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L’accompagnement humain comme outil de compensation du handicap dans le milieu scolaire ordinaire


par Léa Destaing
Université catholique de Lyon  - Master Droit privé, droits de l’enfant et des personnes vulnérables 2025
  

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TITRE II - LES DÉFAILLANCES DANS L'EXÉCUTION

DES DÉCISIONS DE LA MDPH

29. Dans les faits, de nombreuses défaillances viennent compromettre l'obligation de scolarisation des enfants en situation de handicap. C'est le cas de certaines pratiques administratives contraires à l'esprit de l'école inclusive (Chapitre I) et des difficultés de coordination mettant en tension les acteurs clés du dispositif d'aide humaine (Chapitre II).

CHAPITRE I - Des pratiques contraires à l'objectif de scolarisation inclusive

30. Entre délais excessifs de mise en oeuvre des accompagnements notifiés (Section I) et ruptures de prise en charge en cas d'absence de l'AESH (Section II), certaines pratiques qui empêchent l'effectivité de la scolarisation inclusive peuvent être pointées du doigt.

Section I - Les délais de mise en oeuvre des accompagnements

31. La durée moyenne de traitement, par la maison départementale des personnes handicapées, des décisions rendues concernant les enfants en situation de handicap est de 4,2 mois109. Pourtant, la délivrance d'une notification en faveur d'un accompagnement humain ne signifie pas qu'une attribution sera faite. Face à ces longs délais de mise en oeuvre, les élèves en situation de handicap sont parfois forcés de suivre une scolarisation sans AESH malgré leurs besoins.

32. QUAND NOTIFICATION NE RIME PAS AVEC ATTRIBUTION - « De nombreux élèves sont confrontés à des délais importants pour bénéficier d'un AESH malgré la notification de la MDPH le prévoyant. Cela les pénalise dans leur parcours scolaire

109 Ibid., p.37.

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déjà fragilisé »110. À cause des contraintes de recrutement, du manque d'anticipation ou encore de la complexité des procédures administratives, des délais de carence importants ainsi que des refus d'honorer les notifications intervenues en cours d'année scolaire sont à déplorer. Or, le retard dans la mise en oeuvre effective d'un accompagnement humain a des conséquences directes et préjudiciables pour les élèves qui se retrouvent privés de l'aide indispensable à leur scolarisation.

Des délais de carence importants. Dans les textes, aucun délai légal n'a été défini pour l'attribution effective d'un accompagnant des élèves en situation de handicap après la notification de la décision de la MDPH. Cependant, les familles peuvent faire valoir leurs droits en cas de retard significatif dans la mise en oeuvre de cet accompagnement. Dès lors, que faut-il entendre par « retard significatif » ?

Il s'agit en réalité d'une notion floue qu'il convient d'apprécier au cas par cas. Le juge administratif, compétent pour connaître de l'inexécution (absence d'AESH) des notifications, va d'abord s'intéresser aux conditions d'urgence de la situation et de nécessité de la mesure. Il apparaît que le temps qui s'est écoulé depuis la décision d'attribution d'une aide humaine semble moins important que les conséquences du non-respect de cette décision.

En pratique, on observe que les procédures de recrutement et de mise à disposition de l'accompagnement humain pâtissent de délais souvent longs, ce qui constitue une source de difficulté pour les familles.

Marie est en moyenne section et a droit à une aide humaine mutualisée pour quelques heures hebdomadaires. Malgré une notification adressée en décembre et 3 élèves en attente dans l'établissement, le PIAL leur a indiqué n'avoir aucun recrutement en cours. Ses parents nous contactent en juin, nous leur conseillons de rédiger un courrier au recteur de l'académie dont dépend Marie afin de lui faire part de cette situation et de rappeler les obligations légales qui sont les siennes en matière d'inclusion en milieu ordinaire.

110 Commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport, L'essentiel sur la Proposition de loi visant à renforcer le parcours inclusif des enfants à besoins éducatifs particuliers, juil. 2025.

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Aussi, parmi les élèves bénéficiant d'une notification d'aide humaine, 21% étaient en attente d'accompagnement dans l'académie de Créteil contre seulement 1,4% dans l'académie de Corse au 30 avril 2023111. L'absence de traitement harmonisé sur l'ensemble du territoire français crée de fait une rupture d'égalité des élèves en situation de handicap devant le service public de l'éducation.

Pour éradiquer ces problèmes, une Proposition de loi visant à renforcer le parcours inclusif des enfants à besoins éducatifs particuliers a subi une navette parlementaire et a été étudiée par une commission mixte paritaire qui n'est pas parvenue à un accord. L'Assemblée nationale a été saisie pour une nouvelle lecture. En l'état actuel, le texte prévoit que l'affectation d'un accompagnement humain intervient au plus tard le premier jour des vacances scolaires suivant la décision ou quinze jours avant le début de l'année scolaire qui suit lorsque la demande est formulée dix semaines avant la fin de l'année scolaire en cours112.

L'introduction de ces délais somme toute assez larges, met en exergue les difficultés de recrutement et d'attribution rapide des accompagnants. Concrètement, cela signifie qu'un élève qui se voit notifier une aide humaine en mai, devra attendre septembre pour en bénéficier en pratique. Toutefois, la commission de la culture, de l'éducation, de la communication et du sport s'interroge sur la faisabilité du respect de ce délai. On peut aussi se demander si l'introduction de ce délai sera assortie d'une quelconque sanction en cas de non-respect, sinon de sa pertinence.

Le refus d'honorer une notification intervenue en cours d'année scolaire. Aussi, il ressort de l'instruction des situations soumises au Défenseur des droits que certaines académies « refusent d'honorer une notification intervenue en cours d'année scolaire au motif que le budget alloué aux AESH étant calculé en début d'année scolaire, elles ne disposent pas des moyens nécessaires pour procéder au recrutement »113. Saisie d'une absence d'affectation d'un AESH pour un enfant scolarisé en maternelle, Claire Hédon conclut en 2022114, que la non-affectation d'une aide humaine pendant l'année scolaire constitue un

111 Répartition des élèves ayant une notification d'accompagnement entre ceux en disposant et ceux en attente au 30 avril 2023 (en nombre et en %), Cour des comptes d'après l'enquête de la DGESCO.

112 Article 1er ter de la Proposition de loi visant à renforcer le parcours inclusif des enfants à besoins éducatifs spécifiques, Texte n° 150 (2024-2025) modifié par le Sénat le 19 juin 2025.

113 Défenseur des droits, L'accompagnement humain des élèves en situation de handicap, Rapport 2022, p. 18.

114 Décision du Défenseur des droits n° 2022-122, 30 juin 2022.

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manquement à l'obligation de scolarisation effective des élèves en situation de handicap, une discrimination dans l'accès à l'éducation fondée sur le handicap et porte atteinte au droit fondamental à l'éducation. Pour éviter ce genre de pratique, elle recommande d' inscrire au budget de chaque année scolaire, une « enveloppe prévisionnelle permettant de prendre en compte les notifications d'accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH) intervenant en cours d'année »115.

Si le refus d'affecter une AESH lorsque la notification intervient en cours d'année scolaire est illégal car contraire au droit à la scolarisation pour tous, cette déviance est tout à fait assumée par certaines unions syndicales telles que SE-UNSA 90 qui expose : « Il est convenu que si une notification d'accompagnement AESH intervient en cours d'année, avant les vacances de février, elle a un effet immédiat »116. Subtilement, cela suppose que les notifications rendues après février ne seront pas honorées et que certains élèves passeront un tiers de l'année sans aide humaine malgré une reconnaissance de leurs besoins.

Même si les décisions rendues par les MDPH en faveur d'un accompagnement sont soumises à une saisonnalité, avec une grande concentration sur les mois de juin et juillet117, de nombreuses attributions restent notifiées en cours d'année. Le refus d'honorer ces notifications est très problématique puisque cela oblige les élèves à être scolarisés sans l'accompagnement dont ils ont besoin, et peut même conduire à des situations de déscolarisation.

33. UNE SCOLARISATION SANS AESH MALGRÉ LES BESOINS - Puisque l'instruction revêt un caractère obligatoire et que la présence d'un AESH ne peut être une condition à l'accueil d'un enfant en situation de handicap, les élèves doivent se rendre à l'école même en l'absence de leur accompagnant. Pourtant, cette conjoncture peut compromettre leur intérêt supérieur en les mettant en difficulté ou en les plaçant dans une situation de déscolarisation.

115 Ibid.

116 SE-UNSA 90, Groupe de travail sur la scolarisation des élèves en situation de handicap, janv. 2025.

117 Cour des comptes, L'inclusion scolaire des élèves en situation de handicap, Rapport public thématique, évaluation de politique publique, sept. 2024, p. 36.

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Le caractère obligatoire de l'instruction. Conformément au principe d'obligation scolaire118, chaque enfant âgé de trois à seize ans doit pouvoir être accueilli dans une école. Dès lors, il n'est pas possible pour un établissement, sauf circonstance exceptionnelle, de refuser d'accueillir un élève en situation de handicap au motif que son AESH est absente. Ce principe a été consacré dans plusieurs textes au fil des années puis dernièrement en 2017 : « La présence d'un personnel chargé de l'accompagnement n'est ni un préalable ni une condition à la scolarisation de l'élève »119.

C'est effectivement ce que l'Éducation nationale va rappeler à Juliette, dix-sept ans, qui souffre d'un handicap qui l'empêche de suivre une scolarité à temps plein et qui nécessite aussi un accompagnement soutenu et continu. La CDAPH lui avait attribué en septembre 2023, une aide humaine individuelle sur tout son temps de scolarisation, soit quatre matinées par semaine. Pourtant, à défaut d'une AESH disponible sur ces créneaux, Juliette ne peut se rendre au collège qu'une fois dans la semaine, pour une durée de trois heures. Ses parents ont adressé un courrier à la coordinatrice AESH des services départementaux de l'Éducation nationale pour lui faire part de cette situation et lui demander de bien vouloir mettre en place les moyens humains nécessaires prévus par le PPS. Il leur a été répondu que « La présence de l'AESH n'est pas une condition de la scolarisation, Juliette peut être accueillie en classe même en l'absence de l'AESH, à moins qu'une disposition différente n'ait été prévue dans son PPS ».

Pourtant au vu du handicap de Juliette et des difficultés qui en découlent, l'aide humaine est indispensable à sa scolarisation.

La place de l'intérêt supérieur de l'enfant dans le parcours de scolarisation. Si la présence de l'AESH n'est pas une condition sine qua non de la scolarisation, il est important de souligner que certains élèves ne peuvent tout bonnement pas suivre le programme scolaire en leur absence. Le manque

118 Article L131-1 du C. éduc.

119 Circulaire n° 2017-084 du 3 mai 2017 relative aux missions et activités des personnels chargés de l'accompagnement des élèves en situation de handicap.

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d'accompagnement impacte l'enfant qui « bien souvent, accumule du retard jusqu'à, pour certains, être contraints de redoubler ou être scolarisés à domicile »120.

Au-delà des difficultés à comprendre les consignes et de la potentielle diminution des performances scolaires, les retards dans la mise en oeuvre de l'accompagnement humain peuvent avoir des conséquences lourdes sur le bien-être psychologique de l'enfant en ce que l'AESH a aussi un rôle d'accompagnement dans la vie sociale et de l'intégration de l'élève. En cela, l'absence d'AESH pénalise injustement les élèves, renforçant les inégalités scolaires que ce rôle est censé combattre.

Pour les enfants ayant des troubles du comportement, les conséquences d'une absence d'AESH peuvent aller jusqu'à la déscolarisation si l'équipe pédagogique, souvent insuffisamment formée, n'arrive pas à gérer leurs crises.

34. Au-delà de ces problématiques et une fois l'accompagnement humain tant attendu mis en oeuvre, d'autres difficultés peuvent entraver la scolarisation des enfants en situation de handicap, c'est notamment le cas de l'absence ponctuelle ou prolongée de l'AESH.

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La Quadrature du Net

Ligue des droits de l'homme