B- L'ajustement du capital social à la
réalité financière de l'entreprise
Le capital social est une valeur abstraite64.
À la création de la société, cette valeur
représente la contrepartie des apports65 effectués par
les fondateurs. Ces apports constituent les premiers moyens matériels et
fmanciers nécessaires à l'exploitation. Les pertes comptables
viennent en diminution des capitaux propres qui figurent en négatif dans
le haut du bilan. Lorsque ces pertes ne peuvent pas être absorbées
par les réserves, elles viennent entamer la substance du capital social.
Les capitaux propres deviennent alors inférieurs au montant nominal du
capital social. Il en résulte une discordance entre le capital social
inscrit au bilan et la valeur réelle de l'actif social. Dans une telle
hypothèse, le capital social, bien que formellement intact dans les
statuts et inscrit au bilan, devient en fait « une peau de chagrin
» car il ne correspond plus à la
réalité66. La discordance entre la richesse
affichée et la richesse réelle donne une apparence trompeuse de
l'entreprise, or les créanciers contractent avec la
société sur la foi de son capital social. La présence de
pertes cumulées sur le bilan peut donc entraîner une perte de
confiance des tiers. En conséquence, il est fort probable que les
difficultés de l'entreprise s'enlisent. Certes, les pertes
révèlent des difficultés économiques, mais
l'attitude méfiante des créanciers peut précipiter des
difficultés financières. Il peut en résulter une rupture
des concours bancaires, des exigences de garantie supplémentaires et des
durcissements des conditions de paiement par les fournisseurs ainsi que des
poursuites individuelles, etc.
La réduction du capital social présente
l'avantage de prévenir une crise de confiance pouvant occasionner la
paralysie économique, l'aggravation des difficultés. Elle permet
de redonner une bonne santé financière apparente à la
société. Dans ce sens, si les difficultés se manifestent
par des pertes importantes que l'on ne peut raisonnablement espérer
récupérer, il
64 Sabine DANA-DÉMARET, Le capital social,
Th., Paris, LITEC, 1989, p. 15.
65 Les apports en capital à l'exclusion des
apports en industries.
66 Jacques AUSSEDAT et Antoine CHAMBAZ,
Technique des sociétés commerciales, Paris, Tome II,
LITEC, Droit, Collection de l'institut national de formation notariale, 1980,
p. 128.
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convient d'apurer les pertes par une réduction du
capital à due concurrence67. L'opération se traduit
par une mise en concordance du capital social avec la réalité
économique de la société68. En imputant les
pertes sur le capital social, la société ramène celui-ci
à son montant réel. Elle permet donc d'ajuster la valeur nominale
des titres à leur valeur réelle et a pour effet d'aligner le
capital sur la valeur réelle de l'actif socia169. Ce
lifting affecte seulement l'esthétique du bilan, grâce
à l'élimination des taches disgracieuses que constituent les
pertes. La société ne se trouve ni appauvrie, ni
enrichie70. En effet, si la réduction du capital social
abaisse les capitaux propres de la société d'un montant
équivalent, l'effacement, pour la même somme des pertes sociales,
neutralise cette variation par un mouvement inverse à la
hausse71. C'est ce que constatait la cour de cassation
française lorsqu'elle affirmait que l'imputation des pertes sur le
capital social porte « une nouvelle estimation
déterminée par des pertes et qui ramène le capital social
à son chiffre actuel »72. Il s'agit d'un jeu
d'écriture comptable permettant d'apurer les pertes et de saisir la
situation financière réelle de la société.
La réduction du capital social peut s'effectuer soit
par la réduction de la valeur nominale des titres, soit par la
réduction du nombre des titres73. Cette opération ne
peut avoir pour effet de ramener, ni le montant du capital social, ni la valeur
nominale des droits sociaux à des montants inférieurs aux minima
légaux sous peine de dissolution anticipée74. Cette
précision implique que si le montant du capital social est
déjà au minimum légal, l'entreprise ne peut
légalement procéder à une réduction du capital
social. Elle est donc plus adaptée pour les entreprises dont le montant
du capital social est élevé.
Tout compte fait, par l'apurement des pertes, la
réduction du capital social assure la survie juridique de l'entreprise
par l'effet de la régularisation d'une part ; et d'autre part, elle
prévient
67 Albert GREGOIRE, Manuel des
sociétés anonymes, 2e édition, Bruylant Bruxelles,
1973, p. 41.
68 Jacques AUSSEDAT et Antoine CHAMBAZ,
Technique des sociétés commerciales, Tome II, Collection
de l'institut national de formation notariale, LITEC, Droit, p. 136.
69 Michel GERMAIN, Véronique MAGNIER, Les
sociétés commerciales, 21' édition, LGDJ, 2014, p.
258.
7° Maurice COZIAN, Alain VIANDIER, Florence DEBOISSY,
Droit des sociétés, LITEC, 15e édition, 2022, p.
434.
71 Renaud MORTIER, Opérations sur capital
social, op.cit., p. 1105.
72 Cass. civ., 30 mai 1892 : DP 1894, 1, p. 105, note
E. Thaller.
73 Arts. 367 et 627 de l'AUSCGIE respectivement
pour la SARL et la SA. Il semble possible de cumuler les deux techniques.
74 Art. 368 de l'AUSCGIE.
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l'enlisement des difficultés par le
rétablissement de la situation financière apparente. En
conséquence, l'entreprise se trouve restaurée et peut repartir
sur des bases saines.
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