Sources de fragilité : effet de
marginalisation
Là, nous pouvons nous poser la question de la
fragilité du compromis établi dans le Projet Nô-Life :
cette situation de pouvoir, de représentation et de pratique
déséquilibrée, constitue-t-elle des sources de
fragilité du Projet Nô-Life ?
Nous pouvons répondre à cette question en
nous référant à la réponse que nous avons
donné à la question précédente concernant les
positions des stagiaires vis-à-vis de l'idée de l'agriculture de
type Ikigai telle qu'elle est présentée par le Projet
Nô-Life. Ce sont les stagiaires qui mettent réellement à
l'épreuve la légitimité du Projet Nô-Life. Autrement
dit, le résultat du Projet (ou la finalité ou la vertu), voire la
justification du compromis entre les agents gestionnaires et partenaires du
Projet, dépendent de cette épreuve.
Reprenons brièvement les constats faits dans notre
réponse précédente. D'abord, la divergence des positions
des enquêtés dépend de la diversité de leurs enjeux
individuels qui sont en grande partie déterminés par leurs
trajectoires tant sur le court terme que sur le long terme. Ensuite, la
convergence des positions des enquêtés se trouve d'abord dans
leurs représentations de l'agriculture de type Ikigai signifiant les
divers besoins socio-culturels portant souvent sur leurs intérêts
sur le long terme ou leurs identités. Et ces besoins exigent souvent
d'être compatibles avec des éléments économiques
relevant de la production matérielle. Ceci pour que les personnes
puissent mieux répondre à ces besoins. Puis, la difficulté
de compatibiliser dans la réalité ces besoins socio-culturels et
économiques, constitue également un point de convergence parmi
ces enquêtés. Ceci notamment face aux contraintes liées
à la production matérielle.
Pourquoi alors la difficulté ? Nous pouvons relever
que celle-ci n'est pas due à la diversité des comportements des
enquêtés, d'autant qu'ils ont en commun une motivation ou un
engagement stable basé sur leurs propres besoins, pour l'agriculture de
type Ikigai qui est l'objet central du Projet Nô-Life. Cette
difficulté est plutôt due à l'orientation productiviste du
Projet ainsi que de sa formation, qui est le reflet du
déséquilibre des représentations sociales ancrées
dans la relation de compromis entre les agents gestionnaires et partenaires.
Finalement, cette orientation constitue elle-même une source de
fragilité, en provoquant souvent des réticences dans l'engagement
des stagiaires ou parfois même démotivant ceux-ci.
Autrement dit, ce compromis déséquilibré
marginalise les stagiaires au niveau des dispositifs de la mise en oeuvre du
Projet Nô-Life. Ce que nous pouvons considérer comme un effet
pervers provoqué par le Projet, car ce sont ces stagiaires, du moins
officiellement, qui sont censés être protagonistes du Projet
Nô-Life.
Cet effet de marginalisation est d'abord relationnel entre les
agents institutionnels (gestionnaires et partenaires) et les usagers
individuels (stagiaires). Mais cette relation sociale ancre à la fois
les dispositifs pratiques et représentationnels du Projet Nô-Life.
Ce qui joue toujours pour reproduire cet effet.
Enfin, ne nous trompons pas, ces stagiaires ne sons pas
pour autant « dominés » dans l'esprit. Au contraire,
ne sont-ils pas de vrais connaisseurs de la cause de cette situation
contradictoire ? Nous l'avons vu, ils relèvent déjà par
leur réflexion certains points faibles du principe du Projet qui touche
directement l'ambiguïté du compromis institutionnel en question.
(orientation mitigée entre l'amateurisme et le professionnalisme,
insuffisance d'enseignements pour l'entretien, méthode trop
coûteuse de l'agriculture conventionnelle qui ne correspond pas à
la réalité, absence d'enseignements pour l'agriculture
respectueuse de l'environnement etc) Et ceci tout en reconnaissant la valeur
générale de l'existence du Projet sur le long terme. Ce qui donne
d'ailleurs une garantie de légitimité au Projet. Autrement dit,
l'agriculture de type Ikigai est, au moins de manière
générale, approuvée comme bien commun de façon
à ne pas mettre en cause les identités des parties au compromis.
Mais ceci à condition de mettre entre paranthèses
l'ambiguïté, le dilemme et la contradiction présents dans la
réalité.
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