1.1.3.2. Le Sénégal et le Nigeria : des
trajectoires nuancées
Au Sénégal, la Direction générale
des impôts et des domaines (DGID) a engagé depuis 2013 une
transformation numérique progressive, avec l'introduction de
télédéclarations pour les grandes entreprises et
l'extension progressive au secteur des moyennes entreprises. Les études
de l'ATAF (2024) soulignent que si les grandes entreprises ont globalement bien
adopté les outils numériques, les moyennes entreprises font face
à des difficultés persistantes liées aux déficits
de compétences informatiques et à l'instabilité des
connexions Internet.
Au Nigeria, malgré des ressources plus importantes, la
digitalisation fiscale s'est heurtée à des obstacles structurels
considérables : fragmentation des systèmes entre les
différents niveaux de gouvernement (fédéral,
étatique, local), problèmes d'interopérabilité des
plateformes et résistances institutionnelles liées aux
intérêts établis dans le système fiscal
traditionnel.
1.1.3.3. L'expérience burkinabè dans son
contexte régional
Au Burkina Faso, l'introduction de la plateforme eSINTAX en
2018 a marqué une étape décisive dans la modernisation des
services fiscaux. Selon l'étude de l'ICTD (2024) portant sur l'adoption
des services électroniques par les Petites et Moyennes Entreprises (PME)
et les grandes entreprises, la digitalisation a significativement
augmenté la conformité fiscale, la transparence des
opérations et la perception de l'équité du système
parmi les contribuables du régime du Réel normal d'imposition.
La même étude identifie cependant des
défis persistants : des difficultés techniques liées
à la qualité des connexions Internet, un manque de formation de
certains utilisateurs, et une résistance au changement de la part d'une
minorité d'agents et de contribuables attachés aux pratiques
traditionnelles. Ces résultats sont corroborés par les travaux de
Blegne (2020) sur les déterminants de l'adoption des services financiers
digitaux au Burkina Faso, qui soulignent le rôle crucial de la confiance
institutionnelle et de la perception de la sécurité dans
l'adoption des outils numériques.
Les expériences du Maroc avec le système
"SIMPL", et du Ghana avec le "Ghana.gov portal" offrent également des
enseignements précieux : la généralisation des
téléprocédures s'accompagne invariablement de défis
techniques, organisationnels et humains, notamment pour les entreprises qui
disposent de ressources limitées pour s'adapter aux nouvelles exigences
numériques. Dans tous les cas, la formation, l'accompagnement et la
confiance dans la gouvernance des plateformes se révèlent des
facteurs critiques de succès.
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