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Commerce potentiel entre le Cameroun et ses pays frontaliers

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par Loudine Bessong à Beyeck
Institut Sous regional de Statistique et d'Economie Appliquée - Diplôme d'Ingénieur d'Application de la Statistique 2006
  

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Communauté Économique et monétaire de l'Afrique centrale

(C.E.M.A.C)

Institut Sous régional de Statistique et d'Économie Appliquée

(I.S.S.E.A)

Organisation Internationale

B.P. 294 Yaoundé, Tel. (237) 222 01 34, Fax. (237) 222 95 21 E-mail : isseacemac@yahoo.fr

(Rép. du Cameroun)

Sur le thème :

Commerce POTENTIEL entre le Cameroun et ses partenaires frontaliers

(En vue de l'obtention du diplôme d'Ingénieur d'Application de la Statistique)

Rédigé par :

Loudine BESSONG à BEYECK

Élève Ingénieur d'Application de la Statistique en 4ème année

Option gestion

Soutenu publiquement le 13 juin 2006 devant le jury composé de :

Dr. Marcel OPOUMBA : Président

Dr. ès Sciences Économiques, Professeur permanent à l'ISSEA

Dr. Wilfrid GRANGER : Rapporteur

Dr. ès Sciences Économiques, Conseiller du Directeur de l'ISSEA

M. Samuel YEMENE : Directeur de Mémoire

Ingénieur Statisticien Économiste, Chef Centre d'Information et de Documentation Économique à la chambre de Commerce, de l'Industrie, des Mines et de l'Artisanat

Juin 2006Dédicace

Je dédie ce travail à mes parents,

M. et Mme BEYECK à NGAM

----===oooo===----

Remerciements

La réalisation du présent mémoire de fin d'études à l'ISSEA en vue de l'obtention du diplôme d'Ingénieur d'Application de la Statistique n'a été possible que grâce aux efforts conjugués et à la participation de nombreuses personnes à qui nous adressons nos sincères remerciements. Il s'agit :

F de Monsieur Samuel YEMENE, Directeur de mémoire pour toute sa sollicitude, son soutien, sa sympathie et ses précieux encouragements ;

F de Monsieur Samuel MUNYANEZA, Administrateur de la base TRAINS en service à la CNUCED, qui a bien voulu mettre à notre disposition un code d'accès au système WITS nous permettant ainsi de disposer de données sans lesquelles nous n'aurions pu effectuer les estimations économétriques;

F de MM. Jean-Michel PASTEELS et Christophe DURAND de la Section de l'Analyse des Marchés du CCI, Mademoiselle Sylvie COCHIN du Bureau pour les Programmes Interrégionaux de la même institution, et de Mademoiselle Christelle TOQUEBOEUF de la Section des Accords Régionaux de l'OMC pour la documentation, les éclaircissements et indications fournis ;

F de Monsieur Dieudonné KINKIELELE, Directeur des Etudes des 1er et 2ème cycles, qui nous a non seulement inculqué rigueur, travail et discipline, mais aussi pour son soutien, ses conseils et ses encouragements tout au long de notre cursus;

F de Monsieur Robert NGONTHE, Directeur des Etudes du 3ème cycle pour ses nombreux conseils, son soutien et ses encouragements ;

F de Monsieur Marcel OPOUMBA qui a mis à notre disposition une documentation édifiante ;

F du corps enseignant de l'ISSEA pour l'enseignement de qualité prodigué et pour lequel se justifie dans une grande mesure ce mémoire ;

F de mes parents, frères et soeurs qui consacrent sans hésitation aucune, tous leurs efforts et toute leur attention à mes études et qui de leur indéfectible soutien ont contribué à la confection de ce mémoire ;

F de Edouard AYIWOUE, Christophe KANA, Alain C. TOCHE, Francis ZAMBO ZAMBO et Fatima N. MBOMBOA qui ont fait preuve de beaucoup de sollicitude, de sympathie et d'amitié pour les relectures malgré leurs occupations;

F des tous mes camarades de promotion en particulier Alain S. AZEUFOUET et Edouard TSAGUE.

Table des matières

Avant-propos vii

Sigles et abréviations viii

Liste des illustrations x

Résumé xi

Abstract xii

Introduction générale 1

Première partie : Eléments généraux d'analyse du commerce potentiel 5

Chapitre 1 : Enjeux et Moyens du commerce Sud-Sud 6

1. Les gains potentiels à l'échange 6

1.1. La théorie du commerce international 6

1.2. Les effets d'une coopération économique régionale 8

2. La place de l'Afrique dans le commerce international 11

2.1. La marginalisation de l'Afrique 11

2.2. Les causes de la marginalisation 14

3. Vers une solution : négociation ou promotion? 15

3.1. Les préférences commerciales 15

3.2. Les moyens en faveur du commerce Sud-Sud 17

Chapitre 2 : Les instruments d'analyse du commerce potentiel 19

1. Les modèles de gravité 19

1.1. Présentation et fondements théoriques 19

1.2. Applications des modèles de gravité et travaux empiriques 22

1.3. Les limites du modèle 23

2. La méthodologie du Centre du Commerce International 24

2.1. Principe et méthodologie 24

2.2. Applications 26

2.3. Les limites de l'approche 27

3. Choix méthodologique : approche gravitaire ou méthode du CCI ? 28

3.1. Analyse comparative des deux approches 28

3.2. Objectifs et méthodologie de travail 29

Deuxième partie : Le commerce potentiel du Cameroun sur le marché des pays frontaliers 31

Chapitre 3 : Les relations commerciales entre le Cameroun et ses pays limitrophes 32

1. Caractéristiques socio-économiques 32

2. Les instruments institutionnels de la promotion du commerce 34

3. Le commerce du Cameroun avec les pays frontaliers 36

Chapitre 4 : Potentiels de commerce entre le Cameroun et ses pays limitrophes 40

1. Les données 40

1.1. Echantillon des pays 40

1.2. Les variables et leurs sources 42

2. Procédures économétriques et estimation du modèle 43

2.1. Procédures économétriques 43

2.2. Estimation et qualité du modèle 45

3. Analyse et évaluation des potentiels de commerce 45

3.1. Interprétation économique 45

3.2. Evaluation des potentiels de commerce 46

Chapitre 5 : Identification des complémentarités commerciales entre le Cameroun et ses partenaires frontaliers 50

1. Présentation des données utilisées 50

1.1. Sources des données 50

1.1.1. Les données issues du site Trademap.org 51

1.1.2. Les statistiques du commerce extérieur du Cameroun 52

1.2. Le système harmonisé de désignation et de codification des marchandises 53

2. Le potentiel d'exportation indicatif entre le Cameroun et ses pays limitrophes 53

2.1. Résultats généraux 53

2.1.1. Les exportations du Cameroun vers ses pays frontaliers 54

2.1.2. Les importations du Cameroun en provenance des pays frontaliers 54

2.2. Analyse par pays 55

2.2.1. Le Nigeria 55

2.2.2. Le Tchad 56

2.2.3. La République centrafricaine 57

2.2.4. Le Congo 58

2.2.5. Le Gabon 58

2.2.6. La Guinée équatoriale 59

Conclusion générale 61

Références bibliographiques 64

Documents annexes 67

Avant-propos

Le programme de formation académique des élèves Ingénieurs d'Application de la Statistique à l'Institut Sous régional de Statistique et d'Economie Appliquée (ISSEA) enjoint chaque étudiant, au sortir de la quatrième année, à produire un mémoire de fin d'études. Le but est de permettre aux étudiants de s'initier à la recherche, et de mettre en pratique les outils d'analyse acquis tout au long de leur scolarité.

C'est dans ce contexte que s'inscrit le présent mémoire dont le thème est « Commerce Potentiel entre le Cameroun et ses Pays Limitrophes ». Le choix de ce thème s'inscrit dans un contexte global de promotion du commerce entre pays en développement dans le souci de relancer le développement économique et de lutter contre la pauvreté. Le mémoire vise ainsi à fournir une information statistique sur les potentialités et les complexités du commerce entre le Cameroun et ses pays limitrophes, ainsi que sur les complémentarités commerciales existantes.

Ce travail de recherche ne saurait être une oeuvre parfaite ; aussi le soumettons nous aux critiques et suggestions en vue de l'améliorer.

Sigles et abréviations

ACP : Groupe des Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique

ACR  : Accords Commerciaux Régionaux

AEF : Afrique Equatoriale Française

AGOA : African Growth Opportunity Act

AIR  : Accord d'Intégration Régionale

BEAC  : Banque des Etats de l'Afrique Centrale

BM : Banque Mondiale

CEMAC : Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale

CEDEAO : Communauté Economique Des Etats de l'Afrique de l'Ouest

CCI : Centre du Commerce International

CEPII : Centre d'Etudes Prospectives et d'Informations Internationales

CNUCED  : Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement

FAO  : Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture

FCFA : Franc de la Coopération Financière en Afrique centrale

GATT : General Agreement on Tariffs and Trade

IZF : Investir en Zone Franc

MCO : Moindres Carrés Ordinaires

NBER : National Bureau of Economic Research

OCDE  : Organisation de Coopération et de Développement Economiques

OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement

OMD : Organisation Mondiale des Douanes

OMC  : Organisation Mondiale du Commerce

ONU : Organisation des Nations Unies

PIB : Produit Intérieur Brut

ICRIER : Indian Council for Research on International Economic Relations

PMA  : Pays les Moins Avancés

PED  : Pays en Développement

PVD : Pays en Voie de Développement

SACU : Union Douanière d'Afrique Australe

SGP : Système Généralisé de Préférences

SGPC : Système Global de Préférences Commerciales

SH  : Système Harmonisé de Désignation et de Codification de Marchandises

TEC : Tarif Extérieur Commun

UDE : Union Douanière Equatoriale

UDEAC : Union Douanière des Etats de l'Afrique Centrale

UEMOA  : Union Economique et Monétaire Ouest-africaine

UE  : Union Européenne

UEAC : Union Economique d'Afrique Centrale

UMA : Union du Maghreb Arabe

UMAC : Union Monétaire d'Afrique Centrale

UNSD : Division Statistique des Nations Unies

USA  : United States of America

US $ : Dollar américain

WITS : World Integrated Trade System

Liste des illustrations

Liste des tableaux

Tableau 1-1 : Évolution de la part des régions dans les exportations mondiales (en %) 12

Tableau 1-2 : Évolution de la part des régions dans les importations mondiales (en %) 12

Tableau 1-3 : Composition des exportations et des importations africaines par produit en 2003 (en %) 13

Tableau 1-4 : Evolution des exportations africaines par orientation géographique (en %) 13

Tableau 2-1 : Commerce potentiel intra et inter-régional de la CEMAC et l'UEMOA en 2000 (en milliers de US $) 27

Tableau 3-1 : Indicateurs socio-économiques des pays de l'ensemble (CEMAC+Nigéria) en 2002 34

Tableau 3-2 : Tarif extérieur commun de la CEMAC 35

Tableau 3-3 : Evolution du commerce du Cameroun avec les partenaires frontaliers de 2001 à 2003 (en millions de F CFA) 37

Tableau 3-4 : Répartition géographique des échanges du Cameroun (en millions de FCFA) 38

Tableau 4-1 : Potentiel de commerce de l'ensemble CEMAC + Nigéria (2002) 47

Tableau 4-2 : Potentiel de commerce du Cameroun sur le marché des pays frontaliers 48

Tableau 5-1 : Potentiel d'exportation indicatif à l'exportation et à l'importation entre le Cameroun et ses pays frontaliers (en milliers de US $, 2004) 54

Liste des graphiques

Graphique 3-1 : Répartition du PIB de l'ensemble (CEMAC+Nigéria) en 2002 33

Graphique 3-2 : Répartition de la population de l'ensemble (CEMAC+Nigéria) en 2002 33

Graphique 5-1 : Matrice statique des exportations du Cameroun et des importations du Nigéria 55

Graphique 5-2 : Matrice statique des exportations du Cameroun et des importations du Tchad 56

Graphique 5-3 : Matrice statique des exportations du Cameroun et des importations de la Rép. Centrafricaine 57

Graphique 5-4 : Matrice statique des exportations du Cameroun et des importations du Congo 58

Graphique 5-5 : Matrice statique des exportations du Cameroun et des importations du Gabon 59

Graphique 5-6 : Matrice statique des exportations du Cameroun et des importations de la Guinée équatoriale 60

Résumé

Le but de ce mémoire est double : déterminer les potentiels de commerce existants du Cameroun sur les marchés des partenaires frontaliers ; identifier les complémentarités commerciales réciproques entre le Cameroun et ces pays. Une telle entreprise s'inscrit dans la perspective globale de promotion du commerce entre pays en développement qui apparaît comme une des solutions aux problèmes de développement, de l'accès au marché des pays industrialisés, de lutte contre la pauvreté, etc. La promotion du commerce pourrait en effet aider à un meilleur positionnement de ces pays sur le système commercial multilatéral tout en favorisant le décollage économique et la création d'emplois.

Pour ce faire, une double approche a été entreprise pour l'analyse des flux d'échanges commerciaux entre les pays de la région considérée : l'utilisation en premier lieu d'un modèle de gravité pour prédire les échanges (potentiels de commerce) de l'ensemble CEMAC+Nigéria à partir d'un échantillon de 43 pays africains dont 38 d'Afrique subsaharienne, ensuite la méthode du calcul du potentiel d'exportation indicatif du Centre du Commerce International (CCI) pour identifier les produits à l'exportation présentant les complémentarités les plus élevées.

Si les opportunités commerciales intra-africaines restent faibles en général comme l'ont trouvés FOROUTAN et PRITCHETT (1993), elles le sont davantage à l'échelle de l'ensemble CEMAC+Nigéria pris globalement. Les deux approches convergent car elles prédisent pour le Cameroun l'existence de potentiels de commerce à l'exportation avec le Nigéria, la Guinée équatoriale et le Congo, et à l'importation avec le Gabon, la Guinée équatoriale, le Congo et le Tchad par ordre d'importance décroissante. Le marché du Nigéria est de loin le plus important sur lequel le Cameroun pourrait davantage exporter. Malgré l'existence d'énormes complémentarités commerciales entre ces pays mises en exergue par la méthode du CCI, l'approche gravitaire révèle l'existence d'énormes complexités au commerce; les freins potentiels mis en évidence sont notamment la petitesse des populations, l'éloignement géographique des pays, leurs diversités linguistique et monétaire.

Mots clés : Potentiels de commerce, Complémentarités commerciales, Modèle de gravité, Potentiel d'exportation indicatif.

Abstract

In this work, we try to assess firstly trade potentials and trade barriers, secondly trade complementarities among a set of countries in Africa: Cameroon, Chad, Central African Republic, Congo, Gabon, Equatorial Guinea, and Nigeria.

In order to realise it, we analyse trade flows with a two-step methodological approach; we estimate in the first step a gravity model in order to predict whether or not Cameroon may improve his exports (imports) to (from) other countries in the region considered; this is done with a sample of 43 countries in Africa. Then we compute the indicative export potential in the second step in finding trade complementarities; this method is the one of International Trade Centre (ITC).

If FOROUTAN and PRITCHETT's results in 1993 are confirmed that intra-african trade is greater than predicted, analyses show that if anything, even among the countries above cited, trade potentials are low although ITC's approach shows too much trade complementarities. For Cameroon, it appears some potential export markets in Nigeria, Equatorial Guinea, and Congo, and import markets in Gabon, Equatorial Guinea, Congo and Chad. Nigeria seems to be the biggest export market. Analysis also shows that many trade barriers are reducing opportunities; the main founded are smallness, proximity and linguistic monetary diversity.

Keywords: Trade potentials, Trade complementarities, Gravity model, Indicative export potential.

Introduction générale

Dans une interview récente de Marchés Tropicaux1(*), le Directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) affirmait : « la question de l'accès aux marchés ne doit pas se limiter à la réduction des tarifs appliqués par les pays développés sur les produits des pays en développement. Les échanges Sud-Sud en sont également une composante essentielle. Il existe d'ailleurs un potentiel à ce niveau encore non exploité. N'oublions pas que 70% des droits de douane sont payés pour le commerce entre pays en développement ». Pascal LAMY introduit ainsi la question de la promotion du commerce Sud-Sud généralement fondée sur l'hypothèse sous-jacente de l'existence de potentialités inexploitées entre pays en développement (PED); parallèlement aux négociations sur l'accès au marché et la concession de traitements préférentiels dans les échanges avec des pays ou ensembles économiques plus puissants, les PED (en particulier les pays africains) devraient promouvoir les échanges sur le plan régional.

En effet, le problème de l'insertion des PED dans un système multilatéral absolument dominé par des super-entités (USA, UE et Japon) reste au coeur des débats et négociations à l'OMC (accès aux marchés des produits agricoles, suppression des subventions agricoles, etc.). Malgré de nombreuses mesures appliquées en vue de réduire l'ampleur de ce problème notamment la mise en place de systèmes de préférences commerciales comme les accords ACP-UE ou l'initiative « Tout sauf les armes », le déséquilibre entre le Nord et le Sud se creuse davantage. Les solutions les plus adéquates à l'échelle multilatérale, les compromis possibles entre les différents protagonistes (le Nord dominant et le Sud dominé) font l'objet de nombreuses recherches.

A de nombreux égards, la promotion d'échanges entre PED apparaît dans un tel contexte comme une solution porteuse. C'est dans cet optique que LAMY, de même que nombre d'auteurs dont certains organismes internationaux comme le Centre du Commerce International CNUCED/OMC (CCI) ou l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), ramènent le débat au niveau régional et dénoncent la faiblesse (et les entraves à l'initiative) d'une coopération commerciale Sud-Sud (intégration des marchés), entraves d'autant plus fortes et nuisibles que les droits de douane de ces pays sont les plus élevés et les potentialités commerciales inexploitées. La coopération pourrait d'ailleurs favoriser un développement interne et une plus grande compétitivité des marchés du Sud relativement plus exigus. L'accès aux marchés des pays industrialisés doit être complété par des politiques intérieures et un renforcement des capacités commerciales. Par potentialité commerciale, on peut comprendre deux choses :

F il peut s'agir des potentiels de commerce qui prennent en compte les éléments explicatifs du commerce extérieur afin de déterminer et prédire le niveau théorique des échanges. Ces potentiels sont généralement estimés par les modèles de gravité ;

F il peut également s'agir des complémentarités commerciales sous-régionales entre pays en développement, c'est-à-dire les produits communément importés et exportés avec succès par les PED, et qui peuvent faire l'objet d'échanges horizontaux2(*).

Dans une telle optique, plusieurs questions se posent à savoir : pourquoi les PED ne commercent-ils pas suffisamment entre eux ? Existe-il des potentialités commerciales encore non exploitées entre eux comme l'affirment les auteurs susmentionnés, ou au contraire est-ce la faible diversité de la structure de leur commerce extérieur ainsi que la petitesse des économies du Sud qui justifient les performances commerciales médiocres observées tant dans leurs relations avec le Nord qu'avec le Sud ? Quel est le niveau de ce commerce potentiel et surtout comment l'évaluer ? Existe-il des complémentarités commerciales ? Quels produits seraient alors à promouvoir en priorité ? Quelles sont les entraves au commerce Sud-Sud ?

L'objectif de ce mémoire est de répondre à cet ensemble de questions en étudiant les flux commerciaux existants entre un ensemble de pays d'Afrique subsaharienne. Plus spécifiquement, nous déterminerons les potentiels de commerce et les complémentarités commerciales réciproques du Cameroun sur le marché de ses partenaires frontaliers : Nigéria, Tchad, République centrafricaine, Congo, Gabon et Guinée équatoriale. Ces pays se caractérisent en effet par leurs économies de taille relativement petite (à l'exception du Nigéria qui est l'un des plus grands partenaires commerciaux en Afrique), un commerce extérieur presque tourné vers le Nord (les plus grands partenaires à l'importation sont l'Europe et les Etats-Unis) tandis que la composante intra-régionale reste très faible, en dépit des flux frontaliers non déclarés (contrebande)3(*).

Cette étude pourrait largement contribuer à fournir de plus amples informations sur les perspectives et les efforts de coopération sous-régionale entrepris comme instruments de développement économique et de lutte contre la pauvreté. Plus précisément, il s'agit de permettre aux opérateurs économiques de disposer d'informations actualisées sur la tendance des complémentarités commerciales régionales et les réelles potentialités existantes entre le Cameroun et ses pays limitrophes.

Plusieurs études sur l'évaluation du commerce potentiel et l'identification des complémentarités commerciales ont été effectuées de par le monde ; le CCI a entrepris des études sur l'évaluation des opportunités commerciales intra et inter-régionales en Afrique, notamment entre la CEMAC et l'UEMOA (CCI, 2003). L'approche adoptée pour ce faire repose sur le calcul d'indicateurs de potentialités. Ces indicateurs ont cependant des limites et sont discutables : ils prédisent mal les potentiels de commerce, mais sont particulièrement adaptés à l'identification des produits à forte complémentarité régionale. D'autres études faites en Europe et en Amérique (FONTAGNE et MIMOUNI, 2002 ; ANDERSON et Van WINCOOP, 2003) utilisent l'approche par les modèles de gravité ; ceux-ci sont des modèles de commerce bilatéral dont les applications sont nombreuses et le succès empirique avéré ; ces modèles ont la réputation de prédire plus efficacement les potentiels de commerce bilatéral entre pays car ils tiennent compte des conditions du marché et des grandeurs macroéconomiques. D'après ACCOMINOTTI (2005), l'équation de gravité « s'est en effet révélée être le cadre d'analyse le plus explicatif et le plus universellement admis pour l'étude empirique du commerce international ». Les travaux qui utilisent ce modèle en Afrique subsaharienne, incluant ou pas les Etats de l'actuel CEMAC et le Nigéria ne sont pas très nombreux ; nous citons les travaux de ELBADAWI (1997)4(*), et ceux de FOROUTAN et PRITCHETT (1993). Ces derniers ont montré que globalement, le Cameroun5(*) importait et exportait moins que ne le prédisait leur modèle de gravité sur le marché des autres pays d'Afrique subsaharienne ; il pourrait donc augmenter ses échanges sur le marché africain. Cependant, cette étude ne révèle pas nommément les niches potentielles (les pays) vers lesquelles le Cameroun peut exporter ou importer davantage. Notre contribution portera spécifiquement sur ce point en vérifiant les potentialités du Cameroun sur le marché des partenaires frontaliers.

La démarche adoptée dans ce mémoire consiste à concilier et à intégrer les deux approches méthodologiques précédentes. Quelques hypothèses de recherche doivent préalablement être explicitées de prime abord, afin de constituer les axes de recherche : existence de potentialités commerciales non exploitées (potentiels de commerce et complémentarités commerciales) entre le Cameroun et les pays frontaliers ; existence d'entraves au commerce sous-régional notamment les obstacles culturels (linguistiques), monétaires et la proximité ; existence de plus d'opportunités commerciales pour le Cameroun sur le marché du Nigéria plutôt que sur celui des autres pays de la CEMAC.

Ce mémoire comporte deux parties. La première présente les éléments généraux d'analyse du commerce potentiel. Il est question de préciser dans un premier temps les enjeux du commerce et les relations commerciales des pays du Sud (chapitre 1). Ensuite seront présentés les instruments de mesure empirique du commerce potentiel (chapitre 2). Après une brève présentation des caractéristiques socio-économiques du Cameroun et de ses partenaires frontaliers (chapitre 3), ces instruments sont mis en application dans la deuxième partie pour l'analyse empirique des performances commerciales de cet ensemble de pays en vue de la détermination des niveaux potentiels des échanges et des entraves au commerce à travers l'estimation d'un modèle de gravité (chapitre 4) d'une part, et la détermination des complémentarités commerciales sous-régionales existantes d'autre part (chapitre 5).

« C'est par des actes exemplaires et positifs de ce genre, en offrant à nos frères africains et au monde le spectacle d'une collaboration réaliste, franche et confiante dans un cadre régional original et adapté à nos problèmes, que nous pourrons neutraliser efficacement les forces de résistance qui, à l'intérieur comme à l'extérieur, tendent à empêcher notre cher continent de trouver son équilibre »

Extrait du discours du Président de la République Unie du Cameroun, Son Excellence Ahmadou Ahidjo, prononcé à la conférence constitutive de l'UDEAC le 8 décembre 1964 à Brazzaville au Congo.

Première partie :

Eléments généraux d'analyse du commerce POTENTIEL

Première partie : Eléments généraux d'analyse du commerce potentiel

Chapitre 1 :  Enjeux et Moyens du commerce Sud-Sud

L'analyse du potentiel de commerce et des complémentarités commerciales que nous entreprenons dans ce mémoire s'inscrit dans le contexte global de promotion du commerce Sud-Sud. L'idée de promouvoir le commerce entre pays en développement (PED)6(*) est très ancienne. De nombreux auteurs la proposent comme alternative aux problèmes économiques et d'insertion des PED dans un système multilatéral de plus en plus unifié, problèmes nuisibles à l'émergence (processus du développement) de ceux-ci, particulièrement des pays les moins avancés (PMA).

Sans prétendre à l'exhaustivité, l'objectif de ce chapitre est de présenter la problématique générale de l'insertion des PMA en prenant le cas des pays africains ; tout en rappelant les gains potentiels (théoriques) à l'échange (Section 1), nous montrerons la faible participation aux échanges multilatéraux et intra-communautaires des pays d'Afrique (Section 2), avant de présenter les moyens et les solutions envisagées (Section 3).

1. Les gains potentiels à l'échange

Nous présentons brièvement la théorie du commerce international et les effets d'une intégration économique comme instrument de croissance économique.

1.1. La théorie du commerce international

D'une manière générale, la théorie du commerce international traite de trois questions fondamentales (AUBIN et NOREL, 2000) : les fondements de l'échange, le sens de l'échange et les termes de l'échange. Partant de modèles théoriques et sur la base d'hypothèses parfois très restrictives, nombre d'auteurs se sont évertués à montrer les gains de l'échange. Trois grandes étapes du développement de la théorie du commerce international (AUBIN et NOREL, 2000) sont généralement retenues : l'approche dite classique (SMITH, RICARDO), l'approche néoclassique (HECKSCHER, OHLIN, SAMUELSON) et les prolongements contemporains (HUFBAEUR, KRUGMAN) dus aux limites mises en exergue à partir de nombreux travaux empiriques et dont la plus célèbre est le paradoxe de LEONTIEF (1953).

Parlant des gains, MUCCHIELLI (1990) relève que trois conceptions de l'intérêt de participer à l'échange international se sont successivement développées, en marquant à chaque fois une progression dans l'analyse : d'abord la conception des mercantilistes, puis la théorie des avantages absolus de SMITH (1776), complétées par la théorie des avantages comparatifs de RICARDO (1817). Les autres développements néoclassiques et les prolongements contemporains de la théorie du commerce international s'attardent non plus à démontrer les gains à l'échange et les bienfaits de la libéralisation, mais plutôt à expliquer la structure et le sens de l'échange.

Pour les mercantilistes, l'échange est un jeu à somme nulle (MUCCHIELLI, 1990), ce que gagne un pays est perdu par l'autre ; le commerce international n'est profitable que pour les pays qui réussissent à obtenir des surplus à l'exportation, augmentant ainsi leurs devises étrangères ou en or et enrichissant de ce fait le pays. Cette conception montre bien pourquoi les mercantilistes sont plus portés vers le protectionnisme. Ici il faut encourager les exportations et décourager les importations à cause de leurs effets `négatifs' sur la balance des paiements.

A contrario, les auteurs classiques d'obédience libérale voient plutôt dans l'échange une source de richesse commune (MUCCHIELLI, 1990). Pour ceux-ci, l'échange est mutuellement bénéfique et chaque pays a avantage à y participer dès lors qu'il produit relativement mieux que ses concurrents. Pour A. SMITH (1776), un pays doit développer la production d'un bien pour lequel il a un avantage absolu, c'est-à-dire qu'il fabrique à moindre coût que ses concurrents. SMITH prône les vertus de la spécialisation et de la division internationale du travail : meilleure allocation des ressources productives, acquisition de biens à moindres coûts (ce qui entraîne un surplus du consommateur), développement technologique, etc. Cependant, son analyse est très restrictive dans le cas où elle exclut les pays n'ayant pas d'avantages absolus. C'est RICARDO (1817) qui généralise le raisonnement avec la théorie des avantages comparatifs : ici un pays améliore la productivité d'un bien qu'il fabrique relativement mieux que les concurrents. Ces avantages comparatifs peuvent être mis en exergue en comparant les prix relatifs des biens potentiels à l'exportation. KRUGMAN (2001) fait assez bien ressortir la perception intuitive des gains et le raisonnement classique des théoriciens du commerce international en ces termes :

« Tout le monde sait qu'un certain commerce international peut être utile ; personne ne suggérerait que la Norvège fasse pousser ses propres oranges. Beaucoup de personnes sont cependant sceptiques quant à l'utilité pour un pays déterminé d'obtenir par l'échange des biens qu'il pourrait produire lui-même ».

Il précise même que l'« éventail des circonstances dans lesquelles le commerce international apporte un enrichissement est beaucoup plus large que la plupart des personnes ne pensent ».

Selon KRUGMAN (2001) les échanges peuvent être bénéfiques de deux manières :

F Ils peuvent être considérés comme un détour ou une méthode indirecte et plus optimale de production : plutôt que de produire chez soi de manière plus coûteuse certains biens, les pays peuvent les acquérir en échangeant d'autres biens ; cette production indirecte exigeant moins de ressources que la production directe ;

F Par ailleurs, les échanges ont des effets sur la consommation : en l'absence de ceux-ci, les pays n'ont d'autre possibilité de consommation que ce qu'ils produisent ; dès que s'établit l'échange, chaque pays peut consommer une combinaison différente de biens que celle qui est produite en situation d'autarcie. L'échange élargit ainsi la marge de choix des consommateurs de sorte qu'ils aient un surplus (surplus du consommateur).

* 1 Pascal LAMY dans Marchés tropicaux N°3136 du 20 janvier 2006.

* 2 CCI, 2003.

* 3 Les CAHIERS de Mutations, Bulletin mensuel, Vol 032 de Novembre 2005 ;

* 4 Cité par GBETNKOM (2004) ;

* 5 Même le Congo et le Gabon.

* 6 Commerce Sud-Sud

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