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L’accompagnement humain comme outil de compensation du handicap dans le milieu scolaire ordinaire


par Léa Destaing
Université catholique de Lyon  - Master Droit privé, droits de l’enfant et des personnes vulnérables 2025
  

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PARTIE II - LE PRÉJUDICE LIÉ AU NON-RESPECT

DE L'OBLIGATION DE SCOLARISATION DES

ENFANTS EN SITUATION DE HANDICAP

48. Alors que le droit à l'éducation est sans conteste, un droit fondamental157, certains enfants s'en trouvent privés et leurs parents doivent se démener pour qu'il trouve à s'appliquer.

« Le plus dur dans nos vies, ce n'est pas le handicap de Sofia, c'est de devoir toujours se battre pour qu'elle ait les mêmes droits que les autres enfants, qu'elle ne souffre pas de discrimination »158. Ce cri du coeur est loin d'être un cas isolé. C'est ce qu'on appelle l'effet Louise159, expression inventée par la maman d'une petite fille atteinte de trisomie 21 pour exprimer que, le plus difficile à vivre n'est pas le handicap de son enfant, mais le système administratif qui transforme les vies en une montagne de photocopies et de certificats médicaux.

Pour la majorité des élèves, une seule démarche d'inscription de la part des parents suffit à les mener sur le chemin de l'école. Mais la route n'est pas la même pour tous. Lorsque l'enfant est en situation de handicap et a besoin d'un accompagnement humain, les familles sont confrontées à la lourdeur administrative et procédurière pour faire valoir leurs droits à la scolarisation (Titre I). Ce non-respect de l'obligation de scolarisation des enfants en situation de handicap constitue une faute imputable à l'État (Titre II), qu'il convient encore de faire reconnaître...

157 Article 28 de la CIDE.

158 F. Farina, Manque d'AESH : la scolarisation des enfants souffrant de handicap reste compliquée dans l'Allier, « La Montagne », sept. 2023.

159 C. Boudet, L'effet Louise, ed. Stock, 2020.

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TITRE I - LES VOIES D'ACTION POUR FAIRE
VALOIR SON DROIT À LA SCOLARISATION

49. Lorsque la maison départementale des personnes handicapées considère qu'un enfant doit bénéficier d'un accompagnement humain à son entrée à l'école, cette décision fait souvent l'effet d'un grand soulagement pour les parents qui abordent alors la rentrée scolaire sereinement. Toutefois, il arrive que l'enfant ne soit finalement pas accompagné faute d'AESH.

Dans cete hypothèse, plusieurs voies s'ouvrent aux parents déterminés à faire valoir le droit à la scolarisation et à la compensation du handicap de leur enfant. Les démarches amiables préalables (Chapitre I) ne suffisent pas toujours, dans quel cas, il sera possible de mettre en oeuvre les différents mécanismes de sauvegarde des droits fondamentaux (Chapitre II).

CHAPITRE I - Les démarches amiables préalables

50. En cas de non attribution ou d'absence prolongée de l'accompagnant des élèves en situation de handicap, la première étape est d'adresser une lettre de relance aux autorités compétentes (Section I), pour les alerter sur la situation et la nécessité de pouvoir l'accompagnement notifié. En cas d'échec, il sera possible de rédiger une mise en demeure des services de l'éducation nationale (Section II).

Section I - L'interpellation des autorités compétentes

51. L'interpellation des autorités compétentes permet aux parents d'élèves subissant l'absence d'accompagnement, de s'investir pleinement dans l'attribution des droits de leur enfant en tentant une résolution amiable du conflit. Ces démarches sont vectrices d'une reconnaissance de l'atteinte à un droit fondamental.

52. UNE TENTATIVE DE RÉSOLUTION AMIABLE MARQUÉE PAR L'ABSENCE D'INTERLOCUTEUR CLAIREMENT IDENTIFIÉ - Lorsque l'accompagnement humain

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notifié par la CDAPH n'est pas pourvu, ou si son temps d'intervention est inférieur à celui qui a été prévu, les parents disposent de recours. Il peuvent notamment interpeller les autorités compétentes pour leur demander de respecter la décision rendue, le risque étant de se confronter à une hiérarchie dans laquelle aucun acteur ne semble réellement compétent...

L'importance de distinguer le décisionnaire de l'exécuteur. Tout d'abord, il est important de rappeler que la maison départementale des personnes handicapées est seulement décisionnaire. Il ne lui appartient en aucun cas de mettre en oeuvre la décision d'attribution d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap, qui sont affectés par les services de l'Éducation nationale et plus précisément, les PIAL ou les PAS selon les départements.

Le recours auprès de la MDPH n'est pertinent que dans les cas où la demande d'accompagnement a été rejetée, ou pourvue en un nombre d'heures insuffisant. Dès lors qu'une décision favorable a été rendue, et en cas d'inexécution ou mauvaise exécution de cette dernière, c'est vers le service public qu'il faut se tourner.

Une multiplicité d'acteurs impliqués. En premier lieu, les familles pourront joindre l'enseignant référent qui a pour mission de veiller à la mise en oeuvre du PPS. À ce titre, il représente le lien entre la famille et l'administration et peut relayer les difficultés rencontrées dans l'application des décisions.

Les établissements scolaires faisant partie d'un pôle (pôle inclusif d'accompagnement localisé ou pôle d'appui à la scolarité), il est ensuite possible d'interroger le pilote et/ou le coordinateur du pôle. Ces derniers sont les interlocuteurs privilégiés en matière d'école inclusive puisque leur mission est de gérer les accompagnants d'élèves en situation de handicap sur le terrain. Tandis que l'un gère les affectations selon les besoins, l'autre évalue leur activité professionnelle. Ces deux acteurs sont ainsi à même d'informer la famille sur les motifs de non affectation d'un accompagnant malgré la décision rendue en ce sens. Comme nous avons pu l'évoquer, si le manque de moyens ne peut justifier le non-respect de la compensation du handicap, il l'explique très souvent.

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Concrètement, les pôles qui gèrent les AESH sont en mesure de renseigner la famille sur les délais d'attente pour l'attribution d'un accompagnant et éventuellement, de réorganiser les emplois du temps pour remédier, au moins en partie, aux absences mais à quel prix ?160.

Un numéro vert161 a été mis en place pour apporter des réponses aux familles en matière de scolarisation d'un enfant en situation de handicap. Cette cellule appelée « Aide handicap école » a aussi été déclinée dans les différents départements français pour plus de proximité dans les réponses apportées. L'objectif est d'une part d'informer les familles sur le fonctionnement de l'école inclusive et les dispositifs existants, et d'autre part d'apporter des réponses individualisées sur le dossier de leur enfant162. En cas d'absence d'AESH, ils pourront orienter les familles sur les démarches à suivre et les aider à identifier les interlocuteurs pertinents.

Si les accompagnants d'élèves en situation de handicap sont gérés par les PIAL/PAS, ils restent recrutés par les rectorats au niveau de l'académie ou par la direction des services départementaux de l'éducation nationale. Ces structures constituent le dernier échelon à mobiliser dans cette quête d'exécution de la décision rendue par la CDAPH.

En pratique, le Recteur est chargé du pilotage de l'ensemble de l'école inclusive dans son académie ; l'inspecteur d'académie ou le Directeur Académique des Services de l'Éducation Nationale (DASEN) met en oeuvre la politique nationale dans son département, dans le cadre défini par le recteur ; et les inspecteurs de l'Éducation nationale chargés de l'adaptation scolaire et de la scolarisation des élèves handicapés (IEN-ASH) veillent au bon déroulement et à la qualité de la scolarisation des enfants en situation de handicap. Ces trois interlocuteurs sont donc des acteurs clé du dispositif.

Pour les familles proactives, ces démarches constitueront davantage une preuve du dysfonctionnement du dispositif qu'un moyen efficace pour obtenir l'accompagnement prévu.

160 Cf. infra : 85.

161 Information école inclusive, 0 805 805 110, numéro vert.

162 Ministère de l'Éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, Aide handicap École : mieux accueillir les parents et l'élève et simplifier les démarches, avr. 2025.

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53. L'INTERPELLATION COMME VECTEUR DE RECONNAISSANCE D'UNE ATTEINTE AU DROIT À L'ÉDUCATION - La lettre adressée aux autorités académiques et souvent la première démarche conseillée par les associations car elle permet de matérialiser leur inaction. Pourtant, l'efficacité discutable de l'interpellation soulève la question de sa valeur juridique et de son utilité avant la mise en demeure.

La valeur juridique de l'interpellation. La lettre adressée aux autorités compétentes précédemment citées s'apparente à une simple lettre de relance, qui a pour objet de rappeler à l'administration ses obligations et sa responsabilité. Elle ne produit pas d'effets juridiques au sens du Code de justice administrative, dans la mesure où ce n'est ni un recours gracieux (recours exercé devant le même organe que celui qui a rendu une décision)163 ni un recours hiérarchique (recours exercé auprès du supérieur hiérarchique de l'auteur de la décision)164.

Son effet pratique reste limité à attirer l'attention de l'administration sur la situation et en ce sens, à peut-être accélérer le processus d'affectation d'un accompagnement humain. Il s'agit en outre, d'un outil qui ne produit aucun effet si ce n'est de faire pression sur les services académiques pour l'octroi d'une aide humaine.

Une démarche obligatoire avant la mise en demeure ? Aucun texte législatif ne fait état de la nécessité de saisir les autorités compétentes d'un manquement à leur obligation d'exécuter la décision CDAPH qui octroie un accompagnement humain. En revanche, cette démarche permet d'établir en cas de contentieux, que la famille a alerté l'administration a plusieurs reprises et que cette dernière ne pouvait ignorer la situation.

54. Ainsi, s'ils ne sont pas obligatoire, les courriers adressés aux autorités à des fins d'octroi de l'accompagnement humain notifié s'avèrent utiles pour démontrer leur inaction fautive et préparer le terrain à une éventuelle mise en demeure.

163 Service public, Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre), Recours gracieux, recours hiérarchique et recours administratif préalable obligatoire (Rapo), fév. 2025.

164 Ibid.

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Section II - La mise en demeure obligatoire des services de l'éducation nationale

55. Selon sa définition juridique, la mise en demeure est une « interpellation formelle faite au débiteur qui n'a pas exécuté son obligation à terme »165. Dans le droit commun, ce peut être la mise en demeure de régler une facture ou de livrer un produit acheté. En matière de scolarisation des élèves en situation de handicap, elle est utilisée pour sommer les services de l'Éducation nationale d'honorer leur obligation d'attribuer une aide humaine, laquelle est un droit-créance reconnu aux familles ; cette démarche formelle conditionne certaines procédures et constitue ainsi une étape préalable aux recours en justice.

56. METTRE EN DEMEURE L'ÉDUCATION NATIONALE POUR REVENDIQUER UN DROIT-CRÉANCE - Les droits-créances confèrent à l'individu « le droit d'exiger certaines prestations de la part de la société ou de l'État »166 selon le professeur Pelloux. Il s'agit d'une prestation positive que l'État doit mettre en oeuvre, sans quoi, le droit « demeure virtuel »167. Le droit à la scolarisation des élèves en situation de handicap en est un exemple, il s'agit pour les services de l'Éducation nationale, de mettre en oeuvre les moyens nécessaires pour la rendre possible et adaptée, notamment à travers l'accompagnement humain. En cas de défaillance, ce droit est exigible devant le juge et son manquement peut être sanctionné.

D'un droit théorique à un droit réel. Les textes nationaux et internationaux reconnaissent le droit pour les élèves en situation de handicap d'être scolarisés en milieu scolaire ordinaire et de bénéficier autant que nécessaire, de différentes aides. Le besoin en accompagnement humain est étudié par la maison départementale des personnes handicapées qui peut rendre une décision favorable en ce sens.

Dès lors qu'une notification de la MDPH a été indiquée, les autorités compétentes doivent rendre possible son application en assurant la mise en oeuvre des moyens humains nécessaires168 et en recrutant des AESH pour exercer des fonctions d'aide à l'inclusion scolaire de ces élèves169.

165 S. Braudo, Dictionnaire juridique, définition de « mise en demeure ».

166 R. Pelloux, Vrais et faux droits de l'homme, problèmes de définition et de classification, RD publ., 1981.

167 J. Rivero, Les libertés publiques t. 1, Les droits de l'homme, PUF, Thémis, 1995.

168 Article L. 112-1 du C. éduc.

169 Article L. 917-1 du C. éduc.

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La mise en demeure du service public de l'Éducation permet donc de revendiquer son droit à une scolarisation en milieu scolaire, et d'amorcer le passage d'un droit reconnu à un droit effectif.

Une étape préalable au recours en justice. En pratique, il y a trois issues possible à une mise en demeure adressée aux services de l'Éducation nationale : dans le meilleur des cas, un accompagnant d'élèves en situation de handicap est attribué ce qui met fin à la situation conflictuelle ; sinon, la DASEN peut exprimer un refus explicite d'appliquer la décision, ou ne pas donner suite à la mise en demeure ce qui après deux mois, équivaut à un refus implicite. Dans ces deux derniers cas, la décision est illégale et peut faire l'objet d'une double requête devant le juge administratif170.

Ainsi, la mise en demeure est une étape utile en ce qu'elle peut donner lieu à l'attribution de l'aide humaine sans passer par les procédures contentieuses ou, en étant le point de départ de procédures permettant de demander au juge d'enjoindre l'exécution de la décision et éventuellement une indemnisation des préjudices subis.

57. LE FORMALISME ENTOURANT LA MISE EN DEMEURE - Comme tout document juridique, la mise en demeure est entourée de règles strictes, tant sur le fond que sur la forme, mais de nombreuses ressources en ligne permettent désormais à chacun de rédiger cet acte.

Sur le fond et la forme. La mise en demeure est rédigée au nom des représentants légaux de l'enfant. Il s'agit de rappeler en bonne et due forme aux services de l'Éducation nationale que son enfant bénéficie d'une décision de la CDAPH pour l'attribution d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap pour sa scolarisation et que malgré cette décision, aucun AESH n'a été affecté.

Généralement, on retrouve dans ce type de mise en demeure, un rappel des textes de loi reconnaissant le principe du droit à l'éducation tels que le 1er protocole additionnel de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 ainsi que les articles L. 111-1 et L. 111-2 du Code de l'éducation.

170 Cf. infra : 74, 75, 76.

Enfin, vient le prononcé de la demande qui fait référence aux préconisations de la CDAPH : « nous sommes contraints de vous mettre en demeure d'exécuter la décision d'octroi d'un AESH pour une durée de (x) heures par semaine, notifiée le (date) »171.

La mise en demeure fait l'objet d'une lettre recommandée avec accusé de réception adressée à la Direction Académique des Services de l'Éducation nationale (DASEN). Ce courrier peut éventuellement être doublé d'un envoi par mail.

Une démocratisation de l'accès aux droits. Plusieurs associations comme Toupi, association d'information et de soutien pour l'inclusion des personnes porteuses de handicap cognitif mettent à disposition du public, des modèles de courrier de mise en demeure à adresser à l'inspection académique en cas d'absence de l'AESH172. Adaptables à la situation de chaque élève, ces ressources permettent à un plus grand nombre de parents de revendiquer les droits de leur enfant.

Les référents d'APF France handicap sont également compétents pour accompagner les familles dans la rédaction d'une mise en demeure. Plus qu'un accompagnement juridique, c'est un véritable soutien moral dans une situation où les parents doivent se battre pour faire respecter les droits de leurs enfants.

58. « La mise en demeure seule peut ne pas suffire et il faut donc être prêt à aller en justice »173. Après un délai de deux mois et si la mise en demeure est restée sans réponse ou a reçu un refus explicite, il sera possible d'enclencher différents mécanismes de protection des droits fondamentaux en saisissant le Défenseur des droits et/ou le juge administratif.

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171 APF France handicap, mise en demeure DASEN, document interne, service juridique.

172 Cf. annexe 2.

173 Toupi, Que faire en cas d'absence de l'AESH ?, août 2022.

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CHAPITRE II - Les mécanismes de protection des droits fondamentaux

59. Les droits fondamentaux sont les piliers de la démocratie, il s'agit des prérogatives protégées par les textes à valeur constitutionnelle et internationaux. Ces droits incombent aux personnes du simple fait de leur humanité, sans considération de leur handicap, et ne doivent en aucun cas être lésés. Or, la non attribution d'un accompagnant d'élèves en situation de handicap à un enfant à qui il en a été reconnu le besoin est constitutif d'une atteinte au droit de scolarisation et des mécanismes ont été prévus pour faire respecter ce droit. Il s'agit de la saisine du Défenseur des droits (Section I) et de la requête devant le juge des référés lorsque l'atteinte à ce droit est grave (Section II).

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La Quadrature du Net

Ligue des droits de l'homme