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L'héritage leibnizien dans la cosmologie d'A.N. Whitehead

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par Siham EL Fettahi
Université Paris 1 Panthéon Sorbonne - Master de Philosophie 2011
  

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TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION

1. WHITEHEAD REHABILITE LES THEMES CENTRAUX DU LEIBNIZIANNISME .

1.1 Whitehead successeur de Leibniz

1.1.1 Historique

1.1.2 De la Characteristica Universalis au Principia Mathematica

1.1.3 De l'importance de la métaphysique

1.1.4 De l'importance de l'esthétique et du principe d'harmonie

1.1.5 De la conciliation de la religion avec la science

1.2 Le modèle dynamique

1.2.1 La critique du mécanisme cartésien et de la géométrisation du monde

1.2.2 Le concept aristotélicien d'entéléchie chez Leibniz et Whitehead

1.2.3 Un univers en mouvement : procès et métamorphose

1.3 La philosophie organique : une monadologie ?

1.3.1 le mentalisme (panpsychisme et panexperientialisme)

1.3.2 Atomisation et individuation du réel (monades et entités actuelles)

1.3.3 Les objets éternels

1.3.4 Préhension et perception

1.3.5 Forme subjective, subjective aim et appétition

1.3.6 Perspectives, interconnexions et entre-expressions

1.4 Conclusion générale

2. WHITEHEAD ACTUALISE ET SE REAPPROPRIE LEIBNIZ

2.1 Fin de l'isolation des monades : l'ouverture et la rencontre avec l'extérieur

2.1.1 Désubstantialisation du monde

2.1.2 relations externes versus relations internes

2.2 Ouverture et réalisme spatio-temporelle

2.2.1 L'espace

2.2.2 Le temps

2.3 Dieu et le monde

2.3.1 Deus in et cum machina versus Deus ex machina

2.3.2 Critique du contrôle déterministe divin et défense du self-creative ou self-process des entités individuelles: la reconquête de la liberté par Whitehead

2.3.3 La question du mal

2.4 Conclusion générale

3. COSMOLOGIE D'AN WHITEHEAD ET G.W LEIBNIZ : RUPTURE DES SYSTEMES MAIS CONVERGEANCE DES MODELES.

3.1 Système de Whitehead : un monde ouvert, en essai (évolutionnisme)

3.2 Système de Leibniz : un monde ficelé, en développement (préformationnisme)

3.3 Leibniz et Whitehead, des métaphysiciens, des modélisateurs pour la physique quantique?

CONCLUSION

LISTE DES ILLUSTRATIONS

BIBLIOGRAPHIE

INTRODUCTION

Whitehead est un philosophe reconstructiviste. Sa critique moderne du réductionnisme matérialiste, sa critique du sensualisme exacerbé en science et son entreprise rationnelle de reconstruction (la philosophie spéculative) justifie cette catégorisation.

« La philosophie spéculative est une tentative de forger un système d'idées cohérent, logique et nécessaire dans les termes duquel chaque élément de notre expérience puisse être interprété » 1(*)

La philosophie spéculative s'appuie sur l'expérience et la raison, l'importance qu'elle accorde à ce dernier critère lui vaut d'ailleurs d'être considérée comme une « curiosité intellectuelle ». D'autant plus que la philosophie spéculative se situe aux antipodes d'une philosophie qui se limiterait au positivisme scientifique, à la phénoménologie ou à l'analyse du langage. Et c'est bien cette rupture avec « l'antirationalisme » moderne et postmoderne que revendique Whitehead.

J.B. Cobb Jr 2(*) note que Whitehead considère son époque comme celle de nouveaux débuts, aussi radicaux que ceux qui ont marqué la transition entre le monde médiéval et le monde moderne. Selon l'interprétation de Whitehead, les mouvements philosophiques procèdent souvent en deux temps. Il y a le génie qui inaugure le mouvement et le systématicien qui le suit. En relation avec William James, il semble s'être attribué ce dernier rôle. De la même manière que Leibniz fut le continuateur de Descartes, Whitehead s'estime être le continuateur de James et prétend construire un nouveau monde. En effet, le postmodernisme whiteheadien exige la reconstruction du savoir et pour cela il dépasse une philosophie qui reposerait uniquement sur le versant épistémologique (comme c'est le cas dans le contexte moderne). L'ontologie et la métaphysique sont considérés comme primordiales et essentiels pour le philosophe anglo-saxon.

Whitehead reste très critique envers les conceptions modernes, il considère qu'un antirationalisme philosophique sous jacent, débute avec l'époque moderne (c'est-à-dire l'abandon de la recherche des raisons premières dans la connaissance de la nature), se poursuit avec Hume et Kant et finit par être porté par le postmodernisme dans un degré encore plus radical (Nietzsche, Heidegger etc.). C'est cet antirationalisme qui a mené à ce problème majeur, celui de la division du réel en deux mondes distincts : celui de l'esprit et celui de la matière. Une telle bifurcation dénature et compartimente la réalité. Or toutes les choses sont interconnectées et liées. A.N. Whitehead est un rationaliste et un conciliateur, il entreprend l'unification du réel et lutte contre la division artificielle en introduisant des schèmes rationnels et généraux. Avant même d'évoquer plus loin, le lien entre Whitehead et Leibniz, on peut déjà ici, constater la commune aspiration qui les lie. En effet, Leibniz fut le premier à considérer que la catégorisation et les divisions étaient artificielles car elles sont établies par les hommes, la réalité et le savoir sont un, tout est uni et lié dans une réalité qui a la même source : la raison universelle de Dieu. Il y a donc chez Whitehead, le même souci leibnizien d'unifier les sciences et de concilier les savoirs.

L'importance que Whitehead accorde à la raison, à la métaphysique (retour à la recherche des raisons premières dans la connaissance de la nature) et aux sciences naturelles en font un philosophe critique mais proche de la pensée du XVIIème siècle.

Le penseur du XVIIème siècle dont Whitehead est le plus proche est d'ailleurs sans aucun doute Leibniz. En effet, A.N. Whitehead fut influencé par plusieurs philosophes (Platon, Aristote, Alexander, Bergson, James etc.) mais G.W. Leibniz est celui qui eut une influence capitale sur sa pensée, si bien que Deleuze dans le Pli 3(*) fait de Whitehead le successeur moderne de Leibniz. Effectivement, on décèle aisément dans la cosmologie de Whitehead, les traces de l'héritage leibnizien.

Cela dit, quels sont les idées que Whitehead emprunte à Leibniz ? Qu'est ce qui rapproche les deux philosophes et nous permet d'affirmer que Whitehead est le digne successeur de Leibniz ? Et comment Whitehead utilise les concepts leibniziens pour asseoir ses positions et développer ses propres thèses ?

C'est ce que ce mémoire va entreprendre d'étudier en cherchant à saisir comment Whitehead intègre les thèmes centraux de la philosophie leibnizienne et forme simultanément en s'inspirant des grandes idées de son époque, une cosmologie inédite, résolument moderne qui a su tirer parti du génie de Leibniz tout en l'actualisant et se le réappropriant. Ensuite, il peut être intéressant de s'aventurer à penser qu'à travers Whitehead et son influence possible sur la physique quantique, c'est la perspicacité et la clairvoyance de Leibniz qui a fini par briller. Cette étude pourrait présenter l'avantage de clarifier et étudier comment les idées des uns et des autres se meuvent au sein d'une riche histoire de la philosophie dans laquelle, Whitehead le premier, a puisé pour faire évoluer sa pensée.

La démonstration sera la suivante : la cosmologie de Whitehead s'inspire et remet au goût du jour les grandes lignes de la pensée de Leibniz et c'est en cela qu'il est son successeur direct. Mais il faut rappeler que la philosophie de Whitehead est ancré dans un contexte culturel qui prend racine dans des idées postmodernes, celle de l'ouverture spatiale (Cues et Bruno), celle de l'ouverture temporelle (Spencer et Darwin) et celle de l'ouverture conscientielle (Myers et Freud) 4(*). La logique contemporaine, le souci de réalisme et les idées postmodernes distancieront Whitehead de Leibniz. Le métaphysicien anglais réinterprétera et actualisera Leibniz pour produire une cosmologie inédite, applicable à notre monde moderne. Et si finalement, les systèmes de Whitehead et de Leibniz différent à priori, au fond ils sont très proches et représentent de bons modèles pour la physique quantique qui constitue un formidable changement de paradigme au niveau ontologique.

1. WHITEHEAD REHABILITE LES THEMES CENTRAUX DU LEIBNIZIANNISME .

1.1 Whitehead successeur de Leibniz

1.1.1 Historique

Alfred North Whitehead, mathématicien, logicien et philosophe britannique, naquit en 1861 à Ramsgate, Kent en Angleterre et décède le 30 décembre 1947 à Cambridge au Masachusetts, Etats Unis.5(*) Fils d'un maître d'école devenu pasteur, il fut scolarisé à la maison jusqu'à l'âge de 14 ans, c'était un élève brillant. Il fit ses études de mathématique à Cambridge où il obtint son fellowship en 1885 avec une thèse sur Maxwell.

Sa vie intellectuelle se décrit comme ayant eu trois phases distinctes: Il fut mathématicien et logicien à Trinity de 1884 à 1910, philosophe des sciences à Londres de 1910 à 1924, puis métaphysicien à Harvard à partir de 1924.

En mathématiques, Whitehead étendit la portée des procédures algébriques Treatise on universal Algebra de 1898 et en collaboration avec Bertrand Russell, il écrivit Principia Mathematica, un monument dans l'étude de la logique. La formation mathématique est commune à Whitehead et Leibniz. Effectivement, à l'université, Leibniz étudie la philosophie, les mathématiques et le droit. D'ailleurs, G.W Leibniz fut un grand mathématicien, il publie dès 1684 dans les Acta eruditorum de Leipzig sa Nova Methodus pro minimis et maximis, c'est à dire son  calcul différentiel à l'origine d'un grand bouleversement dans la pensée scientifique occidentale. Chez Leibniz et Whitehead la compétence mathématique conjuguée à l'érudition philosophique donne à leur système métaphysique une teinte particulière : leur métaphysique revêt un caractère logique, cohérent, rigoureux. La construction de la pensée philosophique de Whitehead s'articule autour de sa passion pour les mathématiques associée à un fervent esprit religieux, c'est en cela que sa métaphysique est proche de celle de Leibniz (Dieu est intégré dans un système métaphysique qui se base en partie sur un formalisme logico-mathématique.).

De plus, Leibniz, à l'âge de quinze ans découvre les modernes ; Kepler, Galilée, Descartes, Bacon, Hobbes, Campanella... Il apprend l'importance de la logique, le souci de l'expérience et forge le mécanisme. Il veut concilier Aristote aux modernes. Whitehead comme Leibniz s'intéresse aux travaux des physiciens de son époque (Einstein, Max Planck, Bohr, Schrödinger...), comme Leibniz, il tient compte de l'expérience et de la logique et cela influencera sa manière de penser en métaphysique. Ainsi, Il se différencie de beaucoup de philosophes contemporains, certes, brillants et créatifs mais pas toujours soucieux d'allier raison et expérience.

En philosophie des sciences et de l'éducation, Whitehead rédigea son ouvrage the organization of thought educational and scientific en 1917. En métaphysique, il réfléchit sur l'inter-relation essentielle entre la matière, l'espace et le temps. C'est également le cas de Leibniz , pendant ses dernières années; Leibniz, dans des lettres à plusieurs savants, reprend quelques points importants de son système; avec le P. des Bosses, il traite de la  monade, de la  matière, du corps et de la substance corporelle; avec  Bourguet, de la  perception et de la perfection croissante des créatures; avec  Clarke, de  Dieu, de l' espace et du  temps.

Whitehead accorde une importance primordiale à la métaphysique, il s'intéresse aux raisons premières dans la connaissance de la nature : The Concept of Nature (1920), The Principle of Relativity (1922), Science and the Modern World (1925), Symbolism (1927), Process and Reality (1929) et Adventure of Ideas (1933) sont les ouvrages majeurs de sa période philosophique.

Process and Reality, son essai de cosmologie, constitue le couronnement de son système métaphysique. A.N Whitehead avec Bertrand Russell, W.O Quine et bien d'autres est considéré comme l'un des pères de la philosophie analytique.

Leibniz accorde également une grande importance à la métaphysique : En  philosophie, il développe, fixe et systématise ses idées dans une série :Meditationes de cognitione, veritate et ideis (1684); De Primae Philosophiae emendatione et de notione substantiae (1694); le Système nouveau de la nature et de la communication des substances (1695); enfin un traité sur la  natureDe Ipso Natura sive de vi insita actionibusque creaturarum (1698), une suite de  lettres à Basnage (1698), à Hoffmann (1699), etc., divers opuscules de 1705, 1707, 1710, et surtout les Nouveaux Essais sur l'entendement humain en réponse à l'Essai de  Locke publié en 1765. Ensuite, les Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal. Les derniers ouvrages de  Leibniz, la Monadologie (1714) et les Principes de la nature et de la grâce (1714) sont des résumés de sa philosophie.

Whitehead dans Procès et Réalité produit une cosmologie qui s'inspire directement de La Monadologie, du Système nouveau de la nature et de la communication des substances et des Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l'homme et l'origine du mal de Leibniz.

Au-delà des intérêts communs pour les mathématiques, les sciences naturelles, la métaphysique, Whitehead, fervent protestant partage avec Leibniz le même souhait de concilier la religion avec la science, l'esprit religieux qui anime les deux philosophes justifie et finalise leurs systèmes philosophiques respectifs.

Enfin, Whitehead fut un philosophe qui étendit son savoir à divers disciplines (philosophie, mathématiques, physique, poésie, arts etc.) mais l'on ne peut le comparer à Leibniz et son érudition sans pareille. Gottfried Wilhelm (1er juillet 1646-14 novembre 1716) est issu d'un père jurisconsulte et professeur de morale et d'une mère savante, professeur de droit. Esprit lumineux et universel, durant sa vie, il exercera plusieurs fonctions ; philosophe, mathématicien, logicien, diplomate, juriste, bibliothécaire et philologue. Leibniz est précoce, à l'âge de huit ans, il apprend seul le latin puis le grec à douze ans. C'est un autodidacte, dès son plus jeune âge, il dévore les ouvrages de la bibliothèque de son père : histoire, théologie scolastique (Laurent Valla, Luther, Suarez, Fonseca...) et philosophie  (Platon, Plotin, la logique d'Aristote).

Il voyage énormément. En 1672,  Leibniz va à Paris. Il profite de ce séjour pour voir plusieurs personnages illustres du temps :  Huygens, Pascal. Il s'entretient de  théologie avec  Arnauld, de politique avec  Colbert. Son séjour dure quatre ans. Il passe deux mois à Londres où il se lie avec le physicien  Boyle et le mathématicien  Oldenbourg. De cette époque date sa grande découverte mathématique du  calcul différentiel. On sait qu'elle lui fut disputée par  Newton mais l' algorithme imaginé par Leibniz était autrement clair et fécond que celui de Newton.

En 1676, passant par Amsterdam, il rencontre Spinoza. C'est aussi à Paris, qu'il se soucie de réunir les églises catholiques et protestantes. Durant la période parisienne, le progrès de sa pensée est énorme : idée de raison suffisante, harmonie et beauté divine soumise à l'économie, réflexion sur l'infini et le mouvement, le mécanisme se transforme en un dynamisme finaliste. Il développe son projet de langage universel, la caractéristique combinatoire.

Puis vient la période des résultats durant laquelle Leibniz réalise les grandes idées conçues durant ses voyages. La fin de Leibniz fut isolée et triste. Il mourut le 14 novembre 1716 et fut enterré sans honneurs. Il passait aux yeux du peuple et de la cour pour un mécréant. Seule, l'Académie des sciences de Paris prononça l'éloge de Leibniz par la voix de son secrétaire  Fontenelle.6(*)

Leibniz fut un grand esprit, d'une érudition et d'une créativité sans pareille. C'est un génie qui fascine par l'ampleur de ses capacités intellectuelles et son insatiable curiosité. On ne peut comparer l'élève à son maître mais c'est parce que Whitehead s'inspire largement de Leibniz qu'il développe une cosmologie intéressante. Ce qui rapproche Whitehead de Leibniz au-delà de ce qui a été évoqué plus haut, c'est cette capacité d'être critique et de puiser dans l'histoire de la philosophie, des concepts utiles et de se les réapproprier. La réhabilitation des anciens est commune à Whitehead et Leibniz.

* 1 P.45, Chap. 1, Partie 1 ; Procès et réalité (voir réf. bibliographie)

* 2 P.27-28 Article J.B. Cobb Jr « Alfred North Whitehead » (voir réf. bibliographie)

* 3 Cf réf. exacte dans la bibliographie

* 4 Article de Michel Weber, « individu et société selon Whitehead » (voir réf. bibliographie)

* 5 http://plato.stanford.edu/entries/whitehead/

http://en.wikipedia.org/wiki/Alfred_North_Whitehead#Ideas

* 6 Leibniz initiation à la philosophie, Belaval (voir réf exacte dans bibliographie)

+ Lien internet : http://www.cosmovisions.com/Leibniz01.htm

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