction des questions posées379.

Au regard de la modernisation des finances publiques, la nécessité d'introduire d'autres modes de contrôle parlementaire s'est faite ressentir dans les finances publiques camerounaises. Ainsi, de nouvelles techniques du contrôle parlementaire des finances publiques ont été consacrées à l'effet de renforcer le dispositif de contrôle en place. L'article 85 (2) de la loi du 11 juillet 2018 portant régime financier de l'Etat et des autres entités publiques innove en ces termes : « la Commission chargée des finances désigne chaque année, à l'ouverture de la première session ordinaire de l'année législative, un rapporteur général pour les recettes et des rapporteurs spéciaux chargés des dépenses publiques et du contrôle de l'usage des fonds publics, y compris des fonds de développement public ». Il s'agit donc d'un mécanisme de contrôle de nature à éclairer la représentation nationale sur l'exécution du budget. Au-delà, les parlementaires peuvent auditionner les gestionnaires publiques et engager des procédures juridictionnelles contre ces derniers.

Ainsi, l'article 85 (4) de la loi du 11 juillet 2018 portant régime financier de l'Etat et des autres entités publiques précise également à ce sujet que « le parlement peut désigner des commissions d'enquêtes sur un sujet intéressant les finances publiques, pour une durée n'excédant pas 6 mois. Cette durée est renouvelable en tant que de besoin. Ces commissions disposent des pouvoirs mentionnés à l'article précédent et dans les conditions prévues par la loi, elles peuvent se faire assister des personnes de leur choix et procéder à des auditions. A l'exception du Président de la République, les personnes dont l'audition est requise ne peuvent refuser d'y déférer. Toute entrave mise au fonctionnement d'une commission est

379 AMELLER (M), Les questions, instruments du contrôle parlementaire. Paris, LGDJ, 1964 ; BIDEGARY Christian, EMERY Claude, « Le contrôle parlementaire », RDP, 1973, pp. 1633 et s. Voir aussi, KANKEU Joseph, « Les missions du parlement camerounais : regard sur une illusion ». Juridis périodique, janvier-févriermars 2008, p. 48.

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considérée comme un obstacle à l'exécution d'une mission de service public. Les commissions sont tenues de transmettre aux autorités judiciaires, tout fait susceptible d'entraîner une sanction pénale dont elles auraient connaissance. Elles peuvent saisir l'organe chargé de la discipline budgétaire ».

Les rapporteurs spéciaux de la Commission des finances ont certainement recours aux comptes des organismes publics mais surtout aux dépenses effectuées dans l'exécution des contrats publics. Que dire du contrôle a posteriori ?

B- LE CONTROLE A POSTERIORI DES CONTRATS PUBLICS A TRAVERS LA LOI DE REGLEMENT.

Le cycle budgétaire s'ouvre avec l'autorisation du parlement. C'est même la raison d'être de l'institution parlementaire. Dès lors, ce que le parlement a commencé, il parait qu'il l'achève. Une sorte de parallélisme des formes budgétaires voudrait que le parlement qui autorise d'abord soit aussi celui qui avalise après. La loi de règlement permet dans ce contexte au Parlement d'assurer un contrôle a posteriori du budget, mais surtout des politiques publiques. Par la loi de règlement « il ne s'agit pas simplement d'informer pour informer mais d'informer amplement les députés en vue de l'exercice en pleine connaissance de cause, de leurs prérogatives de vote et de contrôle de la loi de finances »380. Nous nous intéresserons au cadre du contrôle a posteriori (1) pour mieux évaluer sa consistance (2).

1) Le cadre du contrôle a posteriori

Le contrôle parlementaire de l'exécution de la dépense publique fait partie du pouvoir général de contrôle que le parlement exerce sur l'activité gouvernementale. Il se manifeste par l'obligation pour le gouvernement de fournir au parlement le rapport de son action. Il s'agit d'un contrôle logique, le pouvoir exécutif, organe d'exécution du budget de l'Etat, doit rendre compte au parlement qui s'assurera que le budget a été exécuté en conformité avec les autorisations et qu'enfin, ses décisions ont été traduites dans la réalité. Il vise par ailleurs à réprimer les irrégularités constatées dans l'exécution de la dépense publique. A cet effet, le parlement a à sa disposition des moyens ainsi que des techniques de contrôle qui lorsqu'elles sont mises en jeu, permettent d'assurer la régularité des dépenses publiques engagées dans l'exécution des contrats publics.

380 SIETCHOUA DJUITCHOKO (C), « Le nouveau régime financier de l'Etat », op cit p. 63.

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Le contrôle a posteriori est le contrôle qui intervient lors du vote de la loi de règlement. Il permet au parlement de s'assurer que l'exécution de la loi de finances a été conforme aux prévisions. Il consiste pour ce qui est de la dépense publique à retracer les résultats de l'exécution de la dépense publique en faisant apparaître les différences par rapport aux prévisions. Ainsi, le contrôle a posteriori effectué par le Parlement vérifie également la régularité des dépenses publiques engagées dans l'exécution des contrats publics. Dans ce contexte, « l'examen du solde budgétaire d'exécution s'apprécie intrinsèquement. Il revêt davantage d'intérêt encore par la comparaison solde prévisionnel-solde d'exécution, dans la mesure où la confrontation des deux données permet de porter jugement, en essayant d'éviter qu'il soit trop rapide et donc trop sommaire, sur la qualité de la prévision et/ou sur la nature des évènements, économiques ou politiques, qui ont pu conduire au décalage observé »381.

C'est ainsi que la loi portant régime financier de l'Etat a prévu un tel contrôle par le biais de la loi de règlement qui « constate les résultats financiers de chaque année civile et approuve les différences entre les résultats et les prévisions de la loi de finances de l'année, complétée le cas échéant par les lois rectificatives ». Il s'agit en somme du moyen le plus efficace reconnu par le droit positif camerounais à la chambre des représentants pour contrôler la manière dont sont dépensés les deniers publics, ainsi que les projets exécutés par voie de contrats publics dont la réalisation doit être conforme aux prévisions de la loi de finances. C'est dans ce sens que le décret portant règlement général de la comptabilité publique précise alors qu' « à la fin de chaque année, le ministre chargé des finances produit dans la loi de règlement, le résultat de l'exécution du budget qui retrace la mise en oeuvre des autorisations parlementaires par le gouvernement »382. Il s'agit donc d'une exigence budgétaire et comptable qui permet à la représentation nationale de contrôler le gouvernement.

2) La consistance du contrôle a posteriori

Le contenu de la loi de règlement facilite le contrôle a posteriori des actes du gouvernement. Il permet de déterminer les dysfonctionnements au regard des prévisions et de l'exécution des dépenses publiques. Le contrôle a posteriori du budget permet de réaliser un véritable contrôle des comptes publics et de la bonne gestion budgétaire. Ainsi, l'ensemble des documents financiers et comptables dont la production est nécessaire au contrôle parlementaire après exécution du budget figurent en annexes dans la loi de règlement, considérée comme « la loi de constatation de la dernière loi de finances exécutée », les

381 ORSONI (G), « L'exécution de la loi de finances pour 1997 », RFFP, n°69-Mars 2000, p. 216.

382 Article 124 du décret n° 2013/160 du 15 mai 2013 portant règlement général de la comptabilité publique.

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fonctions de la loi de règlement sont plus étendues dans la loi de juillet 2018 portant régime financier de l'Etat et des autres entités publiques, par rapport à sa devancière383.

Ainsi, devant constater le montant définitif des ordonnancements de dépenses de l'année, établir le compte des résultats de l'année et autoriser le transfert du résultat de l'année aux comptes permanents des découverts du Trésor sous le régime de l'ordonnance de 1962, le projet de loi de règlement arrête désormais le montant définitif des dépenses budgétaires, ainsi que le résultat budgétaire qui en découle. Le résultat budgétaire étant défini comme « la somme du défaut ou de l'excédent du budget général et du déficit ou de l'excédent des budgets annexes », le parlement effectue des grands rapprochements des comptes à l'aide des tableaux afin d'avoir une vision d'ensemble mais précise du patrimoine de l'Etat. Pour faire bref, les représentants de la nation font un « contrôle parlementaire professionnalisé des comptes de l'Etat ». Par ces mécanismes, la loi de règlement est la clé de voûte du contrôle a posteriori de la bonne gestion financière grâce à la multitude des documents financiers devant impérativement accompagner le projet de loi de règlement. Une pluralité des rapports doit être présentés aux parlementaires à l'instar du rapport annuel de performance grâce auquel on jugera des résultats atteints au cours de l'année. Le moment de l'adoption de la loi de règlement constitue donc le moment privilégié de la revue d'ensemble de l'action de l'Etat par le parlement. Ainsi, l'état de réalisation de tous les projets d'investissement, l'état des dépenses constituent les innovations majeures dans la contexture de la loi de règlement.

Au fond, ces nouveaux documents sont de nature à transformer en profondeur le contrôle parlementaire a posteriori. Ainsi, en examinant l'état des dépenses par programme, le Parlement passe du simple contrôle budgétaire à l'évaluation des politiques publiques384.

383 Le projet de loi de règlement doit être dorénavant accompagné des six documents financiers et comptables ci-après : « 1) du développement des opérations budgétaires présentées par nature, en distinguant les prévisions, les recouvrements et les restes à recouvrer, les paiements et les restes à payer ; 2) de l'état sur les dépenses par programme indiquant la dotation initiale, les modifications intervenues au cours de la gestion, les ordonnancements et les arriérés de paiement, assorti des annexes explicatives sur l'utilisation des crédits et les écarts entre estimations et réalisation ; 3) des rapports annuels de performance des administrations rédigés par les ordonnateurs principaux ; 4) des annexes explicatives par budget annexe et par compte spécial ; 5) d'un état de réalisation de tous les projets d'investissement justifiant les écarts constatés au cours de l'année concernée entre les prévisions et les réalisations par administration et par région ; 6) du compte de résultat de l'exercice établi à partir des ressources et des charges visées à l'article 12 ci-dessus ».

384 MIGAUD Didier « Le contrôle parlementaire des finances publiques » op cit, p. 293. « Le contrôle des finances publiques (...) dépasse le simple contrôle budgétaire et s'oriente de plus en plus vers une contribution à l'évaluation des politiques publiques (...) ». DUPRAT Jean-Pierre, « Le parlement évaluateur », RIDC, vol.50, n°2, avril-juin 1998, p.4. « Implicitement, la volonté de développer l'évaluation repose sur l'idée que les mécanismes induits de la représentation politique ne sont plus suffisants pour traduire celui-ci et qu'il convient alors d'ajouter la mesure de l'efficacité des politiques conduites ».

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L'évaluation permet d'apprécier les résultats de l'action publique pour garantir le bon usage des deniers publics. Si l'on se réfère à la définition que l'on rencontre régulièrement, « l'évaluation d'une politique publique a pour objet d'apprécier l'efficacité de cette politique en comparant ses résultats aux objectifs assignés et aux moyens mis en oeuvre. »385 Créer les conditions d'une évaluation sereine et régulière sur les effets de nos politiques publiques, va dans le sens d'une revitalisation démocratique. En effet, il apparaît opportun pour les décideurs publics « d'y voir plus clair et de bénéficier d'une vision aussi complète et impartiale que possible »386. En cela elle se rapproche de l'accountability387. Grâce donc au contrôle du parlement effectué à travers la loi de règlement plusieurs projets d'investissements, d'infrastructures sont soumis au parlement pour vérification. Il en est de même de l'activité contractuelle du gouvernement qui, bien qu'étant soumis au contrôle du parlement n'échappe pas tout de même au contrôle des citoyens. Qu'en est-il du contrôle politico-financier international ?

PARAGRAPHE 2 : L'APPLICATION DU CONTROLE POLITICO-FINANCIER INTERNATIONAL

Le recours à l'assistance financière internationale par le Cameroun a entrainé comme conséquence pour ce pays en développement, l'enserrement dans les fourches caudines de la conditionnalité inhérente à cette assistance. L'une des caractéristiques principales de la conditionnalité pourtant est d'assortir ses exigences d'un droit de regard, mieux d'un contrôle au profit des pourvoyeurs de fonds, qui prétextant le suivi de l'utilisation des ressources qu'ils prêtent, fouinent dans les zones les plus intimes des vulnérables Etats demandeurs388. Le recours par le Cameroun à l'aide financière des institutions de Bretton Woods a permis d'expérimenter le contrôle exercé par des personnes morales étrangères sur les finances publiques camerounaises, notamment le contrôle du Fonds Monétaire international et la Banque Mondiale sur la dépense publique du Cameroun. En effet, placé dans une position dominante de contrôleur non contrôlé ou incontrôlable389 ces institutions ont présidé à

385 OLTRA-ORO (S), « L'évaluation des politiques publiques : un art au service du politique », RFFP, 01er novembre 2014, n°128, p.165.V. WALINE (C), DESROUSSEAUX (P), PELLE (B), Contrôle et évaluation des finances publiques, La documentation française, 2009, p.88.

386 Ibid.

387 AMEDRO (J-F), « L'évaluation des politiques publiques : structure et portée constitutionnelle d'une nouvelle fonction parlementaire », Revue de droit public et de la science politique en France et à l'Etranger, 01er septembre 2013, n°5, p.1154.

388 COTTARELLI (C), MATEOS Y LAGO (I), « `Assurer la santé de l'économie mondiale : le FMI adopte un nouveau mécanisme de suivi des résultats économiques », F&D, septembre 2007, p 48.

389 ONDOA (M), « Ajustement structurel et réforme du fondement théorique des droit africains post- coloniaux : le cas du Cameroun », op. cit., p 94.

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l'édification d'une structure de contrôle supranational de la dépense publique durant aussi longtemps que mettrons les programmes de réforme structurelle relatifs à l'assainissement des finances publique camerounaises. Difficile de classification eu égard à la non conventionalité des instruments juridiques qui le fondent390, cette structure de contrôle exhibe tout de même une armature organique (A) qui obéit à certaines modalités spécifiques de réalisation (B).

A : LES INSTITUTIONS INTERNATIONALES DE CONTROLE

Avec la communautarisation des dispositifs juridiques nationaux et le rôle des organisations internationales, convient-il de considérer que le contrôle international des finances publiques désigne leur encadrement transnational, c'est-à-dire international391 En vue de suivre la matérialisation nationale des prescriptions de la conditionnalité en général et de celles afférentes à l'assainissement des finances publiques en particulier, les bailleurs de fonds multilatéraux du Cameroun ont dirigé tout leur dispositif organique de surveillance vers la dépense publique de cet Etat. Ainsi, leurs organes de contrôle centraux que l'on retrouve à leurs sièges respectifs, tout comme les organes de contrôle locaux, présents en permanence dans les Etats membres ont été sollicités pour contrôler l'exécution de la dépense publique. Cette attention particulière portée sur la dépense publique est cependant justifiée à plusieurs égards.

D'une part l'assainissement des finances publiques visée passe par une rationalisation des recettes et dépenses publique, prenant le sens d'une réduction des dépenses392 aux antipodes d'une augmentation des recettes publiques. Dans un tel contexte, un regard particulier sur la dépense publique, de la part d'un créancier soucieux d'un remboursement à terme, est bien justifié. D'autre part, c'est par la dépense publique que passent toutes les opérations du programme de réforme engagé. Des dérives dans cette matière pourraient avoir des conséquences fâcheuses sur tout le processus. Il faut alors prendre la dépense avec égard. Le statut du FMI (1) et de la BM (2) renseigne sur le poids de leurs interventions.

390 NICOLETOPOULOS (G P), « Le FMI et le droit international économique », Colloque SFDI, Pedone, Paris, 1986, pp 296 et suivantes.

391 Jean Luc Albert, op. cit., p. 278 ; Voir aussi Nicaise MEDE, Finances publiques, op.cit., p. 120 et s. Lire BEGNI BAGAGNA, « Réflexion sur le contrôle international des finances publiques : le cas des Etats d'Afrique subsaharienne francophone », Rafip n°7 - 1er semestre 2020, 37-81. P.

392 ONDOA (M), « Le droit public dans les Etats africains sous ajustement structurel : le cas du Cameroun », in Mondialisation, exclusion et développement africain : stratégies des acteurs publics et privés, AFREDIT, Coll. Economie d'Afrique, p 400.

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1- Le Fonds Monétaire International

Le FMI est une organisation, créée en 1945 en application des décisions de la conférence de Bretton Woods de 1944, chargée de conseiller les gouvernements dans les domaines monétaire et financier d'après Jean-Paul Piriou.393 Son siège est à Washington. Elle compte depuis 2014 188 membres qui sont des Etats représentés par leurs banques centrales ou ministres des finances. Les membres disposent des droits de tirages, c'est-à-dire le droit d'acheter pour une durée déterminée avec leur propre monnaie une autre monnaie (un crédit) ; cette procédure permet de face à des déséquilibres temporaires de paiements ; ainsi le Droit de Tirage Spécial (DTS) a été créé en 1969 lors du premier amendement aux statuts du FMI ; c'est une esquisse de monnaie internationale émise ex nihilo par le FMI au profit de ses adhérents (crédits non remboursables). La valeur d'un DTS est fixée en référence à un panier de monnaies.

Chaque Etat doit souscrire au capital du FMI. La participation financière des Etats détermine leur droit de vote : contrairement à l'Assemblée générale des Nations Unies où un Etat = une voix, au FMI un dollar = une voix ; raison pour laquelle les Etats-Unis, le Japon, l'Allemagne, la France et le Royaume Uni disposent des quotes-parts les plus élevées. Le FMI est composé d'organes décisionnels et opérationnels à savoir : - Le Conseil des Gouverneurs qui se réunit une fois/ an lors des assemblées annuelles du FMI et de la BIRD ; le Conseil des gouverneurs est compétent pour augmentations des quotes-parts, les allocations des droits de tirage spéciaux, l'admission des nouveaux membres ou leur retrait, les amendements des statuts. - Le Conseil d'Administration composé de comité ministériel, du comité monétaire et financier international et du comité de développement ; ces comités sont des organes consultatifs qui peuvent être consultés par le Conseil d'Administration qui est l'organe de gestion courante et d'interprétation des statuts ; il est composé de 24 membres qui décident par vote et par consensus ; il nomme le Directeur Général pour un mandat de 5 ans renouvelable ; le Directeur Général est en même temps président du Conseil d'Administration. - La Direction Générale est composée d'un Directeur Général et de 4 adjoints. Remi Pellet indique que selon une règle non écrite indique lorsque le DG du FMI est un européen le Président de la Banque Mondiale est un américain. La française Christine Lagarde est l'actuel DG depuis le 5 juillet 2011 ; elle est assistée du chinois Zhu Min comme

393 BEGNI BAGAGNA Gaétan, cours de finances publiques, licence 2, FSJP, Université, Douala, année académique 2021-2022. P. 60.

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1er adjoint. Le FMI est une organisation basée sur les Etats (country-based et non sur la monnaie (currency-based) dont le fonctionnement repose sur la puissance des Etats, tout comme la BM.394

2- La Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement (BIRD)

La BIRD ou banque mondiale est créée en 1945 en même temps que le FMI pour aider l'Europe et le Japon à se reconstruire après la seconde guerre mondiale; la condition d'adhésion est d'être membre du FMI afin de bénéficier du prêt de la banque mondiale à long terme.395 La BIRD est composée de nombre de structures dont : la Société Financière Internationale (SFI) créée en 1956 pour favoriser la création et la croissance des entreprises privées (dont les petites et moyennes entreprises en Afrique subsaharienne) et les encourager dans la voie du développement par l'octroi de prêts ; l'Association Internationale de Développement (AID) créée en 1959 dont la mission est d'accorder des prêts concessionnels, c'est-à-dire à des conditions avantageuses (sans intérêt, à 50 ans d'échéance) aux pays les plus pauvres de la planète ; le Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (CIRDI) créé en 1966 en vue de faciliter la conciliation et l'arbitrage entre gouvernements et investisseurs étrangers ; l'Agence Multilatérale de Garantie des Investissements créée en 1985 après la conférence de Séoul pour que les investisseurs dans les pays en voie de développement bénéficient de garanties contre les risques politiques : inconvertibilité des monnaies, expropriation, guerres, terrorisme, troubles civils, rupture abusive de contrats ou non-respect des obligations financières souveraines.

En plus de ces institutions qui forment le groupe de la banque mondiale, il y a des structures décisionnelles (comme le Conseil des gouverneurs ayant comme celui du FMI les compétences d'augmentation du capital) et des structures de gestion (comme le Président de la BIRD Jim Yong Kim depuis juillet 2012). Les plus grands contributeurs de la BIRD sont les Etats-Unis, l'Allemagne, le Japon, la France, le Royaume Uni, la Chine, la Russie et l'Arabie Saoudite qui désignent leurs propres administrateurs alors que le reste des administrateurs est élu. La mission principale de la BIRD est d'accorder des aides financières aux Etats membres ; mais cette institution financière essuie des critiques théoriques liées à sa recherche de la rentabilité, au lieu de lutter contre la pauvreté elle se comporte comme un centre de recherche sur le développement et sur le plan rée il est reproché à la banque

394 BEGNI BAGAGNA Gaétan, Cours de finances publiques, Licence 2, FSJP, Université, Douala, année

académique 2021-2022. P. 62.

395 (15-20 ans).

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mondiale d'être sous la subordination politique des Etats-Unis. Ces critiques et celles des altermondialistes comme Joseph Edouard Stiglitz, ancien économiste à la banque mondiale de 1997 à 2000, expliquent la poussée des institutions financières internationales émergentes.

B : LES MODALITES DU CONTROLE INTERNATIONAL

La difficulté de classification systématique des organes de contrôle propres aux institutions financières internationales pourrait certainement déteindre sur les mécanismes pratiques du contrôle exercé par ces organes. Or une esquisse de classification des différentes modalités du contrôle international exercé par le système de Bretton Woods sur les dépenses publiques des Etat membre semble être plausible. Tant il est vrai que ce contrôle évoque certains types de contrôle utilisé dans les systèmes de contrôle nationaux396, tout en usant de certaines techniques communément mises en branle tant dans la surveillance multilatérale397 que dans la vérification nationale et locale398 des finances publiques. La typologie du contrôle international (1) précèdera les mécanismes de contrôle y afférents (2).

1) La typologie du contrôle international

Le contrôle opéré par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale sur les finances publiques camerounaises et la dépense publique en particulier, adopte la distinction classique entre le contrôle a priori, contrôle concomitant et le contrôle a posteriori. Autrement dit, ce contrôle s'opère tant à l'initiation, pendant la réalisation, qu'après le paiement de la dépense publique au Cameroun. Il ne s'intègre cependant pas dans le circuit traditionnel de réalisation de la dépense publique, mais intervient plutôt en amont comme en aval de tout le circuit budgétaire. A priori ce contrôle est aussi préventif, c'est-à-dire vise réduire autant que possible toute possibilité d'erreur potentiellement préjudiciable pour toutes les finances publiques et partant pour tout le processus de réforme des entreprises publiques. Cette prévention étant d'autant plus soutenue ici que tout dérapage dans l'initiation des dépenses publiques pourrait être assimilée à la non application des stipulations des accords de confirmation et qui pourrait justifier le déclenchement de l'arsenal sanctionnateur du « dictateur financier international ». Ce contrôle préventif prend donc les contours soit d'un

396 PHILIP (L), « Panorama du contrôle des finances publiques dans le monde », op. cit., pp 15 41.

397 ONGENA (H), « La surveillance budgétaire après le pacte de stabilité et de croissance », RFFP, n°68, Septembre 1999, pp 57 et suivantes.

398 LEVALLOIS (B), « L'évolution du contrôle financier des administrations locales », RFFP, n°79, septembre 2002, pp 111-119.

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contrôle de conformité matériel, soit d'un contrôle d'opportunité de la dépense publique national.

Par le contrôle de conformité matérielle, les bailleurs de fonds vérifient sur la base des stipulations des accords de confirmation, non seulement la nature et le montant, mais également le moment de la dépense publique à réaliser par les pouvoirs publics. Toute dépense devant aller en phase avec les objectifs arrêtés et selon l'échéancier défini pour la matérialisation de ces objectifs. Un tel contrôle a pour corollaire la vérification de l'opportunité de la dépense publique par les mêmes bailleurs de fonds. C'est-à-dire un contrôle non seulement de la pertinence de la dépense mais aussi des coûts de celle-ci. Il s'agit d'un véritable examen de la qualité des dépenses à réaliser, une réelle évaluation ex ante de la dépense publique nationale. Concomitamment à la réalisation de la dépense validée, les bailleurs de fonds par leurs missions mobile d'évaluation en cours d'exécution budgétaire, peuvent contrôler la dépense publique, afin de jauger du rythme de consommation des crédits399. Le contrôle des institutions financières internationales intervient aussi a posteriori. A ce moment, il s'agit de faire un bilan de la dépense publique, le Cameroun étant astreint à une obligation de résultat. C'est également l'occasion d'apprécier l'état d'avancement de toutes les réformes, en étant conscient du fait que c'est à posteriori que les bailleurs de fonds prendront la décision d'accorder, poursuivre, suspendre ou arrêter les financements. Le contrôle a posteriori prend donc aussi les contours d'un contrôle des résultats et partant d'un contrôle des performances.

2 : Les mécanismes du contrôle international

Les bailleurs de fonds usent de plusieurs techniques de contrôle pour suivre la réalisation de la dépense publique au Cameroun. Ceci est une conséquence logique de la présentation organique de la structure de contrôle propre aux institutions financières internationales, qui tout en s'incrustant aux sièges de ces institutions, s'implante aussi dans les structures administratives des Etats membres. Le statisme de ces différents organes n'étant aucunement la règle par ailleurs. Inconcevable à l'ère originelle des prêts concessionnels400, le contrôle est devenu le principe dans la pratique des organisations financières internationales, avec la création de la conditionnalité. Les techniques de contrôle mobilisées sont celles du

399 En guise d'illustration, c'est par des contrôles de cette espèce que le Cameroun fut déclaré « off track » en 2004 lors de la poursuite du point d'achèvement à l'initiative PPTE, du fait d'une consommation irrégulière des crédits. Précisons ici que le point d'achèvement vise à rendre la dette de l'Etat qui le poursuit « soutenable ».

400 COLLIARD (C A), DUBOUIS (L), Institutions internationales, Dalloz, 10ème édition, Paris, 1995, p 367.

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contrôle sur pièces et du contrôle sur place. Le contrôle sur pièce se fait aux sièges desdites institutions à l'aide de tous les documents qui sous-tendent la conduite des relations financières entre les organisations et le fonds. Les documents utiles au contrôle doivent impérativement être acheminés aux organisations par les pouvoirs publics en vertu de la cinquième neuvième, dixième, onzième et douzième norme de la conditionnalité401. Les insuffisances de cette technique de contrôle peuvent justifier le recours au contrôle sur place où l'organisation ou les deux à la fois, par une mission conjointe descendent dans l'Etat contrôlé pour évaluer physiquement ou matériellement le circuit de la dépense publique. La d é pense publique camerounaise subit l'une comme l'autre technique depuis le tout premier accord de confirmation en 1987.

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