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Dynamique des représentations sociales de l'agriculture et de la ruralité dans un contexte territorial du vieillissement de la population : Le cas du « Projet Nô-Life » de la Ville de Toyota au Japon


par Kenjiro Muramatsu
Université de Liège
Traductions: Original: fr Source:

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Sources de fragilité : effet de marginalisation

Là, nous pouvons nous poser la question de la fragilité du compromis établi dans le Projet Nô-Life : cette situation de pouvoir, de représentation et de pratique déséquilibrée, constitue-t-elle des sources de fragilité du Projet Nô-Life ?

Nous pouvons répondre à cette question en nous référant à la réponse que nous avons donné à la question précédente concernant les positions des stagiaires vis-à-vis de l'idée de l'agriculture de type Ikigai telle qu'elle est présentée par le Projet Nô-Life. Ce sont les stagiaires qui mettent réellement à l'épreuve la légitimité du Projet Nô-Life. Autrement dit, le résultat du Projet (ou la finalité ou la vertu), voire la justification du compromis entre les agents gestionnaires et partenaires du Projet, dépendent de cette épreuve.

Reprenons brièvement les constats faits dans notre réponse précédente. D'abord, la divergence des positions des enquêtés dépend de la diversité de leurs enjeux individuels qui sont en grande partie déterminés par leurs trajectoires tant sur le court terme que sur le long terme. Ensuite, la convergence des positions des enquêtés se trouve d'abord dans leurs représentations de l'agriculture de type Ikigai signifiant les divers besoins socio-culturels portant souvent sur leurs intérêts sur le long terme ou leurs identités. Et ces besoins exigent souvent d'être compatibles avec des éléments économiques relevant de la production matérielle. Ceci pour que les personnes puissent mieux répondre à ces besoins. Puis, la difficulté de compatibiliser dans la réalité ces besoins socio-culturels et économiques, constitue également un point de convergence parmi ces enquêtés. Ceci notamment face aux contraintes liées à la production matérielle.

Pourquoi alors la difficulté ? Nous pouvons relever que celle-ci n'est pas due à la diversité des comportements des enquêtés, d'autant qu'ils ont en commun une motivation ou un engagement stable basé sur leurs propres besoins, pour l'agriculture de type Ikigai qui est l'objet central du Projet Nô-Life. Cette difficulté est plutôt due à l'orientation productiviste du Projet ainsi que de sa formation, qui est le reflet du déséquilibre des représentations sociales ancrées dans la relation de compromis entre les agents gestionnaires et partenaires. Finalement, cette orientation constitue elle-même une source de fragilité, en provoquant souvent des réticences dans l'engagement des stagiaires ou parfois même démotivant ceux-ci.

Autrement dit, ce compromis déséquilibré marginalise les stagiaires au niveau des dispositifs de la mise en oeuvre du Projet Nô-Life. Ce que nous pouvons considérer comme un effet pervers provoqué par le Projet, car ce sont ces stagiaires, du moins officiellement, qui sont censés être protagonistes du Projet Nô-Life.

Cet effet de marginalisation est d'abord relationnel entre les agents institutionnels (gestionnaires et partenaires) et les usagers individuels (stagiaires). Mais cette relation sociale ancre à la fois les dispositifs pratiques et représentationnels du Projet Nô-Life. Ce qui joue toujours pour reproduire cet effet.

Enfin, ne nous trompons pas, ces stagiaires ne sons pas pour autant « dominés » dans l'esprit. Au contraire, ne sont-ils pas de vrais connaisseurs de la cause de cette situation contradictoire ? Nous l'avons vu, ils relèvent déjà par leur réflexion certains points faibles du principe du Projet qui touche directement l'ambiguïté du compromis institutionnel en question. (orientation mitigée entre l'amateurisme et le professionnalisme, insuffisance d'enseignements pour l'entretien, méthode trop coûteuse de l'agriculture conventionnelle qui ne correspond pas à la réalité, absence d'enseignements pour l'agriculture respectueuse de l'environnement etc) Et ceci tout en reconnaissant la valeur générale de l'existence du Projet sur le long terme. Ce qui donne d'ailleurs une garantie de légitimité au Projet. Autrement dit, l'agriculture de type Ikigai est, au moins de manière générale, approuvée comme bien commun de façon à ne pas mettre en cause les identités des parties au compromis. Mais ceci à condition de mettre entre paranthèses l'ambiguïté, le dilemme et la contradiction présents dans la réalité.

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