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Le contrôle des deniers publics dans les contrats publics des entreprises publiques au Cameroun


par Basile Martinien ONDOA OMGBA
Université de Douala - Master 2 en Droit Public Interne 2021
  

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A. LA PROFUSION QUANTITATIVE DES INSTITUTIONS DE CONTROLE

Le contrôle financier contractuel camerounaises est exercé par des institutions caractérisées par l'abondance. Cette pluralité institutionnelle autorise, par le truchement d'une systématisation, de classer la profusion des institutions de contrôle en deux catégories. En effet, « tout bon juriste pratique pour reflexe, cet exercice consistant à faire entrer un fait, une situation, une personne, une chose ou un acte dans une catégorie juridique préexistante »434. Par cette taxinomie générique, « les juristes sont alors conduits à des distinctions bipartites »435 dont l'illustration spécifique, sous le prisme de la systématisation spatiale, s'articule comme suit dans notre étude : la profusion des institutions nationales de contrôle (1), et la profusion des institutions internationales de contrôle (2).

1. La profusion des institutions nationales de contrôle

Le droit positif camerounais encadre le contrôle des finances publiques par la dévolution de son exercice aux institutions nationales. Sous l'abord de la dualité, l'analyse de la profusion de ces institutions s'articule successivement en énonciation légale et interprétation doctrinale. L'énonciation légale des institutions nationales couvre respectivement le contrôle interne à l'administration publique, et celui externe à celle-ci. Le contrôle interne à l'administration publique se structure au sommet par l'existence d'une Institution Supérieure de Contrôle.

A ce titre, « les Services du Contrôle Supérieur de l'Etat constituent l'Institution Supérieure de Contrôle (ISC) des finances publiques du Cameroun »436. La supériorité de ces Services provient de leur rattachement au Président de la République du Cameroun. Car, « sur décision du Président de la République, le Contrôle Supérieur de l'Etat effectue des contrôles spéciaux auprès de diverses structures publiques et privées. (Dès lors qu'elles revêtent un caractère stratégique »437. En outre, ce contrôle interne est densifié des institutions inférieures

434 J.-L. BERGEL, Méthodologie juridique, Paris, PUF, 2001, p. 104

435 J.-L. BERGEL, Théorie générale du droit, Paris, Dalloz, 1989, 2ème édition, p. 190.

436 Article 2 alinéa 1 du Décret n°2013/287 du 04 septembre 2013 portant organisation des Services du Contrôle Supérieur de l'Etat.

437 M. W. ONDO EBANG, Le Président de la République : autorité administrative en droit camerounais, Thèse de Doctorat/Ph.D en droit public, Université de Yaoundé II, 2018, p. 30.

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de contrôle doublement normées. En premier lieu, l'administration publique donne à voir deux catégories d'institutions que sont respectivement : le contrôleur de gestion438, et les inspections générales ministérielles ou de services439. En second lieu, cette administration peut faire l'objet de contrôles exogènes à l'initiative des contrôleurs financiers440 nommés par le Ministre chargé des finances, de même que des contrôles ponctuels exercés par la Division du Contrôle Budgétaire, de l'Audit et de la qualité de la Dépense441. Le contrôle externe à l'administration publique, quant à lui, comporte un volet juridictionnel. A ce titre, la compétence principale de la juridiction des comptes est légalement établie pour le contrôle juridictionnel des finances publiques, tant dans la dimension effective de la Chambre des Comptes de la Cour Suprême442, que dans la dimension prospective des Tribunaux Régionaux des Comptes443. Au demeurant, le contrôle juridictionnel des finances publiques camerounaises s'effectue « sans préjudice des sanctions infligées par d'autres juridictions

»444.

2. La profusion des institutions internationales de contrôle

En vertu de la ratification des traités et accords internationaux, les finances publiques camerounaises font l'objet de contrôles effectués par les institutions de droit supranational. Sous le prisme de la dualité, ces institutions sont classées en deux catégories que sont les institutions permanentes et celles émergentes. En raison de leur présence continuelle, les

438 La consécration du contrôle de gestion réside dans la loi n°2018/012 du 11 juillet 2018 portant Régime financier de l'Etat et des autres entités publiques qui énonce que « le [responsable de programme] s'assure du respect des dispositifs de contrôle interne et de contrôle de gestion » (article 69 alinéa 2). Cette disposition légale est une reprise intégrale de l'extrait identique contenu dans l'article 60 de la Directive n°01/11-UEAC-190-CM-22 du 19 décembre 2011 relative aux lois de finances.

439 H. EYEBE AYISSI, La protection de la fortune publique au Cameroun, op.cit., p. 178.

440 L'office du contrôleur financier s'exerce par le contrôle de régularité, tel qu'il ressort de la circulaire n°00003672/C/MINFI/SG/DGB/DCOB du 23 mai 2019 précisant les attributions des contrôleurs financiers à la lumière de la loi n°2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de l'Etat.

441 Article 69 du Décret n°2013/066 du 28 février 2013 portant organisation du Ministère des finances au Cameroun.

442 A la lecture de la loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972, la Chambre des Comptes de la Cour Suprême est effective. Par voie de conséquence, la loi n°2003/005 du 21 avril 2003 fixant les attributions, l'organisation et le fonctionnement de ladite Chambre révèle que « la Chambre des Comptes contrôle et juge des comptes des comptables publics, déclare et apure les comptabilités de fait, prononce des condamnations à l'amende, dans les conditions fixées par la présente loi, et statut souverainement en cassation sur les recours formés contre des jugements définitifs des juridictions inférieures des comptes ».

443 L'article 41 alinéa 2 de loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 dispose que « les juridictions inférieures des comptes, ainsi que les conditions de saisines et la procédure suivie devant eux, sont fixés par la loi ». Logiquement, motif pris du ressort législatif, la loi n°2006/017 du 29 décembre 2006 fixant l'organisation, les attributions et le fonctionnement des Tribunaux Régionaux des comptes prévoit, en son article 2 alinéa 1 que « les Tribunaux Régionaux des Comptes sont des juridictions inférieures des comptes au sens de l'article 41 de la Constitution ».

444 Art. 89 al 1, loi n°2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de l'Etat et des autres entités publiques.

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institutions internationales exercent leur office dans le dispositif de contrôle des finances publiques camerounaises. Globalement, ces contrôles sont binaires. Le premier type de contrôle résulte des conventions signées par l'Etat camerounais. Au titre des conventions conclues entre cet Etat et ses partenaires bilatéraux, elles prévoient, en contrepartie de l'assistance financière445, des contrôles exercés sur la régularité de la dépense. Ainsi, le législateur camerounais prévoit que la gestion des fonds octroyés par les partenaires au développement fasse l'objet d'un audit spécifique446. Ces contrôles se prolongent sur la qualité de la dépense en deux séquences. En amont de l'exécution de la dépense, un contrôle d'opportunité est effectué pour sélectionner les projets éligibles aux financements des bailleurs. Dans le cas contraire, « la non-satisfaction des critères d'éligibilité entraîne le refus de financement »447. En aval de l'exécution de la dépense, un contrôle est effectué sur les résultats de la réalisation administrative, et de l'exécution comptable. Au titre des conventions signées entre le Cameroun et des institutions financières internationales que sont le Fonds Monétaire International et la Banque mondiale, le contrôle est dual.

A priori, un contrôle sur pièces peut s'effectuer à partir du siège de ces organisations internationales, en application de la conditionnalité financière448. A posteriori, un contrôle sur place peut justifier l'envoi d'une mission auprès des autorités camerounaises pour s'assurer de l'état d'exécution des engagements pris auprès des bailleurs de fonds. Le second type de contrôle incombe aux institutions communautaires. A cet effet, la Communauté Economique et Monétaire d'Afrique Centrale (CEMAC) concourt au contrôle des finances publiques grâce au Système de Surveillance Multilatérale449. Pour ce faire, la Cellule Communautaire de Surveillance rédige un rapport périodique visant à s'assurer que les critères de convergence, et la discipline communautaires, sont respectés par les Etats-membres de la communauté d'intégration juridique. Ces critères résultent des recommandations formulées par le Conseil des Ministres de la CEMAC. En outre, le contrôle des finances publiques camerounaises à l'échelle communautaire est effectué par la Cour des Comptes qui sanctionne les fautes de gestions commises par les ordonnateurs de la Communauté, tout en vérifiant les comptes de celle-ci. Au demeurant, il n'est pas exclu que la Cour sanctionne les ordonnateurs et

445 A titre illustratif, l'on peut citer le Contrat de Désendettement pour le Développement signé entre le Cameroun et l'Etat français.

446 Article 82 alinéa 1 (quatrième tiret) de la loi susmentionnée.

447 S.-Thierry. BILOUNGA, La réforme du contrôle de la dépense publique au Cameroun, Thèse de Doctorat/Ph.D en Droit Public, Université de Yaoundé II, 2009, p. 307.

448 M. KAMTO, « La problématique de la conditionnalité en droit international et dans les relations internationales », in La conditionnalité dans la coopération internationale (Colloque de Yaoundé les 20, 21, et 22 juillet 2004), p. 22.

449 Article 53 de la Convention du 25 juin 2008 régissant l'Union Economique et Monétaire d'Afrique Centrale.

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comptables nationaux. Car, la Convention du 30 janvier 2009 régissant la Cour des Comptes de la CEMAC dispose que « la Cour vérifie la gestion des concours financiers accordés par la Communauté aux Etats »450. L'office des institutions permanentes de contrôle, ainsi articulé au niveau supranational, est complété par celui de celles émergentes.

Du fait de leur récence, certaines institutions émergentes de droit étranger exercent des contrôles sur les finances publiques camerounaises. Ces institutions sont classées en deux catégories, à savoir : les agences de notations, et les organisations non-gouvernementales. S'agissant des agences de notation, elles contribuent au contrôle des finances publiques par l'émission d'opinions. Car, « l'une des règles de fonctionnement du marché financier international est l'attribution des notes par les agences de notation financière, considérées à raison par la doctrine comme de véritables puissances de contrôle vis-à-vis des autorités financières des Etats »451. L'explication des opinions émises par les agences de notation, repose sur des notes de crédits mesurant la perception du risque attaché au remboursement d'une dette. Ainsi, ces notations varient selon que le risque est moindre452 ou qu'il est élevé453. Par conséquent, pour l'application de ces opinions en finances publiques camerounaises, référence est faite aux institutions de droit étranger que sont Moody's et Standard and Poor's. Concrètement, ces agences ont respectivement attribué les notes B2 (en 2016 et 2021) et B (en 2017). Ces notes ont permis à l'Etat camerounais d'obtenir des financements tant auprès des créanciers nationaux (levée des emprunts obligataires) que du bénéfice de la Facilité Elargie de Crédit de 390 milliards, auprès du Fonds Monétaire International. S'agissant des organisations non-gouvernementales, elles participent au contrôle des finances publiques par émission d'indices de perception dont l'essence porte principalement sur l'attractivité des finances publiques dans deux domaines. Le premier, c'est celui de la lutte contre la corruption. Pour cette lutte, les indices de perception émis par l'organisation non-gouvernementale Transparency International classent les Etats les plus ou moins corrompus dans le monde. Le second domaine porte sur la facilité d'entreprendre.

A ce sujet, le classement annuel Doing Business, créé en 2002 par le Groupe de la Banque Mondiale, mesure l'effectivité de la règlementation des affaires au sein des Etats. En outre, l'essence des indices de perception concerne la gouvernance financière des pouvoirs

450 Article 33.

451 BEGNI BAGAGNA, « Réflexion sur le contrôle international des finances publiques : le cas des Etats d'Afrique subsaharienne francophone », RAFiP, n°7, premier semestre 2020, p. 51.

452 Lorsque le risque est moindre, les notes correspondent aux lettres A et B.

453 Selon que le risque est élevé, les notes correspondent aux lettres C et D.

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publics. C'est en ce sens que Transparency International promeut la gestion transparente des finances publiques. De ce fait, l'incidence des indices de perception est ambivalente. L'incidence vertueuse de ces indices résulte du bénéfice que l'Etat du Cameroun tire d'une perception favorable de ses finances publiques, du fait de l'appel d'air aux bailleurs de fonds et investisseurs. Toutefois, l'incidence vicieuse découle de l'image négative que peut renvoyer l'Etat du Cameroun consécutivement aux indices de perception péjoratifs454. En conclusion, la profusion quantitative des institutions de contrôle des finances publiques camerounaises ainsi analysée est, sous l'abord de la complexité, complétée par la confusion qualitative de celles-ci.

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