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Les enfants dans les attentats suicides: étude comparative de trois cas: Sri Lanka, Palestine, zone Afghanistan/Pakistan

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par Mélanie JOANNES
Institut catholique de Paris - Master 2 sciences politique, mention géopolitique et sécurité internationale 2011
  

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Institut Catholique de Paris

Master 2 géopolitique et sécurité internationale

Année universitaire 2009-2010

Mélanie Joannès

Sous la direction de M.Jean-Jacques Patry

Sommaire

1. Description du phénomène 4

1.1. Les types de conflit 10

1.1.1. Sri Lanka 10

1.1.2. Palestine 14

1.1.3. Pakistan et Afghanistan 20

1.2. Les groupes 25

1.2.1. Historique des groupes et leur organisation 25

1.2.2. Idéologie, revendications, objectifs 31

1.2.3. L'utilisation de l'attentat suicide par ces groupes et la participation des enfants à ceux-ci 35

1.3. Comment ces groupes utilisent les enfants dans les attentats suicides 41

1.3.1. Le recrutement et les profils 41

1.3.2. L'entrainement et l'attentat suicide 49

2. Pourquoi? 56

2.1. Les raisons tactiques 56

2.1.1. Un souci de discrétion ? 57

2.1.2. Le choix des cibles 58

2.2. La place de l'enfant dans la société et le respect de ses droits 63

2.2.1. La vulnérabilité propre aux enfants dans chacune de ces sociétés 63

2.2.2. La participation des enfants dans le conflit 67

2.3. Les motivations des enfants 74

2.3.1. Le culte du martyr et la perception de ce phénomène par la société et les parents 74

2.3.2. La propagande à destination des enfants 79

2.3.3. La question de la rémunération 83

« Ceux qui ont un tempérament nerveux se servent de couteaux, ceux qui utilisent des fusils ont reçu un bon entrainement et ceux qui utilisent la bombe n'ont besoin que d'un seul instant de courage. »1(*)

Introduction

Cette étude concerne les enfants en tant qu'acteurs dans les attentats suicides. Nous nous intéresserons à trois cas spécifiques qui sont le Sri Lanka, la zone Pakistan/Afghanistan et la Palestine. Le choix de mon sujet de mémoire n'a pas été facile et n'a été fixé qu'au mois de septembre, date à laquelle je devais le rendre. L'idée m'est venu en élaborant une étude dans le cadre de mon poste de chargée d'études au Secours Islamique France. Je suis tombée sur cette problématique, qui selon moi nécessitait une étude plus approfondie que ce qui existait déjà. L'approche pluridisciplinaire collait tout à fait avec mon parcours, autant scolaire que professionnel. C'est pourquoi, j'ai décidé de porter mon choix sur ce phénomène trop mal connu, qui ,de ce fait, ne fait l'objet d'aucune recherche de solutions.

Avant d'exposer la problématique du sujet et la manière dont il va être traité, nous allons le définir et poser le cadre dans lequel nous allons travailler.

En ce qui concerne les personnes visées, nous traiterons uniquement des enfants selon la définition de la Convention Internationale des Droits de l'enfant. Celle-ci est donnée, dès le premier article, en ces termes: « Au sens de la présente convention, un enfant s'entend de tout être humain âgé de moins de dix huit ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable. »2(*) L'étude visera donc des personnes, filles ou garçons, considérées comme mineures par les institutions internationales. L'âge de la majorité, et donc la définition de l'enfance, peut varier d'un pays à l'autre. Ce détail n'aura pas à être pris en compte puisque dans les pays que nous allons traiter, l'âge de la majorité civile est de 18 ans, sauf pour les filles au Pakistan qui est fixée à 16 ans, mais nous verrons plus tard que ce public n'est pas concerné.

Les enfants dans les conflits armés, notamment les enfants soldats, est un phénomène bien connu du grand public et très répandu dans les conflits actuels. Selon les dernières études de l'Unicef, plus de 250 000 enfants-soldats seraient enrôlés dans différentes zones de conflits à travers le monde.3(*) Revenons sur la définition d'un enfant soldat. Lors de la conférence de Paris, organisée en 2007 par l'UNICEF, avec le Comité français de l'UNICEF et le ministère des Affaires étrangères qui a réuni cinquante neuf délégations de pays, il a été proposé cette définition commune : « Un enfant associé à une force armée ou à un groupe armé est toute personne âgée de moins de 18 ans qui est ou a été recrutée ou employée par une force ou une armée, quelle que soit la fonction qu'elle y exerce. Il peut s'agir, notamment mais pas exclusivement d'enfants, filles ou garçons, utilisés comme combattants, cuisiniers, porteurs, messagers, espions ou à des fins sexuelles. Le terme ne désigne pas seulement un enfant qui participe ou a participé directement à des hostilités. » Ils ont fait l'objet de nombreuses études et de programmes humanitaires généralement nommés DDC pour Désarmement, Démobilisation et Réinsertion. Nous citerons comme exemple les actions menées par l'UNICEF et l'excellente ONG Première Urgence. Depuis quelques années, un nouveau phénomène apparait dans certains conflits qui est celui des enfants dans les attentats suicides. Contrairement aux enfants soldats, il est peu connu du grand public et ne fait l'objet que de quelques programmes humanitaires menés par des associations locales quasiment exclusivement au Pakistan. Cependant, les enfants dans les attentats suicides n'est pas un phénomène marginal puisque Robert Pape estime que les adolescents âgés de 15 à 18 ans représentent environ le cinquième des kamikazes. Toujours selon le Professeur de science politique à l'Université de Chicago, la participation d'enfants moins âgés est rare, mais non inexistante. Le phénomène des suicids bombers juvenil semble être un phénomène relativement nouveau. Nous savons que la première mission suicide menée par un enfant a eu lieu en 1985 lorsque Khyadali Sana, 16 ans, a conduit un camion chargé d'explosifs dans un convoi des forces israéliennes, tuant deux soldats.4(*) Depuis, ce phénomène s'observe encore.

Le sujet pose ensuite le problème de la définition de l'attentat suicide que nous allons résoudre dès à présent. Nous nous sommes appuyés sur celle proposée par l'UNAMA dans son rapport sur les attaques suicides en Afghanistan.5(*) Il distingue l'attentat suicide des autres attaques qui peuvent également conduire à la mort de l'attaquant: « In a suicide mission, the attacker deliberately and with premeditation uses his or her body to carry and deliver explosives with the explicit intent to attack, kill and main others, with the supreme aim of dying in that attack »6(*). Une mission suicide induit la volonté de l'attaquant de mourir lors de l'action qu'il perpétue. Dans ce cas, même si l'opération ne fait pas de morts, l'attaquant atteint son objectif principal qui est celui de devenir martyr, notion qui lui est très souvent associée. Le terme de martyre, bien qu'injustement utilisé, sera présent tout au long de l'étude par soucis de simplification. Il ne faudra pas le comprendre dans son sens religieux mais plutôt dans l'idée de sacrifice. Le rapport soulève également le problème de la sémantique même de cette action violente. Dans les différents articles traitant du sujet, on l'a retrouve sous différents termes tels qu'attentat suicide, mission suicide, suicide bombing, ou encore suicide terrorism. Dans notre étude, nous utiliserons les termes d'attentats suicides ou celui de mission suicide. Le terme de suicide bombing est inapproprié dans certaines situations car il renvoie à des attentats perpétrés à la bombe, or ce n'est pas toujours le cas, puisqu'on a pu observer des attentats perpétrés à l'aide de voitures piégées ou par détournement d'avions. Quant au terme de suicide terrorism, il pose le problème de la définition même du terrorisme. Il n'en existe aucune de cohérente et universelle. Aussi, dans un même pays, des organes impliqués dans la lutte contre le terrorisme peuvent avoir adoptés des définitions différentes. Par exemple, pour l'US Department of Sate le terrorisme est: «premeditated, politically motivated violence perpetrated against non-combatant targets by sub national groups or clandestine agents. »7(*)Un attentat terroriste ne touche donc que les non-combattants et les civils. Tandis que pour le Federal Bureau of Investigation (FBI) américain, le terrorisme désigne: « ...l'usage illégal de la force et de la violence contre des personnes ou la propriété afin d'intimider ou contraindre un gouvernement, la population ou toute partie d'elle, dans la poursuite d'objectifs politiques ou sociaux. »8(*) Nous avons fait le choix de nous appuyer sur cette définition qui inclue les attaques contre les forces armées. Les termes qui seront utilisés dans cette étude seront donc ceux d'attentats suicides, pour désigner l'action, et kamikazes ou martyrs pour l'auteur. Le terme de kamikazes sera utilisé dans un but pratique. Cependant, il ne correspond en rien à ce phénomène car il désigne les soldats auteurs d'attentats suicides durant la deuxième guerre mondiale. Ce terme est ainsi employé par abus de langage par les médias, et nous en ferons autant.

L'attentat suicide est une action tactique qui connait une importance croissante parmi les groupes terroristes en raison du choc qu'il provoque, du ratio coût de l'opération/nombre de morts et de blessés et qu'il est très difficile à prévenir.9(*) Il comporte également l'avantage de pouvoir toucher une large audience grâce à sa médiatisation, ce qui donnera lieu à un fort sentiment d'impuissance au sein de la population cible. Cependant, l'attentat suicide reste un phénomène rare10(*) et seulement une vingtaine d'organisations se livreraient à cette forme de violence. Toutes ces organisations n'utilisent pas des enfants.

Nous avons pu relever que ce phénomène touchait essentiellement trois zones de conflits que sont le Sri Lanka, la Palestine et la zone Afghanistan/Pakistan. Cependant, ce phénomène ne touche pas exclusivement ces zones géographiques. Nous avons pu relever quelques cas en Somalie, en Iran durant la guerre contre l'Irak, ainsi qu'en Irak depuis 2003. Ce phénomène est d'ailleurs très probablement répandu dans le conflit irakien. Mais, les sources dont nous disposons ne nous permettent que des suppositions.

Problématique

Cette étude vise en priorité à faire connaitre ce phénomène, à en comprendre les grandes tendances et à envisager sa possible évolution.

Les enfants dans les attentats suicides est un sujet très vaste et pluridisciplinaire. Il peut être envisagé de nombreuses manières différentes. Nous avons fait le choix de nous concentrer sur trois dimensions du problème qui nous permettront certainement d'évaluer le possible développement de ce phénomène.

La première question que nous souhaitons soulever est celle du contexte général dans lequel nous pouvons observer ce phénomène. Par contexte général, nous faisons référence au type de conflit, les acteurs en présence et plus particulièrement ceux qui utilisent les enfants dans les attentats suicides.

Le sujet sera ensuite abordé par le biais des motivations de ces groupes. Nous voulons comprendre pourquoi ils ont besoin d'avoir recours aux enfants alors qu'il semble que les candidats pour ce type de mission ne manquent pas. Pour répondre à cette question, il faudra comprendre la manière dont les enfants sont utilisés et les avantages tactiques qu'ils en tirent.

Enfin, nous nous intéresserons aux facteurs qui ont rendu possible ce phénomène. Qu'est-ce qui motive cette action ? Qu'est-ce qui dans la société rend possible ce phénomène ?

Ces éléments vont nous permettre de comprendre si ce phénomène est occasionnel ou s'il est amené à se développer. Si cela était le cas, de quelle manière ?

Méthodologie et contraintes imposées par le sujet

Ce sujet, comme nous l'avons souligné dans l'introduction, demande des compétences pluridisciplinaires.

L'étude sera composée de deux parties distinctes, déclinées chacune d'elles en trois sous-parties.

La première partie se voudra avant tout descriptive. Le phénomène des enfants dans les attentats suicides sera replacé dans son contexte géopolitique et stratégique. C'est pourquoi, une sous partie a été consacrée à la description des conflits.

La deuxième partie a une visée analytique. Il s'agit de comprendre ce phénomène selon les axes proposés dans l'exposition de la problématique. L'approche se voudra avant tout sociologique, et stratégique.

Afin de répondre à la problématique posée plus haut, nous avons pris le parti de comparer les trois cas étudiés. Cela nous permettra de dégager des tendances qui permettront peut-être d'établir un modèle.

La contrainte la plus importante pour ce sujet est celle imposée par les sources, primaires ou secondaires, qui sont peu nombreuses. Il s'agit souvent d'articles de presse ou de passages dans des études plus générales sur les enfants soldats. Afin de mener une étude plus complète, il aurait été nécessaire d'avoir accès aux listes des attentats suicides, et de leurs auteurs, perpétrés dans chacun des pays étudiés.

Le caractère novateur pose donc des limites en termes de sources utilisables. La nature même des groupes étudiés restreint également le nombre de sources primaires mis à notre disposition, dans la mesure où ils dissimulent la majorité de leurs informations. Des études terrains nous auraient également permis d'étoffer et d'approfondir la partie concernant les facteurs ayant rendu possible ce phénomène.

* 1 Stern J., In the name of God, New York, Harper Collins, 2003, p. 39, cité dans Lester D.,

Yang B., Lindsay M., « Suicide bombers: are psychological profiles possible? » Studies in

Conflict and Terrorism, vol. 27, n°283-295, 2004, p. 287

* 2 Convention internationale des droits de l'enfants, ONU, 20 novembre 1989, texte intégral disponible sur http://www.droitsenfant.com/cide.htm

* 3250 000 enfants soldats dans le monde, Unicef, mise en ligne le 4 janvier 2008 sur http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-unicef/250-000-enfants-soldats-dans-le-monde-2008-01-04#

* 4Lieutenant Colonel Lillian A. James O'Neal, Suicide Bombers - Some Were Merely Children, U.S Army War College, 2005, p.12

* 5Suicides Attacks in Afghanistan (2001-2007), United Nations Assistance Mission in Afghanistan, 9 September, 2007

* 6Ibid, p.21

* 7U.S. Department of StateCountry Reports on Terrorism», Chapter 7, Legislative Requirements and Key Terms, 30 April, 2007. www.state.gov/s/ct/rls/crt/2006/82726.htm.

* 8 Code of Federal Regulations 28, Section 0.85

* 9Les attentats suicides en hausse de part le monde selon les experts, Amrica.gov, mise en ligne le 22 octobre 2007, http://www.america.gov/st/washfilefrench/2007/October/20071022125357dmslahrellek0.9667017.html

* 10 E. Pavey, « Les kamikazes sri lankais », Cultures et conflits, n°63, automne 2006, pp.135-154, p.136

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