INTRODUCTION
1. PRÉSENTATION DU TRAVAIL EFFECTUÉ
- Cette année a été marquée par un stage
de six mois, réalisé de février à juillet au sein
d'APF France Handicap. Cette association reconnue d'utilité publique a
pour principal combat de défendre et promouvoir les droits des personnes
en situation de handicap.
Basée à l'antenne de Vienne, j'ai pu apprendre
aux côtés de Madame Sophie GONNET, cheffe de projet Handi-Droits.
Ce stage représentait pour moi l'opportunité de m'engager pour un
sujet qui me tient à coeur : l'inclusion des personnes en situation de
handicap (PSH).
J'ai principalement travaillé sur la mission
Handi-droits qui s'inscrit dans l'axe « rendre les droits effectifs
». Concrètement, il s'agit d'accompagner les PSH dans
l'accès aux droits en répondant à toutes les questions
juridiques en lien avec une situation de handicap, les plus fréquentes
étant relatives aux allocations et prestations de la Maison
Départementale des Personnes Handicapées (MDPH), à
l'accessibilité, à l'orientation. Pour ce faire, des
référents (niveau 1) et coordinateurs (niveau 2) sont
répartis sur tout le territoire français avec l'appui d'un
service juridique (niveau 3) à Paris, pour accueillir les PSH et/ou
leurs proches et les accompagner. Personnellement, j'ai été
affectée au « niveau 2 », c'est-à-dire que je devais
traiter les questions techniques dont la réponse nécessite une
recherche juridique approfondie et qui m'étaient remontées par
les référents territoriaux. Pendant six mois, j'ai donc eu
l'occasion d'étudier des situations réparties sur toute la
région Auvergne-Rhône-Alpes et d'y apporter des réponses ou
des conseils.
2. LE CHOIX DU SUJET - Si le thème de
la scolarité n'est pas parmi les trois plus fréquemment
rencontrés lors de mon stage, il n'en reste pas moins un sujet
important. En effet, l'inclusion scolaire « repose en premier lieu sur
un principe éthique : celui du droit pour tout enfant, quel qu'il soit,
à fréquenter l'école ordinaire »2,
cela représente 300 000 élèves en situation de handicap
scolarisés en milieu ordinaire en 2017 et 520 000 en 2025, soit une
augmentation de 73 %3.
2 E. Plaisance et al., La nouvelle revue de
l'adaptation et de la scolarisation, n°37, 1er trimestre 2007, p.
160.
3 Comité national de suivi de l'école inclusive
(CNSEI), Un engagement renouvelé pour une école pour
tous, fév. 2025.
9
En ce que l'école constitue l'un des premiers lieux de
socialisation des enfants, il est essentiel qu'elle soit inclusive : pour
affirmer aux enfants en situation de handicap qu'ils ont toute leur place dans
la société, et aussi pour offrir aux autres élèves
l'opportunité de développer de la tolérance et du
respect.
3. PRÉSENTATION DES SITUATIONS - Il
existe autant de parcours de scolarisation différents que
d'élèves. La compensation par l'attribution d'une aide humaine
concerne tout âge, tout niveau scolaire et tout handicap.
Chaque témoignage, chaque situation a
été choisi parce qu'ils reflètent les malfaçons du
dispositif d'accompagnement humain à l'école et me permettent
ainsi d'illustrer mes propos. Grâce aux dossiers d'Alicia,
Héloïse, Juliette et Marie4, on comprend que le
système est bancal et ne permet pas toujours, malgré ses
ambitions, de favoriser l'inclusion scolaire.
4. DÉLIMITATION DU SUJET - Ma
volonté étant d'aborder l'inclusion et conformément
à sa définition, certaines situations doivent de facto
être évincées de mon champ de réflexion. C'est
le cas des enfants qui, en raison d'un handicap lourd, sont suivis par des
services d'éducation spéciale et de soins à domicile
(SESSAD) ou des unités d'enseignement dans les établissements
médico-sociaux (IME, ITEP, IEM...). En effet, on ne peut parler
d'inclusion ici puisque l'accompagnement scolaire de ces enfants repose sur un
système spécialisé, hors du cadre classique. Je ne vais
pas non plus aborder la question des dispositifs Ulis (unités
localisées pour l'inclusion scolaire), où le temps d'inclusion
est restreint à quelques heures par semaine.
Ce travail s'intéressera aux enfants en situation de
handicap pour lesquels la MDPH a été saisie à des fins
d'accompagnement. Cela exclut les élèves
bénéficiant d'aménagements de scolarité mis en
place par l'établissement tel que le PAI5 ou le
PAP6, bien que leur situation puisse constituer ou être
assimilée à un handicap.
Enfin, la décision a été prise de limiter
ce sujet à l'accompagnement humain, parce qu'il est au coeur des
débats depuis quelques années.
4 Afin de garantir l'anonymat des personnes
concernées, les prénoms cités dans ce mémoire ont
été modifiés.
5 Le projet d'accueil individualisé concerne
les élèves atteints de troubles de la santé
évoluant sur une longue période avec ou sans reconnaissance du
handicap (Mon parcours handicap, PPRE, PAI, PAP, PPS : en quoi consistent
les différentes possibilités d'appui à la scolarisation ?,
août 2025)
6 Le plan d'accompagnement personnalisé
concerne les élèves qui connaissent des difficultés
scolaires durables ayant pour origine un ou plusieurs troubles des
apprentissages (Ibid.).
10
5. DÉFINITION DES NOTIONS IMPORTANTES
- Avant d'aller plus loin dans la réflexion, il convient de
définir certaines notions.
Le handicap. Selon les termes de la
loi du 11 février 20057, le handicap est défini comme
une « limitation d'activité ou restriction de participation
à la vie en société subie dans son environnement par une
personne en raison d'une altération substantielle, durable ou
définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles,
mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de
santé invalidant »8. Cette définition
inspirée de la classification internationale des handicaps, fonde son
approche sur l'interaction entre la personne et son environnement. Dans le
cadre scolaire, cette conception ouvre la voie à une obligation
d'adaptation du système éducatif afin de garantir
l'égalité des droits.
Le milieu scolaire ordinaire.
« La loi de 2005 accorde la priorité à la scolarisation
de l'enfant handicapé en milieu ordinaire, c'est-à-dire dans une
école ou un établissement scolaire du second degré, dans
une classe ordinaire »9. Il s'agit en fin de compte, du
système éducatif classique. En principe, les enfants
présentant un handicap doivent être inscrit dans leur
établissement de référence, soit l'école la plus
proche de leur domicile10. Pour que cela soit rendu possible,
l'établissement est censé s'adapter aux besoins des
élèves en situation de handicap, notamment par l'introduction de
mesures d'accessibilité et de compensation.
Accessibilité et
compensation. Ces deux notions clés ont été
dégagées par la loi de 200511 et dictent à
l'État et aux collectivités territoriales de se doter des moyens
et outils nécessaires pour faciliter la réussite de tous les
élèves dans leurs apprentissages.
La mise en place de mesures d'accessibilité vise
à l'accès à tout pour tous. Il s'agit à la fois du
bâti scolaire, en permettant aux élèves en situation de
handicap de circuler
7 Loi n° 2005-102 du 11 février 2005
pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la
citoyenneté des personnes handicapées.
8 Article L. 114 du CASF.
9 M. Quéré (dir), La
scolarisation des jeunes handicapés, Direction de
l'évaluation, de la prospective et de la performance, Note d'information
n°12.10, mai 2012.
10 Article L. 112-1 du C. éduc.
11 Loi n° 2005-102 du 11 février 2005
pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la
citoyenneté des personnes handicapées.
11
et accéder aux locaux en toute autonomie ; et de la
pédagogie grâce à une adaptation de l'enseignement
dispensé.
Le droit à la compensation lui, est
individualisé puisqu'il dépend des conséquences du
handicap de chacun. Il s'agit en outre, d'instaurer des mesures permettant de
rétablir l'égalité des droits et des chances.
L'accompagnement humain. La
compensation peut notamment passer par l'attribution d'une aide humaine. Dans
le contexte scolaire, cette mission est remplie par les accompagnants des
élèves en situation de handicap (AESH) qui sont chargés de
favoriser l'autonomie des élèves dans la vie quotidienne, la vie
sociale et relationnelle et les activités d'apprentissage.
6. INTÉRÊT DU SUJET -
L'émergence d'un cadre législatif en faveur d'un réel
droit à l'éducation pour les ESH a été
impulsé par la déclaration de Salamanque, adoptée en 1994,
lors d'une conférence mondiale sur l'éducation et les besoins
éducatifs spéciaux. Organisée par l'UNESCO, c'est plus de
300 participants et 92 gouvernements qui se sont réunis pour aborder et
faire avancer cette question de l'éducation pour tous. Les membres de la
conférence ont souligné la nécessité, au niveau
international, d'avoir des écoles ouvertes à tous et
répondant aux besoins de tous12.
En France, la visée d'une école pour tous est
consacrée par la loi du 11 février 2005 qui affirme le droit pour
chacun à un parcours scolaire continu et adapté et crée
les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH),
guichets uniques d'accès aux droits et prestations pour les PSH.
De l'intégration à l'inclusion.
Alors que la loi du 30 juin 1975 d'orientation en faveur des
personnes handicapées13 prévoyait de soumettre les
enfants à besoins spécifiques à l'obligation
éducative, soit en recevant une éducation ordinaire, soit une
éducation spéciale en fonction de ces besoins, le principe est
aujourd'hui la scolarisation des élèves en situation de handicap
dans le milieu scolaire ordinaire.
12 Préface de la Déclaration de
Salamanque, 1994.
13 Loi n° 75-534 du 30 juin 1975 d'orientation
en faveur des personnes handicapées, Abrogée par Ordonnance
n°2000-1249 du 21 décembre 2000 - art. 4 (V) et par Loi
n°2005-102 du 11 février 2005 - art. 89 (V) JORF 12 février
2005.
12
On assiste à ce changement de paradigme avec la loi du
8 juillet 201314 qui consacre pour la première fois le
principe d'inclusion scolaire, marquant une rupture avec le terme «
intégration» jusque là utilisé. Selon le professeur
Philippe Tremblay : « L'inclusion ne se limite pas à la simple
présence physique d'un élève à besoins
spécifiques en enseignement ordinaire, mais concerne également et
surtout les mesures que l'école ordinaire met en place pour favoriser
l'apprentissage et la socialisation de cet élève.
»15. Un accompagnement humain peut ainsi être mis en
place, dès lors qu'il est reconnu qu'un handicap a besoin d'être
compensé.
La reconnaissance de la situation de handicap par
la MDPH. C'est à l'État qu'incombe la
responsabilité « de prendre l'ensemble des mesures et de mettre
en oeuvre les moyens nécessaires pour que ce droit et cette obligation
aient, pour les enfants en situation de handicap, un caractère effectif.
»16. Mais la mise en oeuvre de la politique d'inclusion
scolaire des élèves en situation de handicap repose
également sur un deuxième acteur : les maisons
départementales des personnes handicapées (MDPH). En effet,
« L'accès aux ressources matérielles et humaines
d'accompagnement est conditionné à la reconnaissance de la
situation du handicap par la MDPH »17.
En pratique, il appartient aux représentants
légaux de l'élève mineur de faire une demande d'AESH
auprès de la MDPH de leur lieu de résidence. Il s'agit de leur
transmettre le formulaire générique18 de demande de
prestation Handicap (Cerfa n° 15692*01) et ses pièces
justificatives, ainsi qu'un guide d'évaluation des besoins de
compensation en matière de scolarisation (GEVA-sco), document
élaboré sur la demande des parents ou de l'équipe
pédagogique, lors d'une réunion d'équipe éducative
organisée bien en amont de la rentrée scolaire, pour permettre
l'attribution d'une aide en temps et en heure.
La décision d'affectation d'une aide
humaine. Les informations présentes dans le dossier de
demande d'attribution d'une aide humaine sont essentielles
14 Loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013
d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la
République.
15 P. Tremblay, Inclusion scolaire : dispositifs
et pratiques pédagogiques, De Boeck, 2012.
16 CE, 8 avril 2009, n° 311434.
17 Cour des comptes, L'inclusion scolaire des
élèves en situation de handicap, Rapport public
thématique, évaluation de politique publique, sept. 2024, p.
41.
18 Cf. Annexe 1.
13
puisqu'elles servent de fondement à l'équipe
pluridisciplinaire de la MDPH pour comprendre les besoins de l'enfant et
élaborer un plan personnalisé de compensation du handicap (PPC).
Ce plan présente notamment un volet qui définit et coordonne les
modalités de déroulement de la scolarisation et les actions
répondant aux besoins particuliers des ESH19, il s'agit du
projet personnalisé de scolarisation (PPS). La commission des droits et
de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) va ensuite se prononcer
sur l'orientation la plus adaptée pour l'élève en
situation de handicap, au vu de ce fameux PPS et des éventuelles
observations émises par la famille20. Elle peut à ce
stade et pour ce qui nous intéresse, orienter l'élève en
milieu scolaire ordinaire et se prononcer sur l'attribution d'une aide humaine
conformément aux dispositions de l'article L. 351-3 du Code de
l'éducation.
7. PROBLÉMATIQUES - La question de
l'accompagnement humain des élèves en situation de handicap
suscite de nombreux débats. Bien qu'il soit admis comme l'un des leviers
majeurs de la compensation du handicap, sa mise en oeuvre reste largement
perfectible. À chaque rentrée scolaire, des difficultés
rencontrées par les élèves pour obtenir l'aide humaine
pourtant notifiée par la MDPH sont relayées et posent la question
de l'application de ce droit et des moyens existants pour le faire valoir.
Quels sont les obstacles à la mise en oeuvre d'une compensation du
handicap effective par l'accompagnement humain ? et, de quels moyens de recours
disposent les familles face à l'ineffectivité de ce droit ?
8. ANNONCE DE PLAN - L'enjeu de la
scolarisation des élèves en situation de handicap est grand :
respecter un droit fondamental et garantir l'accès à
l'éducation pour tous, dans des conditions qui permettent une
réelle égalité des chances. Pourtant malgré des
droits proclamés, de nombreux obstacles peuvent compromettre la mise en
oeuvre de cette obligation (Partie I) et faire naître des
préjudices pour l'enfant en situation de handicap et sa famille (Partie
II).
19 Article D. 351-5 du C. éduc.
20 Article D. 351-7 du C. éduc.
14
PARTIE I - LA DIFFICILE MISE EN OEUVRE DE
L'OBLIGATION DE SCOLARISATION DES ENFANTS EN SITUATION DE HANDICAP
9. Pour mettre en oeuvre l'obligation de
scolarisation des enfants en situation de handicap, l'État compte sur le
deuxième métier de l'éducation nationale : les AESH. Cette
fonction en plein essor (avec une hausse des effectifs recensés en
équivalent temps plein, de 90% entre 2013 et 2023)21, vise
à l'accompagnement des élèves en situation de handicap
dans leur apprentissage scolaire.
Malgré le recrutement massif de ces acteurs de
l'éducation inclusive, le constat reste le même : les besoins
d'accompagnement ne sont pas satisfaits pour de nombreux élèves
en situation de handicap, force est de constater que le dispositif
d'accompagnement humain est doté de moyens insuffisants (Titre I).
À ces limites matérielles s'ajoutent de nombreuses
défaillances dans la mise en oeuvre des décisions rendues par la
MDPH (Titre II). Malheureusement, le fait pour un enfant en situation de
handicap de se voir notifier un accompagnement humain ne garantit pas la
présence effective d'un AESH à ses côtés tout au
long de l'année scolaire.
21 Cour des comptes, L'inclusion scolaire des
élèves en situation de handicap, Rapport public
thématique, évaluation de politique publique, sept. 2024, p.
43.
15
TITRE I - LES MOYENS INSUFFISANTS DU DISPOSITIF
D'ACCOMPAGNEMENT HUMAIN
10. L'obligation de scolarisation des enfants en situation de
handicap n'est pas, malgré la reconnaissance des besoins, toujours
respectée. L'analyse des insuffisances du dispositif d'accompagnement
humain permet de mettre en lumière, l'écart persistant entre les
prévisions d'aide humaine et les besoins effectifs des
élèves (Chapitre I) ainsi que l'effet des contraintes
budgétaires sur la qualité de cet accompagnement (Chapitre
II).
CHAPITRE I - L'inadéquation entre
l'accompagnement humain et le besoin des élèves
11. Parfois, les chiffres parlent plus que des mots. À
la date du 31 mai 2020, l'Assemblée nationale a recensé 231 244
élèves bénéficiant d'une prescription d'aide
humaine individuelle ou mutualisée contre 214 616 élèves
accompagnés, soit un taux de couverture de 92,8%22.
Cet écart entre les besoins des élèves
et les moyens d'aide disponibles se creuse encore, en raison d'une
reconnaissance accrue des besoins et des notifications en ce sens (Section I)
mais aussi d'une pénurie qui touche le métier d'accompagnant
d'élèves en situation de handicap (Section II).
Section I - L'attribution croissante d'aide
humaine
12. La compensation du handicap par l'attribution d'une aide
humaine à l'école est de plus en plus revendiquée par les
parents d'élèves présentant des besoins spécifiques
en réponse au manque de mesures effectives quant à
l'accessibilité.
22 Assemblée nationale, Prescriptions
des MDPH pour la scolarisation des élèves en situation de
handicap, Question écrite n° 24249, 15e Législature,
Publication de la réponse au Journal Officiel du 1er décembre
2020, page 8696.
16
13. LA SACRALISATION DE L'AIDE HUMAINE - Les
politiques publiques récentes ont contribué à faire de
l'accompagnement humain, un levier central de l'inclusion scolaire. De ce fait,
et parce qu'il constitue l'un des rares droits pour lequel les familles
disposent de moyens juridiques concrets pour en revendiquer
l'effectivité, on constate une large hausse de demandes en ce sens.
Des politiques d'inclusion en faveur d'un
accompagnement humain. « Actuellement, on compte une
AESH pour environ 3,6 enfants en situation de handicap alors que le nombre
d'élèves en situation de handicap scolarisés [...]
ne cesse d'augmenter »23. De manière
générale, l'entrée en vigueur de la loi du 11
février 200524 a largement contribué à une
hausse de la scolarisation des élèves en situation de handicap
dans le milieu scolaire ordinaire. Ce principe n'aurait pas pu s'appliquer sans
la mise en place de certaines modalités, permettant à ces enfants
de s'adapter au mieux, au système éducatif, malgré leurs
besoins spécifiques.
Cette même loi, a élargi le champ de
bénéficiaires de l'aide humaine en posant une première
définition juridique du handicap, assez large pour couvrir un large
panorama de situations. Il est ainsi reconnu que le handicap peut
découler d'une « altération substantielle, durable ou
définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles,
mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de
santé invalidant »25, certains troubles jusqu'alors
méconnus se sont ainsi retrouvés dans cette définition. Je
pense notamment aux troubles des apprentissages (dyspraxie, dyslexie,
dysphasie, dyscalculie...), aux troubles de déficit de l'attention ou
encore aux enfants à haut potentiel intellectuel. Une prise en compte
accrue des besoins des élèves permet une reconnaissance du
handicap et un meilleur accompagnement pour un certain nombre d'entre eux.
Ces différents facteurs ont contribué à
une augmentation des prescriptions d'aides humaines par la MDPH. Pour preuve,
c'est 358 000 droits qui ont été ouverts au 31 décembre
202326, soit 8,2% de plus par rapport à l'année
précédente.
23Sénat, Reconnaissance du rôle
fondamental des accompagnants d'élèves en situation de
handicap, Question écrite n° 05070 - 17e législature,
Publiée dans le JO Sénat du 12 juin 2025, p. 3276.
24 Loi n° 2005-102 du 11 février 2005
pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la
citoyenneté des personnes handicapées.
25 Article 2, Ibid.
26 CNSA, Enquête des échanges annuels
sur l'activité des MDPH, 2023.
17
Les politiques publiques ont largement contribué
à faire des AESH, un pilier central de la scolarisation inclusive. Entre
revalorisation du métier27 et mise en place de dispositifs de
gestion28, le rôle des accompagnants a connu visibilité
et légitimité auprès des familles.
Aussi, il est important de souligner que la CDAPH se prononce
sur les besoins de compensation du handicap sans tenir compte des moyens
disponibles pour y répondre. Proportionnellement à la hausse des
demandes formulées par les familles, cette approche conduit
indéniablement à augmenter les prescriptions d'aide humaine.
Un droit individuel opposable. La
sacralisation de l'aide humaine s'explique par le fait que « la
demande d'AESH est à peu près la seule chose que les familles
peuvent exiger et pour laquelle, en cas de refus de la CDAPH, elles peuvent
engager des voies de recours »29.
L'attribution d'une aide humaine se fait sur étude de
la demande MDPH. Dans ce dossier, les parents peuvent faire apparaître
les besoins de compensation liés au handicap de leur enfant dans la vie
scolaire. Le besoin d'aide correspond à « une aide humaine
directe ou au besoin d'être stimulé, guidé, incité
verbalement »30, que ce soit dans les domaines de
l'apprentissage, de la communication, de l'entretien personnel ou du
déplacement.
Si le formulaire de demande MDPH est en principe accessible
à tous (sur simple retrait au guichet d'une maison départementale
des personnes handicapées ou plus récemment, en ligne), son
remplissage représente un fardeau administratif pour beaucoup.
Malgré les vaines réformes de simplification, la question se pose
de savoir si ce formulaire de vingt pages ne constitue pas, de par sa
complexité, une entrave à l'accès au droit à la
scolarisation de certains enfants. J'ai pu le constater durant mon stage,
remplir un dossier MDPH constitue pour certains une source de stress et de
découragement. Cet obstacle a été entendu lors du Tour de
France des solutions organisé par Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre
déléguée chargée de
27 Cf. infra : 17,
18.
28 Cf. infra : 44, 45,
46.
29 C. Gallet (dir.), J. Puig (dir.), L'aide
humaine à l'École. Le livre des AESH, INSEI, Suresnes, 2020,
p. 13-34.
30 Cerfa n° 15692*01.
18
l'Autonomie et du Handicap : « Il y a de quoi se
sentir démuni en le consultant, le dossier est trop dense, trop fourni
»31.
Le formulaire de demande à la MDPH offre aux parents,
la possibilité d'exprimer plusieurs attentes en matière de vie
scolaire : outre l'aide humaine, il s'agit d'aide matérielle,
d'adaptation de la scolarité ou d'une orientation scolaire (on entend
par là, une éducation prise en charge par un
établissement).
L'aide matérielle peut être un mobilier
adapté (plan incliné, table à langer...) ou
matériel informatique spécifique (ordinateur portable, tablette,
clavier braille...). Ce matériel doit être mis en place par les
collectivités territoriales et l'Éducation nationale
(respectivement), il est prêté à l'enfant pour une
période donnée et doit être restitué. Au niveau du
financement, chaque rectorat reçoit une dotation de l'État qui
est ensuite répartie au sein des inspections académiques. Quand
on sait que ces matériaux peuvent avoir un coût
élevé, cela pose la question des moyens alloués à
cette cause et du délai nécessaire pour se les procurer.
En matière d'adaptation à la scolarité,
il peut s'agir d'une majoration d'un tiers de temps pour les examens, la
possibilité de sortir de classe pour faire une pause, un emploi du temps
aménagé ou la dispense de certaines matières.
Généralement, ces modalités sont plus faciles à
mettre en place car elles ne dépendent que de l'organisation et de la
compréhension de l'équipe éducative. Toutefois, cette
première réponse présente des limites face à
certains types de handicaps, qui ne peuvent être suffisamment
compensés par de simples adaptations pédagogiques.
En l'absence d'efficacité de ces autres dispositifs, il
est logique que l'attribution d'une AESH soit considérée comme le
seul moyen pour les parents, de favoriser l'inclusion scolaire de leur enfant
en situation de handicap.
De plus, l'augmentation des notifications d'aide humaine
s'explique par l'apparition d'un contentieux administratif visant à
sanctionner les manquements de l'État dans la mise en oeuvre de la
scolarisation inclusive. En effet, la jurisprudence constante rappelle le
caractère contraignant des notifications émanant de la MDPH. Si
l'accompagnement humain prévu n'est pas effectif, les justiciables
savent qu'ils
31 Ministère chargé de l'autonomie et
du handicap, Restitution du tour de France des solutions, Dossier de
presse, juil. 2025, p. 17.
19
ont la possibilité de saisir le juge administratif afin
de faire pression sur les autorités compétentes.
« L'accompagnement humain apparaît aujourd'hui
comme le principal levier mobilisé dans le cadre de la politique
inclusive »32, invisibilisant des dispositifs
d'accessibilité qui, une fois mis en place, pourraient suffir à
surmonter les difficultés rencontrées par les
élèves en situation de handicap dans leur vie scolaire.
14. LA COMPENSATION POUR PALLIER LE MANQUE
D'ACCESSIBILITÉ - La construction d'une école
réellement inclusive repose sur deux piliers : l'accessibilité et
la compensation. Selon B.Égron, inspecteur de l'Éducation
nationale honoraire chargé de l'adaptation scolaire et de la
scolarisation des élèves handicapés,
l'accessibilité vise à l'éducation de tous et peut passer
par différentes adaptations, tandis que la compensation est
destinée à une personne en particulier, pour lui permettre de
faire face aux conséquences de son trouble dans la vie
quotidienne33.
Contrairement à l'adage specialia generalibus
derogant, selon lequel ce qui est spécial déroge à ce
qui est général, je tends à penser que dans le champ de
l'école inclusive, l'approche inverse devrait prévaloir.
Avant de recourir à des mesures de compensation
individuelle comme l'aide humaine, il conviendrait de repenser en profondeur le
cadre général de la scolarisation. Au-delà de
l'accessibilité des locaux, une réflexion de réforme de la
pédagogie avec une formation systématique des professionnels aux
besoins spécifiques des élèves en situation de handicap et
une adaptation des méthodes d'enseignement serait bienvenue.
Lors de mes recherches, j'ai fait le constat d'une
jurisprudence dominée par la question de l'accompagnement humain. Les
questions d'accessibilité sont totalement absentes des décisions
relatives au droit à la scolarisation alors même que «
L'accessibilité n'est pas une option mais un droit, la condition
sine qua non à l'exercice des autres droits »34.
Murielle Mauguin, directrice de l'Institut national supérieur pour
l'école inclusive souligne bien cette corrélation entre le
manque
32 Cour des comptes, L'inclusion scolaire des
élèves en situation de handicap, Rapport public
thématique, évaluation de politique publique, sept. 2024, p.
120.
33 B. Égron, Inclusion : faut-il
privilégier la compensation ou l'accessibilité ?
[Vidéo], Canotech, sept. 2022.
34 APF France handicap.
20
d'accessibilité et la demande croissante de
compensation : « Comment déplacer le curseur de la compensation
à l'accessibilité quand la première peut être
sanctionnée, alors que la seconde reste largement au bon vouloir des
acteurs. Il n'est pas envisageable de demander à des familles de
renoncer à des droits acquis et de ne faire confiance qu'aux
progrès promis d'une école plus inclusive
»35. Le ministère de l'Éducation nationale
lui même considère l'aide humaine comme « une solution
courante palliant la carence de déploiement d'autres dispositifs
d'accessibilité pédagogique »36.
Au regard de ces considérations, comment penser le
rôle de l'accompagnant des élèves en situation de handicap
dans le modèle scolaire français ?
15. Lors de la conférence National du Handicap
organisée en février 2020, le président de la
République Emmanuel Macron a souligné « un effort
extrêmement important, sans équivalent sur une période de
temps aussi courte »37 en ce qui concerne le recrutement
d'accompagnants des élèves en situation de handicap. Quelques
années plus tard, en 2024, le ministère de l'Éducation
Nationale à annoncé un recrutement massif d'AESH, pour «
une scolarité réussie [...] et afin que chaque enfant
qui en a besoin dispose de l'accompagnement nécessaire
»38.
Pourtant, malgré leurs bonnes volontés, les
ambitions des politiques se heurtent à une réalité
préoccupante : la pénurie chronique d'accompagnants des
élèves en situation de handicap.
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