WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Fiscalité des activités et services numériques des non-résidents en République Démocratique du Congo


par Don De Dieu Nyembo Louis
Université de Lubumbashi - Diplôme d'études approfondies en Droit (DEA/Master) 2025
  

précédent sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

§2. Interprétation et discussion des résultats

A. Interprétation

L'analyse des entretiens réalisés auprès des différents acteurs institutionnels et économiques permet de dégager plusieurs enseignements relatifs à la fiscalisation des activités et services numériques fournis par des non-résidents en République Démocratique du Congo.

Conformément à la méthode d'analyse des discours retenue, les propos recueillis ont été examinés de manière comparative afin d'identifier les convergences et divergences dans les perceptions des différents acteurs interrogés. Cette démarche permet de confronter les hypothèses de la recherche aux réalités observées sur le terrain, en mettant en évidence les contraintes juridiques, institutionnelles et techniques qui influencent la capacité de l'État à imposer les revenus issus de l'économie numérique.

L'un des premiers constats qui se dégage de l'analyse concerne la question du fondement juridique de l'intervention des acteurs financiers dans la fiscalisation des services numériques. De manière quasi unanime, les établissements bancaires rencontrés ont indiqué que leur participation à un mécanisme de perception de l'impôt ne pourrait être envisagée qu'à la condition expresse qu'une disposition légale leur en confère la compétence.

Les échanges réalisés notamment avec Rawbank, Solidaire Banque, Access Bank, CRDB Banque et First Bank DRC convergent vers cette même conclusion : en l'absence d'une base légale claire, les banques ne peuvent intervenir comme auxiliaires de l'administration fiscale. Cette position traduit une forte préoccupation pour la sécurité juridique des établissements bancaires, lesquels ne peuvent assumer de nouvelles obligations fiscales sans un encadrement normatif explicite.

Toutefois, au-delà de cette exigence juridique, les entretiens ont également révélé que les banques disposent, du point de vue technique, des capacités nécessaires pour participer à un mécanisme de collecte de l'impôt sur les services numériques. Plusieurs interlocuteurs ont ainsi indiqué que la mise en place d'un mécanisme de retenue à la source sur certaines transactions électroniques ne présenterait pas de difficultés majeures. À titre d'illustration, Rawbank a mentionné l'existence d'un dispositif similaire appliqué dans le cadre de la perception de la redevance de suivi de change sur les transactions effectuées par carte bancaire. De même, First Bank DRC a évoqué la possibilité d'ouvrir un compte spécifique au nom de l'État afin de centraliser les montants prélevés. Ces éléments suggèrent que l'obstacle principal ne réside pas dans les capacités opérationnelles des banques, mais plutôt dans l'absence d'un cadre légal définissant leur rôle dans le processus de fiscalisation.

Par ailleurs, les banques interrogées ont également attiré l'attention sur certaines contraintes pratiques susceptibles d'affecter l'efficacité d'un tel mécanisme. L'une des difficultés identifiées concerne notamment l'identification et la quantification des transactions liées aux services numériques fournis par des non-résidents. Comme l'a souligné Solidaire Banque, la mise en oeuvre d'un système de retenue à la source supposerait que les établissements bancaires soient en mesure d'identifier les utilisateurs de cartes bancaires, notamment les détenteurs de cartes Visa, afin de déterminer l'ampleur des flux financiers associés à ces services. Cette observation met en évidence un enjeu central de la fiscalité de l'économie numérique, à savoir la traçabilité des transactions transfrontalières.

Dans le même ordre d'idées, certaines préoccupations ont été exprimées quant aux conséquences potentielles d'une telle fiscalisation sur les relations économiques internationales. Les représentants de Solidaire Banque ont notamment évoqué la possibilité que les prestataires étrangers invoquent un risque de double imposition, dans la mesure où les revenus générés en République Démocratique du Congo pourraient déjà être soumis à l'impôt dans leur pays d'origine. Cette situation pourrait, selon eux, entraîner des tensions politiques ou économiques, voire conduire certains prestataires à suspendre leurs services sur le marché congolais. Une telle hypothèse met en lumière la nécessité d'articuler toute réforme fiscale dans ce domaine avec les engagements internationaux de la République Démocratique du Congo.

Les échanges réalisés avec les services de la Banque centrale ont également permis de confirmer l'importance de la dimension juridique dans la mise en place d'un dispositif de fiscalisation des services numériques. Selon les informations obtenues, la Banque centrale ne peut jouer un rôle spécifique dans ce domaine dans la mesure où ses missions sont strictement encadrées par la loi n°18/027 du 13 décembre 2018 portant organisation et fonctionnement de la Banque centrale. Dès lors, toute implication de cette institution dans la collecte ou le suivi de l'impôt sur les services numériques supposerait une réforme législative visant à élargir ses attributions.

L'analyse des données recueillies auprès de l'administration fiscale met également en évidence certaines limites structurelles dans le dispositif actuel de taxation des revenus perçus par les non-résidents. Les informations obtenues au Centre des Impôts indiquent qu'en l'état actuel de la législation congolaise, le principal mécanisme d'imposition applicable aux prestataires étrangers demeure celui de l'IBP au taux de 14 %. Toutefois, ce régime s'applique essentiellement dans les situations où le prestataire étranger se déplace physiquement en République Démocratique du Congo pour fournir ses services. En revanche, lorsque les prestations sont réalisées entièrement à distance, notamment par voie numérique, l'administration fiscale se trouve confrontée à un vide juridique qui limite sa capacité d'intervention.

À cette difficulté juridique s'ajoute également un problème d'identification des bénéficiaires des services numériques fournis par des prestataires étrangers. En l'absence de mécanismes de traçabilité efficaces, il devient difficile pour l'administration fiscale de déterminer les contribuables concernés et d'évaluer l'ampleur des flux financiers liés à ces services. Cette situation illustre les défis particuliers que pose l'économie numérique aux systèmes fiscaux traditionnels, lesquels reposent encore largement sur la présence physique du contribuable ou du prestataire sur le territoire national.

Enfin, l'analyse des informations recueillies auprès des institutions gouvernementales met en évidence l'absence, à ce stade, d'une stratégie publique clairement définie en matière de fiscalisation des services numériques. Bien que l'ordonnance n°22/003 du 7 janvier 2022 attribue au ministère du Numérique la responsabilité de concevoir et de mettre en oeuvre la politique du gouvernement dans ce secteur, les entretiens réalisés révèlent que ce ministère, relativement récent dans l'architecture institutionnelle congolaise, ne dispose pas encore d'une politique spécifique consacrée à la fiscalité du numérique. Cette situation a également été confirmée par les services du ministère des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, lesquels ont indiqué que des réflexions internes devraient être engagées afin d'envisager l'adoption éventuelle d'un arrêté interministériel susceptible d'apporter des précisions sur cette question.

Dans l'ensemble, l'analyse des discours recueillis met ainsi en évidence une convergence d'opinions autour de trois constats principaux. Premièrement, la fiscalisation des services numériques fournis par des non-résidents nécessite l'adoption d'un cadre juridique spécifique définissant les obligations des différents acteurs concernés, notamment les établissements bancaires et les institutions publiques. Deuxièmement, les infrastructures techniques permettant de suivre ou de capter une partie des flux financiers liés à ces services existent déjà en partie au sein du système bancaire, mais leur mobilisation demeure conditionnée par l'existence d'un fondement légal clair. Troisièmement, l'absence actuelle de coordination institutionnelle et de stratégie gouvernementale dans ce domaine constitue un obstacle majeur à la mise en place d'un dispositif efficace de taxation de l'économie numérique en République Démocratique du Congo

précédent sommaire suivant






Extinction Rebellion







Changeons ce systeme injuste, Soyez votre propre syndic



"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent"   Victor Hugo